Yannick Jadot, député européen EELV, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Il évoque la crise du Covid, le plan de relance du gouvernement, la tribune pour demander un moratoire sur la 5G mais aussi les polémiques autour de mesures prises par des maires écologistes.

Selon Yannick Jadot, "il faut trouver le bon équilibre entre la responsabilisation, parce que c’est vrai que tout dépend du comportement des Françaises et des Français, et l’action de l’État. On voit qu’on a des discours, y compris des scientifiques, dans lesquels plus personne ne se retrouve. Le président du Conseil scientifique, matin midi et soir, à foutre la trouille aux Français. L’objectif c’était d’avoir un million de tests par semaine : il est totalement inexplicable qu’on ne se soit pas préparé à les gérer humainement. Prenons les tests salivaires : il y en a qui ont été testés aux États-Unis, est-ce qu’il faut absolument qu’on passe par toutes les technostructures françaises pour valider les tests salivaires ?"

Il estime qu’il faut surtout "éviter au niveau national le reconfinement". "C'est un traumatisme pour la société, pour les familles, pour les enfants, pour les parents… Ça a un impact économique et social trop lourd. C’est très bien que des villes et des régions s’emparent du sujet : c’est ça l’intelligence de notre pays, pas de décider depuis Paris pour toute la France. À partir du moment où Jean Castex est sur la responsabilisation et non pas sur l’infantilisation, où on donne aux élus locaux la responsabilité et les moyens d’une politique locale adaptée, ça va dans le bon sens."

Il n’est pas convaincu sur la partie écologique du plan de relance : "On est dans la même situation que la crise de 29, à un moment où˙il faut changer notre modèle économique, où il faut changer notre approche des territoires. Une bonne partie des financements européens au cœur de ce plan ne viendront qu’en 2022. On ne va pas aujourd’hui remettre la machine en route. Moi, je propose un plan de 30 milliards sur les ménages : c’est le même montant que l’Allemagne. C’est une prime de 2.000 euros pour les Français qui sont sous le seuil de pauvreté."

5G : "Je ne suis pas contre une technologie par définition"

Yannick Jadot fait partie des signataires d’une tribune pour demander un moratoire sur la 5G. "On ne peut pas dans le même temps dire qu’avec la 5G c’est une révolution numérique, qui va transformer nos modes de vie, de travail, et ne pas voir un débat public autour de qui va bénéficier cette 5G et ce que ça va changer. On a des études qui arrivent sur l’impact sanitaire, sur l’impact environnemental : le moins qu’on puisse faire, c’est d’attendre ces études pour savoir. On sait que la 5G c’est très largement un enjeu de politique industrielle, de souveraineté numérique. Moi je ne veux pas de Huawei en Europe : je veux qu’on construire un géant européen, avec Nokia et Eriksson. Il y a un problème de sécurité de nos données qui est immense."

Il précise donc qu’il n’est pas contre cette technologie en soi. "Je ne suis pas contre une technologie par définition, je suis convaincu que même la 5G pourrait contribuer à la transition écologique dans certains secteurs. On dit : il faut un débat public. On a une accélération de toutes les vitesses : le temps démocratique n’arrive plus à suivre la vitesse de la finance, de l’information… Ayons ce débat public pour aussi réfléchir à la vitesse. Une technologie, elle peut apporter des bénéfices comme des dégâts : faisons confiance à l’intelligence collective des Français."

"Ces polémiques, on ne les crée pas nous-mêmes"

Le député européen EELV revient également sur les polémiques lancées autour de propos des maires écologistes à Bordeaux et Lyon. "Nos maires sont en responsabilité, c’est une responsabilité immense. Ils ont la responsabilité de transformer les villes, les villages. Que dit le maire de Bordeaux ? Que cet arbre fait des centaines de kilomètres sur un convoi exceptionnel pour venir à Bordeaux. L’année dernière, il est tombé à cause des tempêtes. Il propose donc d’illuminer les arbres qui sont déjà plantés, et ce budget il préfère le donner au spectacle vivant et aux associations culturelles. Pour que la féérie de Noël, que personne ne conteste, soit cette année sans ce sapin-là. Et il dit qu’on verra après Noël si les Bordelaises et les Bordelais sont contents de la façon, dont on fête Noël à Bordeaux."

Pour Yannick Jadot, "ces polémiques, on ne les crée pas nous-mêmes : les réseaux s’en emparent. Nous faisons des choses essentielles aujourd’hui pour les citoyens, essentielles pour la planète : les feux, 70 % des vertébrés qui ont disparu. Portons nos projets et communiquons dessus."

Sur la gauche qui part pour l’instant divisée pour 2022, Yannick Jadot l’assure : "Moi je respecte les patrons de partis. Ma certitude, ma conviction, c’est qu’on ne peut pas laisser 5 ans de plus à Emmanuel Macron en 2022. On ne peut pas laisser quelqu’un diriger seul contre les forces vives de notre pays, avec les lobbies contre l’environnement. Notre responsabilité, c’est de travailler au collectif, au projet."

  • Légende du visuel principal: Yannick Jadot © Radio France / Anne Audigier
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