Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner est l'invité du grand entretien. Il évoque la fin progressive du confinement en France, et les mesures qui devront l'accompagner.

Pourquoi ce choix du 11 mai comme date du début de la fin du confinement ? "Le président de la République a beaucoup consulté, il a échangé avec des scientifiques, des acteurs économiques, syndicaux, et cette date du 11 mai a été retenue. Ce qu’il a annoncé, ce n’est pas le déconfinement le 11 mai, c’est le confinement jusqu’au 11 mai. N’oublions jamais que tout l’enjeu est de réussir le confinement. Il y a une condition pour cela, c’est la discipline et le respect du confinement. Le gouvernement présentera d’ici 15 jours le plan de l’après-11 mai. Tout dépendra de notre capacité à avoir gagné le combat contre le virus. Mais nous gagnerons provisoirement, car ce combat sera à mener sur le long terme."

Sur les tests : "nos politiques ne sont pas construites sur des pénuries, mais sur l'objectif sanitaire"

Cette sortie progressive sera accompagnée de tests pour les suspicions de contamination. "Je ne suis pas médecin, ne me demandez pas ce qui permet de détecter un risque de présence du Covid. Il faut faire confiance aux médecins, pour que ce soit eux qui disent s’il faut faire le test. Ce qu’il ne faut pas, c’est imaginer que chacun décide de faire des tests, dans la mesure où plus de 95 % de la population sera négative. Il faudrait faire le test presque tous les jours !"

A-t-on suffisamment de tests et cette pénurie est-elle à l'origine de ces limitations du nombre de tests ? "Ce qui compte, c’est que toute personne susceptible d’être touchée par le Covid puisse être testée", assure le ministre de l'Intérieur. "Je ne veux pas négliger les pénuries qui existent, ça fait partie des données que nous devons prendre en compte. Mais nos politiques ne sont pas construites sur des pénuries, mais sur l’objectif sanitaire. Aujourd’hui, il est nécessaire de faire les tests s’il y a un risque. Mais tester tous les Français, tous les jours, répondrait à des attentes médiatiques mais pas médicales."

Pas de "traçage numérique" dans l'immédiat

Sur l'idée d'un traçage numérique, Christophe Castaner rappelle que "la technologie en elle-même n’est pas à jour et d’actualité. Mais le président de la République a rappelé les grands principes : le volontariat et les libertés individuelles. Les responsables de la Cnil nous donneront un éclairage qui doit préserver la sécurité et la liberté de nos concitoyens. Les Français ont montré leur intelligence et leur respect massif des règles du confinement. Ensuite, s’il s’agit de suivre individuellement et de pouvoir dénoncer tel ou tel, personne n’y est favorable."

Pas question non plus de rouvrir les frontières trop vite. "Nous sommes face à un virus qui est présent partout dans le monde et qui y évolue de façon très différente. Dire aujourd’hui que le 17 juillet on rouvre les frontières serait un contresens. Jusqu’à nouvel ordre, tant que nous n’avons pas la garantie que nous pouvons protéger les Français en rouvrant les frontières, nous ne le ferons pas. Moi je conseillerais à ma famille (parce que je n’ai pas à conseiller les Français sur leurs vacances) de ne pas se précipiter dans des réservations, surtout dans des pays étrangers."

"Le 11 mai est déjà une date que nous devons conquérir par le respect du confinement. Le 12 mai, il faudra continuer à se battre", ajoute Christophe Castaner. "Il y aura des vacances d’été, mais si on considère que les vacances d’été c’est pour partir à l’étranger, je pense qu’on ne s’adresse qu’à une toute petite partie des auditeurs…"

Plus de 11,8 millions de contrôles

Jusqu'à la fin du confinement, le ministre de l'Intérieur souhaite poursuivre les contrôles massifs. "Ma responsabilité, c’est que le confinement soit respecté. Je le fais parce que c’est la protection des Français qui l’impose. Hier soir, nous avions plus de 11,8 millions de contrôles effectués partout en France, surtout le territoire, des arrondissements chics de Paris comme dans les quartiers d’autres villes de province, dans la campagne et sur les plages. Un peu plus de 704.000 infractions ont été relevées depuis le 17 mars."

Certains maires appellent à dénoncer des violations du confinement. Une attitude qui ne convainc pas le ministre. "Je crois à la société de la vigilance : celle où l’on fait attention à l’autre, pas celle où on le dénonce. Donc oui, plutôt que de dénoncer, j’invite à se rapprocher du voisin qui a un mauvais comportement, et à lui expliquer qu’il se met en risque, qu’il met en risque ses voisins, sa famille et ceux qu’il aime. Mais quand les faits sont graves, il faut pas hésiter à dénoncer : je pense aux violences intrafamiliales, sur lesquelles il est nécessaire aujourd’hui d’être particulièrement attentif. Je refuse que le confinement soit synonyme de silence. Les appels d’urgence ont augmenté, depuis le 16 mars, de 40,5 %, ce qui est énorme."

"On parle de violences policières : ça ne correspond pas à la réalité"

À un auditeur qui s'inquiète d'abus signalés lors de contrôles, le ministre de l'Intérieur répond : "Il existe une plateforme où, si l’on considère qu’il y a un abus lors d’une verbalisation, on peut le signaler, au-delà même du recours contre une contravention (dont le délai a été porté à 90 jours contre 45 habituellement). Sur cette plateforme, un peu moins de 300 signalements ont été faits, dont seulement la moitié porte sur des infractions. Je vois qu’on en parle beaucoup, qu’on parle de violences policières : ça ne correspond pas du tout à la réalité de ce que nous avons. On en parle beaucoup, notamment sur les réseaux sociaux, mais la réalité est différente. J’ai, concernant le Covid-19, 166 signalements depuis le début du confinement. C’est peu."

Les policiers et gendarmes auront-ils bientôt des masques obligatoires ? "La doctrine est simple : les masques de type chirurgicaux ou de type FFP2 doivent être réservés aux personnels de santé. Nous avons prévu de doter nos policiers, nos gendarmes, de masques en cas de confrontation avec une personne présentant des signes du Covid. J’ai déjà distribué 3,6 millions de masques pour eux, 14 millions seront distribués d’ici le 26 avril, et au moment où je vous parle c’est près de 40 millions de masques qui ont été commandés. Mais il ne s’agit pas de porter des masques tout le temps, et surtout pas des masques chirurgicaux ou FFP2, dont je rappelle que nous devons les mobiliser pour les personnels de santé."

Le Parlement décidera d'organiser ou non des municipales

Quid des municipales, dont le second tour a été reporté ? "Le 23 mai, nous rendrons et présenterons au Parlement un rapport, et nous déciderons avec lui si nous pouvons ou pas maintenir le second tour des municipales, dont je rappelle qu’il ne concerne qu’un peu moins de 5.000 communes sur les 35.000 communes de France. Le texte de loi prévoit ces élections avant la fin du mois de juin, et en fonction du rapport que nous présenterons, le Parlement pourra décider si elles ont lieu."

Christophe Castaner répond également à ceux qui souhaiteraient imiter le Portugal avec une régularisation des sans-papiers : "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

  • Légende du visuel principal: Christophe Castaner © Radio France / France Inter
Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.