Avocat et écrivain, François Sureau plaide, en pleine crise des "gilets jaunes", pour une révision du mandat présidentiel et de celui des députés, seule solution à ses yeux pour dégripper le système démocratique. Il est l'invité du Grand Entretien de France Inter.

François Sureau, avocat et écrivain, revient sur le conflit des 'gilets jaunes', qui pourrait ouvrir, selon lui, la voie à une remise en question des institutions : un mandat présidentiel, un mandat de 4 ans pour les élus de l'Assemblée Nationale.

"Je crois que c'est un mouvement qui est en situation latente, peut-être en phase ascendante (...) ce qui m'a frappé ce sont les gilets l'expression physique de ces multiples sujétions que l'état impose aux citoyens  : 

"La république par elle-même est un régime instable" poursuit l'avocat,  mais, précise-t-il sur le mouvement,  "je n'y vois pas de révolution comme en 89, il manque cette idée du progrès, un optimisme qui a largement disparu" :  

C'est plutôt l'expression d'un malheur social moderne que je trouve poignant sur les ronds points, les gens trouvent une communauté, être à plusieurs, pas simplement au supermarché ou devant la télé, mais ça ne les entraîne pas à un optimisme

Sur le terme de peuple : "Je ne sais pas répondre, l'évocation du 'peuple' est inquiétante, elle sert à justifier ces passions, cette grosse bête dont parle Victor Hugo et qui ne se trompe jamais mais il y a quelque chose du 'peuple' puisque l'état lui parait désormais étranger."

"Langage de maboule"

"Le langage [du gouvernement], de l'administration est un 'langage de maboule', estime l'avocat, qui explique avec humour :  "J'ai vu quelque chose se dégrader dans le pays quand on a parlé des 'assises de la mobilité'!"

Sur le projet d'un référendum populaire

François Sureau, sur ce projet, est lapidaire : "On passe de la techno parade au club Mickey! (...) On ne peut décrédibiliser en permanence les représentants élus."

Donner la parole au peuple de manière directe : "La souveraineté du peuple français, ce n'est pas donner la licence à une génération de détruire tout ce qu'il a fait pour la démocratie pendant les générations précédentes."

Sur la durée du mandat présidentiel 

"On a un problème de représentation de la fonction d'incarnation du pouvoir et de gouvernement (...) Avec le quinquennat, pendant cinq ans, il ne se passe rien" estime François Sureau qui propose de changer la durée du mandat présidentiel et de l'Assemblée National.

Sur les 18 mois de gouvernement écoulé : 

Ce qui arrive ( à Emmanuel Macron) serait arrivé tout de même à n'importe quel autre candidat qui aurait élu : un déni de réalité massif 

"On a tripatouillé trois articles du code du travail, (...) mais on a surchargé des calendriers parlementaires" estime l'avocat, également conseiller d'Emmanuel Macron, qui réagit   sur le "péché d'Ubris" dénoncé par Gérard Collomb, ex-ministre de l'Intérieur : "C'est celui qui pleurait le jour de l'intronisation de Macron? No comment..."

"L'ordre du monde est injuste peut-être parce qu'il est devenu plus visible" analyse enfin la situation de la crise des "gilets jaunes" : 

Il y a 50 ans, les gens modestes étaient tenus par un espoir collectif, ils ne voyaient pas le prix des montres partout. À l'heure actuelle, il n'y a plus cet espoir, mais la société parait révérer cet argent que personne ne leur donne; et c'est insupportable

  • Légende du visuel principal: François Sureau, écrivain et avocat © Radio France
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