Jérôme Fourquet, analyste politique, directeur du département Opinion à l’Ifop, et Marie Gariazzo, directrice adjointe du département Opinion et Stratégies d'entreprises de l'IFOP, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

Distribution de nourriture à Clichy sous bois en Seine Saint Denis
Distribution de nourriture à Clichy sous bois en Seine Saint Denis © Maxppp / Adrien Vautier / Le Pictorium

Jerôme Fourquet et Marie Gariazzo travaillent tous deux à l'IFOP : ils ont suivi 30 Français pendant le confinement, pour voir comment ils vivaient l'épidémie, sa gestion, et le confinement. Ils ont fait de cette immersion un livre et viennent en parler dans le Grand entretien.

"C'était totalement inédit, donc on s'est dit que c'était important : on a tout de suite mis en place une communauté avec une trentaine de Français en ligne, tous d'horizons différents" ont expliqué les deux analystes politiques. 

"Ce qui était intéressant, c'était de voir à quel point on s'est très rapidement dit que le 'rien ne sera comme avant' n'était pas tout à fait vrai"

Le virus, accélérateur de tendances

"On n'assiste pas forcément à une rupture nette et franche mais un gros moment en suspension qui va accélérer un nombre de tendance pré existantes."

"Ce confinement a fonctionné comme un espèce de révélateur de failles préexistantes" explique Jérôme Fourquet, qui avance un "décalage entre les cols bleu et les cols blancs".

La peur comme chappe de plomb

"En France il y a eu un consensus politique à cause d'une chappe : la peur (...) La métaphore guerrière utilisée par le président de la République a joué très fortement sur cette peur, et elle a du mal à disparaitre aujourd'hui" estime Marie Gariazzo.

"Cette peur, on peut la dater du week end  du 1er tour des élections" rajoute Jérôme Fourquet, "les 20 points d'abstention supplémentaires s'expliquent principalement par la peur. On voit comment les choses basculent psychologiquement chez les Français."

"Aujourd'hui on a toujours les ⅔ de la population inquiète de cette contamination"

"En Europe, Les Français sont ceux qui jugent le plus sévèrement leur gouvernement respectif (...) On est une société plus défiante vis-à-vis de la parole d'en haut. En France, il y a un niveau d'exigence vis-à-vis de l'état qui est très forte" analyse Marie Gariazzo.

Raoult, révélateur de clivages?

À propos du débat sur la chloroquine, Jérôme Fourquet estime qu'il "y a une inscription dans des clivages préexistants (...) Il surgit et quasi instantanément, la France se positionne (...) Derrière le phénomène Raoult, il y a des choses assez classiques."

"Le Pr Raoult a joué de ce clivage Paris/ province, de 'celui qui fait vs celui qui dit'. C'est un révélateur du vide créé en face : tout ça fait système"

"On a a peu près 25% de la population qui est dans une lecture du monde 'complotiste' (...) Gravitent autour de ça d'autres gens très à l'écoute de personnalités outsider"

La France "humiliée"

Marie Gariazzo : "Cette peur était aussi liée à un état de sidération, de voir que la France, un pays riche, puissant, n'arrivait pas à gérer cette crise". La chercheuse considère alors qu'un "complexe de supériorité a été rincé très fortement." Jérôme Fourquet : "Que ce soit la chine qui nous envoie des masques, ça signe notre déplacement".

"Qu'on se soit fait prendre sur notre terrain d'excellence : ça montre qu'on est en grave déclin"

Enfin les deux chercheurs ont livré leur lecture de la mobilisation mondiale, et en particulier sur notre territoire, après la mort de George Floyd : Jérôme Fourquet prévient  "Toute la jeunesse française est pas solidaire de ce combat là " mais "on voit comment des faits internationaux interfèrent très rapidement avec notre situation nationale".

"On regarde, 30 ans en arrière comment les mots ont changé, d'un discours universaliste, inclusif, à, aujourd'hui, un discours plus communautarisé (...) La grille de lecture a bcp bougé en quelques décennies seulement".

"La recomposition politique initiée à partir de 2017 n'est pas arrivée à son terme, un vide a été créé qui a du mal à être comblé aujourd'hui", précise le chercheur.

Les invités
  • Jérôme FourquetDirecteur du département Opinions de l’IFOP
  • Marie Gariazzodirectrice adjointe du département Opinion et Stratégies d'entreprises de l'IFOP
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.