Gérard Larcher, président du Sénat, est l'invité du Grand entretien. Il évoque la crise du Covid et le plan de relance, le sentiment d’insécurité (et la manière dont LREM reprend ce dossier à son compte), la 5G et la future candidature de la droite en 2022.

Que pense le président du Sénat de la nouvelle approche plus territoriale de la gestion de la crise du Covid ? "Il faut vivre avec le virus, éviter le confinement, faire que la France puisse reprendre vraiment le travail, que les enfants puissent retourner à l’école, et l’approche territoriale nous semble être aujourd’hui la bonne approche. Dans une relation que nous n’avons cessé de prôner : le préfet, le maire, les élus du territoire. En mars, avril et mai, s’il n’y avait pas eu les territoires, sur la pénurie de masques, la gestion des tests, la gestion du quotidien, l’État paraissait bien démuni."

"Je n’aime pas trop le ton martial", ajoute Gérard Larcher. "D’ailleurs je m’étonne toujours quand on parle de conseil de défense, je crois que ce n’est plus adapté à cette vie quotidienne avec le virus. Je crois qu’il faut qu’on prenne en compte la solidarité générationnelle. Nous sommes, les uns et les autres, responsables de l’application des gestes barrières quand les gens ne veulent pas les respecter. Ça nous renvoie au pouvoir de police de l’État, des maires et des préfets."

Sur le plan de relance, "passons aux travaux pratiques"

Il n’est pas convaincu, pour l’instant, par le plan de relance du gouvernement, même s’il "considère que les orientations générales sont bonnes". "Ce plan de relance va être inclus dans le PLF pour 2021 : ça pose un problème parce que nous ne pourrons engager des crédits qu’à partir de janvier prochain. De plus, si on ne déconcentre pas une part importante de ces crédits, en direction des territoires, on n’aura même pas consommé 50% des crédits du plan de relance. Il faut un choc de relance, c’est ce dont notre pays a besoin. On ne crée un choc que quand, au-delà de l’annonce, vous mettez en œuvre concrètement des soutiens."

"Moi ce que je veux c’est les actes. C’est ce que j’ai dit au Premier ministre : passons aux travaux pratiques."

Pour Gérard Larcher, la question du temps de travail ne doit pas être évitée pour relancer le pays. "Dans les accords d’entreprises aujourd’hui, nous touchons au temps de travail ! Parfois pour le baisser, parfois pour l’augmenter. C’est une gestion par entreprise, par domaine d’emploi qu’il faut avoir. Nous allons avoir de telles conséquences en matière sociale, de chômage, de PIB… Si nous nous embarrassons de totems, nous aurons beaucoup de mal à avancer : nous aurons besoin de souplesse et d’adaptation."

"L’insécurité, c’est pas un sentiment, c’est une réalité"

Il évoque également l’insécurité, terrain classique de la droite que reprend le gouvernement Castex. "L’insécurité, c’est pas un sentiment, c’est une réalité. Je connais toutes les bagarres de chiffres. Ce que je vois c’est qu’en 20 ans, les violences envers les personnes dépositaires de l’autorité, qui étaient autour de 15.500 par an, ont plus que doublé, à 38.000. C’est une réalité vécue au quotidien."

"Nous attendons depuis deux ans une loi de programmation sur la sécurité, du maire à l’exécution de la décision de justice", ajoute-t-il. "J’avais appelé à ce qu’on révise la doctrine du maintien de l’ordre. Les images des Champs-Elysées ça nous appelle à changer : il faut intervenir à chaque fois pour éviter les violences, l’idée de superviseurs auprès des policiers dans l’utilisation d’un certain nombre d’instruments comme le lanceur de balles, tout cela me paraît indispensable. Si vous avez le sentiment de l’État impuissant, de l’impunité des délinquants, vous avez une perte totale de confiance. Ceci participe à la défiance collective que je sens vraiment dans le pays."

Le déploiement de la 5G est "indispensable"

Sur la question de la 5G, qui fait débat aujourd’hui, Gérard Larcher estime que son déploiement est "indispensable". "Il y a une affaire de souveraineté, on ne peut pas laisser les équipementiers chinois dominer ce marché. Attention à l’empreinte carbone du numérique. Il y a un tiers du pays qui n’a pas encore un téléphone mobile de qualité : est-ce que vous pensez qu’on peut faire des moratoires alors qu’une partie de notre territoire est encore sous-équipée en matière de téléphonie mobile ?"

Il ajoute, en référence à la petite phrase sarcastique d’Emmanuel Macron  : "Je pense qu’il y a d’autres approches que le modèle amish. Je ne crois pas aux régressions, je crois au progrès scientifique, et je crois qu’il doit être mis au service de la réduction du carbone."

"Nous avons la responsabilité d’offrir une alternative aux Français"

La droite doit-elle avoir un candidat en 2022 ou s’allier avec la majorité actuelle, qui a déjà siphonné certains de ses cadres et de ses idées ? "Il y a un peu plus d’un an, après l’échec aux élections européennes de la droite et du centre, j’ai considéré qu’il y avait un espace politique à occuper entre la REM et le RN. Cet espace est incarné, par exemple, dans les élections territoriales. La majorité des maires et des élus municipaux de ce pays se réclament de ce courant politique ! Si nous n’avons pas une candidate ou un candidat au premier tour dans cet espace politique, nous ne serons pas présents au second tour. Nous avons la responsabilité d’offrir une alternative aux Français."

  • Légende du visuel principal: Gérard Larcher © Radio France / Anne Audigier
Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.