Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Son livre, "Nous n'étions pas prêts — Carnet de bord par temps de coronavirus", paraît le 19 août aux éditions JC Lattès.

Pour Gilles Pialoux, c'est bien simple : "Le climat actuel, c'est qu'on n'est toujours pas prêt. Je fais partie des 50 % de Français qui sont inquiets, et aussi en colère parce qu'on n'a pas tiré les leçons de cette première vague. On voit bien que le virus circule, recircule un peu plus, et il y a encore des atermoiements : on se demande s'il faut mettre le masque en vélo, en tricycle..."

Pour le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, "il faut un message clair". "Moi je suis pour qu'on mette le masque partout, parce qu'il faut un message simple. Après, on adapte en fonction des situations : si vous êtes tout seul sur le plateau du Larzac à faire du vélo, c'est pas la peine de mettre un masque, les gens vont le comprendre tout seuls ! Il faut une culture du masque, une culture des mesures barrières, on a raté ce message de clarté dans la première vague. Il faut un message commun, et qu'on arrête de louvoyer !"

"Bien sûr que le masque vous protège, mais ça protège surtout l'autre", ajoute Gilles Pialoux. "Il y a quand même, notamment chez les populations les plus jeunes, un altruisme qui fait que les gens vont comprendre. Si vous portez le masque, que vous respectez les mesures barrières, vous protégez les autres."

À un auditeur qui estime que l'obligation de port du masque est "liberticide" et que "le jeu n'en vaut pas la chandelle", le médecin s'agace. "C'est quelque chose contre lequel je m'élève. Quand le masque est décrit comme liberticide, pour nous les soignants et encore plus pour les réanimateurs, il y a quelque chose d'inaudible. La ventilation artificielle pendant 26  jours, c'est très liberticide. La rééducation longue après la réanimation, c'est très liberticide."

Mais pour lui, le fait qu'une partie de la population soit contre le masque, est lié directement à une communication trop floue. "C'était infernal, un coup il n'y en avait pas besoin, un coup on annonçait que le président n'en porterait pas, puis il en portait un pendant un discours..." Des hésitations qui ont conduit à un manque de confiance, selon lui.

"Il faut des messages forts et cohérents, et je pense que la stratégie de la peur ne fonctionne pas", conclut-il. "Il faut dire la réalité, et savoir dire qu'on ne sait pas."

  • Légende du visuel principal: Des soignants de l'hôpital Tenon à Paris, en mars 2020. © AFP / Franck Fife
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