A l'avant-veille des élections russes, Nicolas Demorand est en direct de Moscou, avec Bernard Guetta et autour de la table Vladimir Pozner, journaliste pour la télévision d'Etat, Zoia Svetova, militante pour les droits de l'Homme, et Evgueni Guindilis, producteur de documentaires.

 Un homme porte une boîte en plastique devant un panneau publicitaire de la campagne du président russe Vladimir Poutine, lisant "Simferopol pour une Russie forte!" à Simferopol, en Crimée, le 14 mars 2018
Un homme porte une boîte en plastique devant un panneau publicitaire de la campagne du président russe Vladimir Poutine, lisant "Simferopol pour une Russie forte!" à Simferopol, en Crimée, le 14 mars 2018 © AFP / STR

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Ce vendredi, Nicolas Demorand reçoit Vladimir Pozner, journaliste, présentateur de l'émission "Pozner" sur Première TV, Evgueni Guindilis, producteur de cinéma indépendant, co-auteur d'une documentaire sur Navalny « Les Russes aux Urnes », diffusé cette semaine sur Arte et Zoia Svetova, journaliste indépendante et militante des droits de l’homme, pour analyser les enjeux des élections présidentielles du 18 mars et décrypter le lien qui unit Poutine à ses électeurs.

Vladimir Pozner dans le studio de France Inter à Moscou
Vladimir Pozner dans le studio de France Inter à Moscou © Radio France / Capture d'écran

Sur les médias en Russie

Vladimir Pozner produit une émission d'interviews pour la télévision d'Etat : "J'essaie d'être aussi objectif que possible pour un homme qui n'est pas un ordinateur", dit-il, assurant ne pas être poutinien. "Je vends ce que je produits à la télévision, ce n'est pas facile, mais j'ai la possibilité de dire ce que je veux, j'ai une réputation pour le faire", dit-il, affirmant que pour lui, "il y a beaucoup de propagande à la télévision, et pas seulement en Russie". 

Evgueni Guindilis, qui a produit un documentaire sur l'opposant Alexei Navalny, explique que ses films ne peuvent pour l'instant pas être montrés en Russie : "On essaie d'avoir l'autorisation du ministère de la Culture, mais on ne sait pas si ça va marcher".

Evgueni Guindilis dans le studio de France Inter à Moscou
Evgueni Guindilis dans le studio de France Inter à Moscou © Radio France / Capture d'écran

Sur l'affaire Skripal

"La majorité des Russes n'y croit pas, pense que ça fait parti d'un dessein anti-Russe poursuivi par l'occident depuis un moment. Pour la majorité des gens ici, ce n'est pas acceptable", affirme Vladimir Pozner, qui ouvre la porte à une action menée pour déstabiliser Vladimir Poutine : "Si j'étais ennemi de Poutine et que je voulais vraiment lui faire du mal, je ferais ça. Avec les élections, avec la coupe du monde, quand vous avez toute cette attention, essayer de tuer un homme et avoir la possibilité d'être découvert, c'est stupide. Or, Vladimir Poutine est tout ce que voulez, mais pas stupide". 

Ce "dessein anti-Russe" a fait de Vladimir Poutine "un monstre, pire que Staline" aux yeux du reste du monde, et "c'est vécu comme une injustice pour la majorité des gens". "Il n'y a pas de politique occidentale, il y a une politique américaine que tout le monde suit, il n'y a pas de De Gaulle en France qui répond non". 

La Russie, régime autoritaire ?

"C'est un régime autoritaire, mais pas une dictature", affirme Vladimir Pozner. Quelle différence ? "En Russie, il y a de l'opposition, des journaux, des stations de télé, des gens qui parlent ouvertement contre Poutine, on ne les met pas en prison", dit-il. Un argument tempéré par Zoia Svetova, militante des droits de l'Homme : "J'ai été visiteuse de prisons, j'ai fréquenté beaucoup de prisonniers politiques, j'ai vu beaucoup de gens en prison à cause de dossiers falsifiés". 

Zoia Svetova, militante pour les droits de l'Homme, aux côtés de Bernard Guetta dans le studio de France Inter à Moscou
Zoia Svetova, militante pour les droits de l'Homme, aux côtés de Bernard Guetta dans le studio de France Inter à Moscou © Radio France / Capture d'écran

Mais elle reconnaît qu'il existe une société civile en Russie, qui peut faire avancer les choses : "Nous avons pu libérer, grâce à la société civile, une femme qui était accusée de haute trahison contre l'Etat", se félicite Zoia Svetova. "La société civile existe, pas comme dans d'autres pays d'Europe, mais par exemple nous verrons dimanche que les gens de l'opposition pourront aller surveiller les bureaux de vote pour éviter les fraudes". 

La jeunesse, espoir pour l'avenir ?

C'est le point sur lequel se retrouvent les trois intervenants, à commencer par le producteur Evgueni Guinilis, qui explique avoir commencé à travailler sur son documentaire "l'an dernier, quand on a vu une grande manifestation de la jeunesse à Moscou". "C'est quelque chose qu'on ne peut pas changer : il va y avoir des gens qui ne sont pas nés sous l'URSS, qui n'ont pas été membres des jeunesses communistes, ils ont une autre mentalité et ce sont eux qui vont venir petit à petit, et diriger le pays. Je suis optimiste, mais il faut attendre", ajoute Vladimir Pozner. 

Attendre : c'est sur cet aspect que rebondit Zoia Svetova : "L'espoir est moins basé sur nos enfants que sur nos petits-enfants : les jeunes n'ont pas la mémoire génétique des répressions, ce sont des gens libres, ils ont la possibilité de voyager, de voir le monde, ils ont un Internet libre qu'ils peuvent lire. Et cela, ni Poutine ni son gouvernement ne peuvent le détruire". "Quand on voit les jeunes activistes de Navalny, je suis absolument positif sur le fait que le changement va venir", ajoute Evgueni Guinilis.
 

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