Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, député des Bouches-du-Rhône, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Il est l'auteur de "Les Cahiers de l'Avenir en commun - numéro 1 Démocratie et 6e République !" aux éditions du Seuil.

"Je ne pense pas qu’il y ait jamais eu d’épidémie par hasard, elles sont toujours le résultat d’une situation et leur propagation est toujours le symptôme d’un mode d’organisation de la société", estime Jean-Luc Mélenchon. "Cette épidémie, comme celles que nous verrons à l’avenir, de plus en plus violentes, vient d’un mode social particulier qui conduit à baisser les coûts de production partout, par exemple dans l’agriculture à faire des élevages hyper-intensifs où des millions d’animaux deviennent des foyers extraordinaires de propagation des virus. Ensuite, la globalisation fait que ça traverse le monde à toute vitesse. Le point de départ de cette crise sanitaire est social, son mode de déroulement est social, l’épidémie se propage plus parmi les pauvres que parmi les populations les mieux protégés. D’un bout à l’autre de la chaîne, il y a des choix humains. Donc la suite des événements nous appartient, si nous y réfléchissons et que nous prenons le temps."

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"Nous avons besoin d’organiser des méthodes qui ne concourent pas à cette situation absurde"

Que pense-t-il de la décision du gouvernement de ne pas reconfiner pour l'instant ? "Tout ça est un tissu d’absurdités depuis le début. Lorsque l’épidémie a commencé, on a été confinés. Nous étions tous pris par surprise et c’était la méthode qui s’imposait. Au fond, c’est une méthode du Moyen-Âge, on n’a rien inventé. Aussitôt, nous avons été quelques-uns à dire qu’il fallait planifier le déconfinement. Ensuite, on déconfine, d’une manière hasardeuse : par exemple, on a fait retourner les mômes à l’école pour dix jours ! Là-dessus, on dit qu’il va y avoir une deuxième vague. Ces gens-là n’ont rien prévu à aucune étape, et sont incapables d’imaginer autre chose que des choses inhumaines. Imaginer qu’on peut transbahuter des malades d’un bout à l’autre du pays, comme s’ils n’avaient pas de famille, qu’on peut se passer de tout et rester enfermé, ça c’est une vision de technocrate, qui ne comprend rien à ce qu’est l’être humain, un être social. Je vous annonce que la vague numéro 4, ce sera une vague psy, il y a déjà un embouteillage dans les hôpitaux à ce sujet."

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"Emmanuel Macron n’a rien prévu, comme d’habitude, et ce n’est pas sérieux", assure le leader d'opposition. "Nous avons besoin d’organiser des méthodes qui ne concourent pas à cette situation absurde, être tous les jours menacés de confinement. Quelle méthode ? La société par roulement : changer l’heure de travail, pour ne pas être tous en même temps ; faire du roulement dans le milieu scolaire. [Il propose également, pour les salles de concert, “d’installer des purificateurs d’air”] Il existe plein de méthodes, mais il faut réfléchir au-delà de “confiner ou ne pas confiner”. La société va craquer, nous ne sommes pas faits pour être traités de cette façon."

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"On doit se demander pourquoi on continue à diminuer le nombre de lits d’hôpitaux. On nous explique que tout ce bazar est lié au fait qu’il n’y a pas assez de lits en réanimation, et on continue à en supprimer. Ce n’est pas acceptable."

Que faire face à la pénurie de vaccins ? "Déjà, ne pas faire confiance aux incapables qui ont organisé cette situation. Comment se fait-il que le petit Cuba arrive à faire 5 vaccins, dont 3 sont en phase de vérification de leur efficacité, et que la France, qui a inventé l’idée même de vaccin, soit incapable d’en produire un. On s’en est remis de manière dévote et aveuglée à une entreprise, Sanofi, qui elle-même a détruit progressivement détruit tous ses labos de recherche, et nous nous retrouvons tout nus sur le bord de la rivière glacée."

Sur le vaccin, "il faut aller à toutes les portes sans faire de l'idéologie"

Il propose de revenir à une souveraineté nationale sur le sujet, et en attendant de se tourner vers d'autres sources de vaccins. "Commençons par remettre des sous dans la recherche publique, par reprendre en main et réquisitionner ceux qui doivent l’être pour les faire travailler correctement. Ensuite, il faut réapprovisionner en vaccins. Pfizer, Moderna, n’ont pas assez de vaccins et nous attendons qu’ils veuillent bien nous en donner. Mais il y a d’autres pays qui en produisent ! Il faut aller à toutes les portes sans faire de l’idéologie. Il y a un vaccin russe, qui depuis le mois d’octobre et de novembre est réputé, par une commission d’enquête, marcher à 90 %."

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Même si l’Agence européenne du médicament n’a toujours pas donné d’autorisation de mise sur le marché ? Doit-on passer outre l'avis de ces experts ? "Si j’étais le président de la République, c’est exactement ce que je ferais. De même que je ferais venir les vaccins cubains et chinois. À l’heure qu’il est, des pays entiers se vaccinent avec. Il ne faut pas faire d’idéologie ! On prend ce qu’il y a quand il est avéré que ça marche. Il faut s’adresser aux Russes et dire : “est-ce que vous pouvez en fabriquer chez vous ?” Ils nous ont proposé de le faire et les autorités françaises ont refusé !"

"Israël est remarquable : c’est un tout petit pays qui a réussi à se doter de vaccins et à organiser la vaccination de la population", donne comme autre exemple Jean-Luc Mélenchon. "Puisqu’ils savent le faire, ayons la modestie de leur demander comment ils ont fait. La coopération internationale est vitale dans ce genre d’affaires : l’Union européenne aurait pu se mettre d’accord, par exemple sur ce qu’est un confinement, comment déconfiner, quels médicaments utiliser… Nous ne parlons pas des traitements : si nous ne voulons pas que des malades arrivent en réanimation il faut les traiter avant."

A-t-il lui-même été vacciné ? Non, mais pas pour des raisons médicales ou idéologiques. "Mon médecin m’a proposé de l’être, mais je ne veux prendre la place de personne. Mon âge fait qu’on aurait dû me vacciner dix fois, mais comme je crache le feu… Peut-être suis-je un peu irresponsable mais je ne veux pas prendre la place de quelqu’un d’autre. C'est quelque chose qui me pose problème quand il y a pénurie, c’est moral ça n’a rien de sanitaire."

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"Macron traite l'écologie comme il traite les autres questions"

Dans ses "Cahiers de l'Avenie en Commun", il évoque de grandes questions écologiques. "Tout le monde est devenu écologiste, ce n’est plus la propriété d’un parti, remarquable dans le passé parce qu’ils ont été les lanceurs d’alerte quand il fallait. Mais toute la discussion, c’est de se demander comment on est écologiste. Dans le cas de Marine Le Pen, c'est l’escroquerie avec un E majuscule. Quand Emmanuel Macron a proposé qu’on réautorise les néonicotinoïdes, elle a voté pour ; lorsqu’ils ont décidé de rallonger le délai du glyphosate, elle n’était pas là pour voter contre ; et ainsi de suite."

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Comment juge-t-il le bilan d’Emmanuel Macron sur le sujet ? "Il traite l’écologie comme il traite toutes les autres questions : il pense que c’est une question spécifique, il ne comprend pas que c’est un tout. Si on est en rupture, il faut être sérieux et planifier. On ne peut pas réorganiser la production, la consommation, les machines, les matériaux sans se donner de la visibilité. C’est l’appel central de notre écologie de rupture."

100 % d'énergies renouvelables avant 2030

Jean-Luc Mélenchon souhaite une énergie 100 % renouvelable, dans un délai aussi court que possible. "Si vous augmentez la consommation d’énergie, que vous n’avez pas une mécanique de sobriété, dire que vous serez à 50 % de nucléaire dans 10 ans, vous n’avez rien gagné. Par exemple, tout le monde parle du véhicule électrique mais qui va produire cette électricité ? Pour un million de véhicules électriques de plus, il faut une centrale nucléaire de plus. Ceux qui ont mis en place le nucléaire ont cru bien faire, et je pense qu’ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient. Maintenant, nous savons tous que c’est extrêmement dangereux. Je n’aime pas jouer l’affolement, mais nous sommes le seul pays au monde qui a une centrale nucléaire en amont du fleuve qui dessert la capitale ! Nos centrales sont concentrées dans des régions où il y a une industrie chimique et autre extrêmement importante. Un accident, et c’est fini. Or nous allons à l’accident pour plein de raisons ! Donc je dis : on renouvelle tout."

"Sur la date, je pense que 2030, c’est trop long [pour passer à 100 % de renouvelable]. Nous avons un savoir-faire dans notre pays : nous pouvons utiliser le thermique, l’hydrolien… En plus de tout ce qui relève de la sobriété, donc la diminution de la quantité d’énergie que nous consommons. Et nous avons de jeunes ingénieurs capables de se lancer dans cet immense travail."

Il estime que pour y parvenir, "nous avons besoin d’une mobilisation générale de la population de ce pays, de son intelligence, de sa jeune génération, parce qu’il faut arrêter ce qui est en route. Il faut changer de mode de production, parce que dans la décennie qui vient le changement climatique est irréversible, nous atteignons des points de bascule."

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  • Légende du visuel principal: Jean-Luc Mélenchon © AFP / Bertrand GUAY / AFP
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