Le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux, la présidente du CNC Frédérique Bredin et la réalisatrice Rebecca Zlotowski sont les invités de Nicolas Demorand pour ce 7/9 spécial en direct du Palais des Festival à Cannes.

Rebecca Zlotowski, Eva Bettan, Nicolas Demorand, Thierry Frémaux, Frédérique Bredin en direct du festival de Cannes
Rebecca Zlotowski, Eva Bettan, Nicolas Demorand, Thierry Frémaux, Frédérique Bredin en direct du festival de Cannes © Radio France / Céline Villegas

Chaque année, la couleur de Cannes est différente en fonction des commentaires qui en sont faits. C'est en tout cas ce qu'affirme son délégué général Thierry Frémaux : "Il y a des années où Cannes c’est le dernier endroit où il faut être, et cette année c’est le premier. Cannes n’est pas indestructible, mais ce n’est pas non plus une institution qui ne sert à rien, ça sert à mettre le cinéma au centre du monde pendant deux semaines".   

Quel rapport le Festival entretient-il avec les "gilets jaunes" ? "Cannes n'est pas hostile à cette appréhension du monde", répond Thierry Frémeaux, citant notamment le cinéma social de Ken Loach. "On peut dire que c’est la voix des élites. On nous dit qu’on s’habille en smoking pour aller voir la misère du monde sur l’écran. Mais on s’habille d’abord pour aller voir des oeuvres d’art. Et le film de Ken Loach qu’on a vu hier soir en dit plus que nombre de battements de bras".   

"L'Europe comme communauté de pays doit s'interroger sur la façon dont elle peut continuer à exister par la manière dont elle se raconte par le cinéma", ajoute Thierry Frémeaux. La présidente du CNC Frédérique Bredin rappelle quant à elle que "historiquement, la France a acceuilli et financé des cinéastes du monde entier. Cette année à Cannes, 16 films étrangers ont été aidés par la France, dont une afghane, un algérien, un film du Guatemala aussi. Ces films là n’auraient pas pu se faire sans la France".  

Quelle attitude adopter face aux plateformes de streaming comme Netflix et à leur rôle par rapport au financement du cinéma ? "Au-delà du financement des projets, des œuvres, il faut aider davantage des entreprises à se structurer. On a réussi à mettre une taxe sur Netflix et YouTube. Demain il faut aller plus loin… c’est un premier pas, elles n’existaient dans aucun pays d’Europe. On peut augmenter les taxes pour rééquilibrer davantage entre les opérateurs historiques et les nouveaux", explique-t-elle.   

"Qu'est-ce qu'un film rentable ?" demande la cinéaste Rebecca Zlotowski. "Il faut défendre un système vertueux : le CNC c’est un système génial, ce sont les tickets de cinéma qui nous permettent de financer les les plus fragiles. C’est comme naître en France en ayant une carte vitale : je suis en meilleure santé si je sais que je peux tomber malade".  

Elle se dit contre l'idée que Netflix et le cinéma "traditionnel" soient incompatibles, et dit avoir été en discussion avec la plate-forme. "Il n’y a pas un ancien et un nouveau monde. Il y a un moment de séduction mutuelle en ce moment. Il y a une intelligence globale de ces plateformes qui est de représenter un maximum, de présenter un contenu à tous les publics".  

Pour Rebecca Zlotowski, Netflix "n'est pas un coffre fort, ce n'est pas fermé" : "La seule chose qui disparaît avec Netflix et c’est pour ça que je n’ai pas fait le projet avec eux, c’est le rôle du producteur", explique-t-elle. 

Je n’ai aucune fétichisation de la salle mais je sais qu’on a besoin qu’elle existe. 

Frédérique Bredin ajoute que "le souci des plateformes c’est qu’elles essaient de capter tous les droits. C’est la fonction même des métiers, leur indépendance, entre auteur, réalisateur et producteur, qui est mise en cause. La directive des médias qui vient d’être adoptée par l’Europe oblige toutefois toutes les plateformes à avoir 30% d’oeuvres européennes".   

Sur la présence des femmes dans le milieu du cinéma, Rebecca Zlotowski, porte-parole du collectif 50/50 qui prône un milieu plus inclusif, prône un cercle vertueux : "Plus il y a de femmes qui soumettent des films, plus il y a des premiers films soumis, plus il y en a qui viennent de la diversité, plus ils sont sélectionnés". Elle évoque également un dispositif venu des Etats-Unis, la clause d'inclusion : "C’est un article que des artistes peuvent inclure dans leur contrat pour demander, de façon contractuelle, qu’il y ait plus de diversité, ou que telle co-star qui vient de la diversité soit payée autant, etc. Aux Etats-Unis, si on ne le fait pas, il y a des sanctions. En France, on travaillerait plus avec des incitations".   

Enfin, interrogés sur Alain Delon, les trois intervenants saluent son talent d'acteur "mais quelques interviews un peu foireuses". Thierry Frémeaux poursuit : "Ces attaques là viennent des USA par des gens qui accusent Alain Delon d’antisémitisme et qui n’ont sûrement pas vu Monsieur Klein, qui l’accusent d’homophobie et qui ne connaissent pas son histoire personnelle (...), il ne faut pas se servir de ce qui fait l’actualité pour défendre des combats par ailleurs légitimes".

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