Robert Malley, directeur de l'International Crisis Group et ancien conseiller de Barack Obama et Bill Clinton, est l'invité du grand entretien d'Ali Baddou et Léa Salamé à 8h20.

Le procès en destitution ("impeachment") de Donald Trump commencera mardi 21 janvier, mais pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et Bill Clinton, il ne s'agit que d'une "pièce de théâtre", néanmoins "obligatoire, au vu des preuves qui ont fait surface" et accablant le président américain. Les démocrates ne pouvaient laisser passer cette occasion. Toutefois, en raison de la majorité républicaine au Sénat, ce procès "est la chronique d'une destitution qui n'aura pas lieu", estime Robert Malley. 

Le directeur de l'International Crisis Group analyse l'attitude du président des États-Unis sur la scène internationale. Selon lui, l'accord commercial "historique" signé mercredi avec la Chine illustre la méthode Trump, qui "créé une crise, l'emmène jusqu'au bout, déclare ensuite que c'est un succès historique et passe à autre chose"

Le locataire de la Maison blanche engrange ainsi des succès à court terme, qui s'avéreront être des défaites sur le long terme, estime Robert Malley. "Mais au moment de la campagne, il pourra expliquer qu’il a eu beaucoup de succès sur la scène internationale, que ce soit vrai ou non"

Une politique étrangère qui "ne suit ni les règles, ni les alliances"

Aujourd'hui, la politique étrangère de Donald Trump "ne suit ni les règles, ni les alliances. C'est une politiques de grands coups", poursuit Robert Malley. "Si on regarde dans l'instantané, ça marche ; mais est-ce que ça marche de violer le droit domestique et international, de faire courir des risques aux Américains en Irak et ailleurs, de faire courir le risque d'une guerre?", interroge l'ancien conseiller d'Obama.  

Concernant les tensions accrues entre Téhéran et Washington, Robert Malley ne pense pas que le président américain souhaite une guerre avec l'Iran, comme il y a pu en avoir par le passé avec l'Afghanistan. "Mais une guerre avec des frappes, il aime ça".

Obama et la Syrie

Pourquoi Barack Obama n'est-il pas intervenu en Syrie ? "Il a craint les conséquences d’une nouvelle guerre qui risquait d’embourber les États-Unis. Il ne voyait pas de porte de sortie", explique son ancien conseiller, qui précise que la question a fait débat jusqu'à la dernière année du mandat d'Obama. "L’erreur a été de choisir une voie médiane qui ne satisfaisait ni le peuple syrien, ni les autres", constate-t-il aujourd'hui. 

Revenant sur la personnalité de Donald Trump, Robert Malley estime que "la satisfaction immédiate est pour lui ce qui compte le plus. Les valeurs abstraites n'ont aucune prise sur lui. Il fait dans le concret". Il poursuit : "Trump est à la fois le résultat d'une dynamique profonde et transforme cette dynamique. Il exprime le mécontentement, le détachement du peuple vis à vis de l'élite. Il reflète le désenchantement du peuple américain vis à vis de la politique intérieure et extérieure". 

  • Légende du visuel principal: Robert Malley © AFP / RICCARDO DE LUCA / ANADOLU AGENCY
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  • Robert MalleyPolitologue américain et spécialiste en résolution de conflits internationaux. Président de l’International Crisis Group.
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