Alain Fischer, pédiatre, professeur d'immunologie et président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Pour le "Monsieur Vaccin" du gouvernement, la suspension temporaire d'AstraZeneca est "un coup dur pour une vaccination qui, malgré tout, progresse, avec plus de 5 millions de Français qui ont reçu une première dose. Dans le monde, pas loin de 400 millions de personnes ont été vaccinées. La vaccination est là et va continuer quoiqu’il arrive, à travers les autres vaccins disponibles, plus que jamais il va falloir utiliser ces vaccins dans les prochains jours."

Pourquoi cette décision ? "Il y a eu de nouvelles alertes venues d’autres pays européens, notamment hier, avec des anomalies de la thrombose un peu atypiques, qui suggèrent, même si on ne le sait pas à la minute où je parle, qu’il pourrait se passer un événement dans lequel le vaccin joue un rôle. Il est donc devenu raisonnable d’être prudents."

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"Il y a une première réunion cet après-midi du comité européen qui va analyser en détails tous ces événements survenus, pour prendre une décision. Et il y aura une autre réunion jeudi."

"Plusieurs scénarios sont possibles", explique Alain Fischer. "Le plus favorable, ce serait une annonce des reprises dès cet après-midi. Les signaux d’alerte étaient significatifs, plus par le type de manifestations cliniques et biologiques que par le nombre, qui reste faible par rapport au nombre de personnes vaccinées."

"Cette décision montre une transparence qui est salutaire, et importante pour la confiance"

"L’élément final d’analyse, c’est le rapport bénéfice/risque, mais entre-temps il faut réunir les informations, les connaissances nécessaires pour juger", précise-t-il. Pour lui, "cette décision montre une transparence qui est salutaire, et importante pour la confiance. Ce qui a été observé, c’est la survenue chez certaines personnes de thromboses avec anomalie de la coagulation, qu’on n’a pas l’habitude de voir dans les embolies pulmonaires “classiques”. Ces embolies, on les rencontre malheureusement tous les jours, il y a en France environ 100 cas d’embolies pulmonaires hospitalisées chaque jour !"

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"Quand on fait de la pharmacovigilance, il y a deux types d’analyses nécessaires", explique Alain Fischer. "Est-ce qu’il y a un nombre excessif d’événements par rapport à celui qui est attendu dans la population du même âge non vaccinées ? La réponse était clairement non. Et est-ce qu’il y a des manifestations cliniques ou biologiques qui sortent de l’ordinaire ? Et c’est plutôt sur cet aspect qu’il y a discussion. Je dis bien “discussion” : c’est compliqué, il faut une analyse extrêmement rigoureuse que va faire le comité cet après-midi, qui pourra aller au fond des choses."

Que dire aux 1,3 million de Français qui ont déjà reçu leur injection d’AstraZeneca ? "Les événements observés l’ont tous été dans les dix jours qui ont suivi la vaccination. Donc on peut penser que pour ceux qui ont un délai supérieur, ils ne doivent pas s’inquiéter. Pour ceux qui ont été vaccinés très récemment, il faut juste être attentif : s’il se passe quelque chose d’anormal, consultez votre médecin, c’est du bon sens. Au-delà de ça, le nombre d’événements dont on parle est très faible, autour d’une dizaine de cas. C’est tout petit, mais c’est le caractère atypique qui justifie cette attention particulière. Par rapport au nombre de personnes vaccinées, il faut mettre les choses en proportion et ne pas s’inquiéter particulièrement."

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"Tous les scénarios sont possibles, tout dépend des résultats de l'analyse"

Qu'attend-il de la décision qui sera prise aujourd'hui ? "Tous les scénarios sont possibles : tout dépend des résultats de l’analyse. Est-ce qu’on détecte un signal qui laisse penser qu’il y a un rapport avec la vaccination ? Si c’est le cas, il faut reprendre dans ce contexte l’analyse bénéfice/risque revue et corrigée, au vu de ces connaissances. Ensuite, on se demandera s’il faut modifier par exemple les personnes à qui on doit proposer ce vaccin, est-ce que des personnes ne doivent pas le recevoir, est-ce que d’autres au contraire doivent le recevoir, etc."

Cette suspension ne risque-t-elle pas d’accroître la défiance envers ce vaccin ? "Aujourd’hui, on est dans une situation de doute raisonnable et scientifique, qui n’a rien à voir avec le doute qui traîne malheureusement trop souvent de manière générale à l’égard de la vaccination. Ce doute, j’espère qu’il va être levé par les collègues qui vont travailler sur cette question ! Ensuite, il faudra reprendre un travail de pédagogie, d’explication, qui ne va pas être simple, j’en ai conscience. Mais à l’inverse, quelles questions poseriez-vous si vous appreniez dans 15 jours qu’il y avait eu des événements de ce type dont on n’a pas entendu parler ? Le début de la confiance, c’est la transparence. Tout ce qui est connu est dit, les incertitudes sont exprimées. On ne peut pas échapper à cette transparence, sinon la population serait légitime à dire “nous ne pouvons pas avoir confiance dans une campagne de vaccination où l’on nous cache des choses”. Ici, le point de départ c’est qu’on ne cache rien."

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"Tout vaccin est l'objet d'une surveillance extrêmement sérieuse"

"Qu’est-ce qui était “reproché” au vaccin AstraZeneca jusqu’ici ?", demande Alain Fischer. "C’est le fait qu’il n’était peut-être pas aussi efficace que les autres : l’expérience britannique, dont on a eu les résultats ces 15 derniers jours, montre qu’il est tout à fait efficace, de façon comparable au vaccin ARN. Donc ce reproche n’est pas justifié, et il est particulièrement efficace sur le variant britannique. Ensuite, on lui a reproché de provoquer des syndromes pseudo-grippaux chez des jeunes dans les 24 et 48 heures : c’est exact, c’est désagréable mais ce n’est pas en soi grave. In fine, est-ce qu’on a été trop vite ? Il n’y a aucune raison de le dire : ce vaccin a été analysé dans les essais cliniques sur un nombre plus restreint où n’ont pas été observés les effets découverts aujourd’hui. Il y avait tous les critères qu’il fallait pour débuter cette vaccination : 17 millions de personnes ont été vaccinées."

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Ce n’est pas un vaccin au rabais, assure-t-il. "Comme tout vaccin, il est l’objet d’une surveillance, la pharmaco-vigilance s’exerce de façon extrêmement sérieuse. [Sur d’éventuels refus] On ne peut pas imposer à quelqu’un de recevoir un vaccin. J’imagine très bien que si on reprend, ce que j’espère, il y aura de temps en temps des refus. Certains ne seront donc pas vaccinés, d’autres le seront à leur place. On peut espérer que petit à petit, et j’ai bien conscience que ça ne se fera pas du jour au lendemain, on pourra reprendre une campagne de vaccination à son rythme."

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  • Légende du visuel principal: Alain Fischer © Radio France /
Les invités
  • Alain FischerMédecin, professeur d’immunologie pédiatrique et chercheur en biologie, directeur scientifique de l’Institut hospitalo-universitaire Imagine depuis 2011, et titulaire de la chaire Médecine expérimentale au Collège de France
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