Dominique Salmon-Ceron, infectiologue à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu à Paris et Frédéric Adnet, chef du service des Urgences du CHU Avicenne à Bobigny, sont les invités du Grand entretien.

Les soignants à l'honneur pour ce 14 juillet

Pour les deux spécialistes interrogés sur les célébrations de ce 14 juillet qui mettent à l'honneur ceux qui ont été en première ligne durant le confinement , il apparaît que cette mise en avant n'occulte pas les problèmes que rencontrent la santé hospitalière en France, dont les fragilités ont été mises en lumière par la violence de cette crise sanitaire : "C'est utile mais on ne voudrait pas être considéré comme des soldats au front, on a quand même besoin des moyens pour travailler, des rémunérations qui vont avec" rappelle Dominique Salmon-Ceron. Frédéric Adnet, chef du service des Urgences du CHU Avicenne à Bobigny, rappelle sans détour que "ce qui a été mis sur la table" lors du récent Ségur de la Santé est décevant : 

Dominique Salmon-Ceron, elle, souhaiterait plutôt que ce Ségur de la Santé "puisse être une première étape" car  "il faut repenser complètement le système de financement de l'hôpital". Le chef des urgences d'Avicennes à Bobigny alerte : "L'Assistance publique c'était le must, et maintenant on vit un effet repoussoir. L' hôpital est gouverné par des problèmes de rentabilité."

Des mesures barrières à ne pas oublier

Alors que plane le spectre d'une reprise de l'épidémie en France, les deux spécialistes rappellent le rôle capital de mesures sanitaires à ne pas oublier : "On a une petite augmentation des cas de Covid depuis la fin du confinement, dûe a plusieurs choses, notamment du relâchement, du coté des jeunes"estime Dominique Salmon-Ceron, qui appelle aussi de ses voeux une règlementation sur les tests PCR dans les aéroports, pour tous les arrivants de pays où l'épidémie est encore active. Frédéric Adnet, lui, estime que le masque, s'il "ne protège pas à 100% des risques" de contagion, est la seule arme que les Français possèdent au quotidien, en particulier dans les lieux clos :  "La probabilité de transmission de ce virus est maximum dans les lieux clos, transports en commun, magasins, rassemblements. Ce virus déteste les courants d'air". 

Pas de "reprise de l'épidémie"

"Toutes les études ont montré que les transports en commun étaient un lieu ou l'épidémie pouvait s'amplifier. Plus on ralentit l'épidémie, plus on va garder le masque longtemps" estime le chef urgentiste, qui prévoit que "le masque va rentrer dans nos modes de vie". Par ailleurs, il relate que, selon les chiffres observés, "il n'y a pas de deuxième vague dans les régions très impactées" : "Ce serait une augmentation de l'épidémie dans des zones qui ont été très impactées, Île-de-France, Oise, Grand Est". 

"Ce serait assez catastrophique que l'épidémie [y] redémarre. En Seine-Saint-Denis, ça ne redémarre absolument pas" affirme Frédéric Adnet, "cette augmentation de cas que l'on voit actuellement, ce n'est pas une deuxième vague, c'est une première vague. Simplement l'épidémie progresse vers l'Ouest et vers le Sud (...) Les mesures barrières, le confinement, ça ne tue pas le virus, il est toujours là, on a abaissé un peu la garde en arrêtant le confinement, il est normal que, dans les zones qui n'avaient pas été impactées par le virus, l'épidémie reprenne, c'est quelque chose de complètement attendu. Le virus va aller vers des populations qui ne sont absolument pas immunisées". 

  • Légende du visuel principal: Arcachon, le 10 juillet 2020 © AFP / Valentino Belloni / Hans Lucas
Les invités
  • Frédéric AdnetProfesseur de Médecine d'Urgence, et chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne et du Samu de Seine-Saint-Denis
  • Dominique Salmon-CeronInfectiologue à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu à Paris
L'équipe
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