Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire aux Retraites, délégué auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Pour la première fois Jean-Paul Delevoye  s'exprime sur une radio pour répondre à toutes les questions qui se posent sur la réforme des retraites en cours de négociation. La loi sera votée avant la fin juillet 2020, pour une mise en route entre 2025 et 2040.  

Cette réflexion sur les retraites et aussi une réflexion sur le travail et sur le modèle de société à venir. "Le gouvernement a réfléchi sur le travail des jeunes et des seniors. Si le travail va mal, les retraites iront mal. Si les salaires des femmes restent inférieur à ceux des hommes, les retraites seront inférieures" a -t-il argumenté.  

Le gouvernement garantit des mesures d'accompagnement qui permettent d'alimenter l'”acceptabilité sociale" de la réforme, notamment "pour ne pas mettre en péril l'équilibre économique des indépendants et des professions libérales". 

Nous mettons en place un âge minimal de 62 ans. Puis un âge d’équilibre, c’est l’âge pivot de 64 ans, qui est toujours sur la table

Jean-Paul Delevoye précise qu'Emmanuel Macron avait donné sa préférence pour un accord "sur la durée de cotisation", car dit-il, "il faut pérenniser pour embarquer la confiance des jeunes. Aujourd’hui les jeunes pensent que ça ne sert à rien de cotiser." 

Le système actuel est plus pénalisant que ce que nous proposerons. 

Malgré la réforme des retraites à venir, Jean-Paul Delevoye a tenté de se montrer rassurant envers ces salariés : "Pour les régimes spéciaux nous avons pris un certain nombre de principes. Pour ceux qui auront tant d'années [un certain nombre d'années à définir dans la réforme], ils garderont leurs avantages et le départ anticipé. 50% des aides-soignants et aides-soignantes seront concernés par cela. Et ensuite, on mettra en place une transition longue, sur 15 ans, sur 20 ans."

Que dire aux conducteurs de la RATP en grève ? 

Interrogé sur le mouvement de grève dans les transports en commun parisiens, Jean-Paul Delevoye a défendu un changement de logique, "à métier identique, retraite identique". En 2017, l'âge moyen de départ à la retraite était de 55,7 ans à la RATP, contre 63 ans pour les retraités du régime général, selon la Cour des comptes. 

"Je lui dit [au conducteur de bus en grève], le dialogue est ouvert. J’ai refusé que l’on stigmatise une catégorie de Français par rapport à d’autres. Mais à métier identique, retraite identique".

Répondant à la question de Léa Salamé, "les régimes spéciaux c’est fini ? “, Jean-Paul Delevoye a répondu, "bien sûr, nous l’avons dit, nous l’assumons. Nous discuterons et nous verrons comment suivre un chemin de convergence vers des objectifs qui vous concernent vous et vos enfants". 

La valeur du point sera-t-elle garantie ? 

Questionné sur la valeur du point, Jean-Paul Delevoye répond d'abord que "nous garantissons qu’il n’y aura pas de diminution de pensions". Sur les 70 % de salariés du privé sont au régime à points, et "personne ne l’a vu baisser", dit le haut-commissaire.

Le système à point garanti que tout  droit acquis sera monétisable et sera directement lié à une augmentation de la pension

Le point sera géré avec une gouvernance équilibrée entre l’état, le parlement et les partenaires sociaux ; tous les outils permettront de s’adapter, et il y a aura un arbitrage pour s'adapter à un environnement que personne ne connaît dans les 5 ou 10 ans. "L’intérêt c’est de ne pas dépendre des fonds de capitalisation, c'est de s'adapter et d'éviter des psychodrames que l'on connaît depuis 1993".

Les choses seront douces, transparentes et claires 

La transition emploi - retraite

Interrogé par une auditrice, retraitée et travaillant à temps partiel (pour compléter une pension de 250 euros par mois seulement), il a rappelé que le premier Ministre s'était exprimé sur le passage du travail à la retraite, :  "nous proposons de réformer le cumul emploi retraite qui permettrait à ceux qui, après l’age d’équilibre, pourront continuer d’acquérir des droits qui permettront d'augmenter leur pension". 

La remise en cause du régime des fonctionnaires 

Certains travailleurs, comme les fonctionnaires, ont accepté des conditions de travail et de salaires différentes, avec la garantie d'un départ à la retraite différent et d'une pension calculée différemment du régime général. Le changement à venir n'est-il pas une rupture de ce contrat  ? 

Le régime universel des retraites, ça va être un new deal avec les fonctionnaires. Les jeunes générations ne supportent pas cela. Elles veulent être recrutées à un salaire normal, avec une retraite normale" 

  • Légende du visuel principal: Jean-Paul Delevoye © AFP / Joel Saget
Les invités
  • Jean-Paul DelevoyeAncien Président du Conseil économique social et environnemental, ancien Médiateur de la République
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