Brit Bennett, écrivaine, auteure de "L'Autre Moitié de soi" (Autrement) est l'invitée de la série d'entretiens consacrés aux États-Unis, le vendredi à 8h20 avec Nicolas Demorand et François Busnel.

Britt Bennett naît en 1990. Elle a grandi en Californie, a voté pour la première fois c'est important lors de l'élection de Barack Obama et s'est imposée en 2014 grâce à un article coup de poing publié sur son blog d'étudiante, qui dénonçait l'antiracisme consensuel et inoffensif. Il s'intitulait Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs. Britt Bennett incarne le réveil d'une génération. Mais elle est aussi une remarquable romancière. Son premier roman était un best-seller aux Etats-Unis et le deuxième vient de paraître en France sous le titre L'autre moitié de soi. Ce roman pose la question de l'identité, et comment la définir, à travers l'histoire d'une jeune femme noire que l'on prend pour une blanche. 

"Alors que j'écrivais ce roman, j'ai été amené à davantage de nuances en me disant je pars du principe que les gens sont ceci ou cela. Mais est ce vraiment ça? " explique la romancière.

"Il s'agit désormais de pointer du doigt le racisme là où ils se trouve, dans tous les engrenages de la société américaine"

Pour Britt Bennett il ne faut pas se focaliser sur ceux qui montrent très clairement maintenant qu'ils sont racistes. "Je pense que ce que l'on veut, _c'est vraiment supprimer le racisme systémique qui est présent dans tous les aspects de la culture américaine_, que ce soit dans les disparités de traitement en matière de santé ou de logement. Il y a des formes de racisme qui se retrouvent dans nos institutions et qui sont silencieuses . Ce ne sont pas des Blancs qui sont en train de défiler pour dire qu'il détestaient Noirs. C'est effectivement plus compliqué que cela. Il s'agit désormais de pointer du doigt le racisme là où ils se trouve, dans tous les engrenages de la société américaine"

Est-ce l'objectif du mouvement Black Lives Matter ?  :  "L'objectif, c'est de mettre la pression sur le personnel politique, amener les gens à adopter une réforme systémique, notamment du système pénal. C'est ça ce que demandent les gens. Je pense que effectivement, c'est assez facile de dire que ces gens là sont des radicaux, des gens un peu trop extrémistes. Mais ça n'est pas ça. C'est vraiment un engagement de ces gens qui disent et on est tous d'accord là dessus, qui disent que la vie noire, elle, vaut tout autant que les autres".

Prendre conscience du privilège blanc

"Reconnaître que l'on a des privilèges, c'est déjà un premier pas. De la même manière que je reconnais que j'ai la chance d'avoir deux chambres. Je n'ai pas besoin de chaise roulante pour me déplacer. C'est un privilège. S'il il y a des gens qui ont du mal à accéder à ce bâtiment, ça n'est pas mon cas. C'est un privilège. Mais pour autant, je ne me sens pas coupable. Ça ne veut pas dire que je suis une mauvaise personne. Ça veut simplement dire que je dois en être consciente de ce privilège, et savoir que ce privilège peut créer un préjudice pour d'autres personnes. C'est plutôt en ce sens là qu'il faut réfléchir. _Se sentir coupable ne sert à rien"_.

Que penser des normes éditées par l'académie des Oscars, qui imposent désormais la représentation des minorités ? 

"Ces normes qui sont imposées aux Oscars, elles ne sont pas inquiétantes du tout. De toute façon, cette catégorie diversité est très importante. Elle inclut les femmes, c'est quand même la moitié de la population, et avec les personnes de couleur, les LGBT, cela fait quand même beaucoup, beaucoup de monde qui relève de la diversité. Et non seulement ça, mais on ne demande pas que ces gens, forcément, soient acteurs. C'est des gens qui peuvent travailler au marketing des films, par exemple. Ces normes qui sont édictées, c'est un début, mais à mon avis, c'est tout à fait compréhensible. C'est la première réaction à avoir. Et puis, vous pouvez aussi faire un film avec des hommes blancs, si vous le souhaitez, simplement, vous ne pourrez pas concourir pour ce prix. C'est tout".

L'Amérique est-elle en train de se diviser, sous l'effet de la politique de Donald Trump ? 

"C'est un moment de division, certes, avec des débats extrêmement polarisés, mais je pense que la réconciliation est possible avec une présidence Biden. Et puis, au bout de quelques années, le temps passant, on aura peut être un peu de calme après le chaos de ces quatre dernières années. Mais en même temps, c'est vrai que les médias sont extrêmement polarisés, ça anime considérablement ce sentiment de séparation et d'opposition".

"Mais je ne vais pas vous dire que je suis tombée raide dingue de Biden. Vous savez, la première fois que j'ai voté oui aux présidentielles, c'était pour Barack Obama. Donc non, je ne peux pas vous dire que j'ai le même enthousiasme". 

  • Légende du visuel principal: Brit Bennett, écrivaine américaine © AFP / Leemage via AFP
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