Denis Malvy, expert infectiologue au CHU de Bordeaux, nommé conseiller scientifique auprès du ministre Olivier Véran, est l'invité du grand entretien de Léa Salamé et Nicolas Demorand à 8h20.

Denis Malvy
Denis Malvy © AFP / Nicolas Tucat

"Nous avons décidé d'exprimer une parole collégiale" explique Denis Malvy, nommé membre du conseil scientifique réuni autour du ministre de la Santé Olivier Véran, pour la gestion en France de la crise sanitaire engendrée par le Covid 19 : "Nous sommes un groupe de personnes indépendantes qui avançons avec notre expérience, un regard multidisciplinaire et humble".

"Nous ne sommes pas là pour formuler des recommandations mais pour informer, à la suite de débats animés, pour proposer l'état des lieux à un moment donné, permettre à l'autorité politique ce qu'elle souhaite proposer à la nation, un exercice essentiel pour être réactif", poursuit cet infectiologue qui exerce au CHU de Bordeaux.

Stratégies et adaptations

"On s'adapte : quand on gère une crise sanitaire, on n'est pas un prophète, pas un magicien."

Sur les différentes manières de s'adapter qu'ont appliquées les pays (confinement ou pas, notamment), il analyse : "Il y a beaucoup de manières qui changent en fonction des pays auxquels vous vous adressez. La Grande-Bretagne n'est pas fixée sur cette stratégie d'immunisation de groupe, et en France il y a eu plusieurs scénarios...On ne peut pas dire qu'on est passé d'un extrême à l'autre, mais à ce que le corps social est capable de s'approprier."

"Pourquoi quinze jours ? Parce que ça renvoie à la durée d'incubation et à l'impact des personnes qui sont infectées et capables de transmettre le virus. Après, on s'adapte !"

"Il faut que nous restions chez nous si nous sommes potentiellement infecté pour éviter de rendre vulnérables ces personnes qui vont réaliser ce flux de malades graves et rendre le personnel de santé incapables de gérer ce flux."

Quel délai d'hospitalisation ?

"Les patients sévères doivent être soumis à l'administration d'oxygène avec des respirateurs, puis l'enjeu c'est le sevrage, une période très lourde et très longue. Il faut compter au moins trois ou quatre semaines de réanimation. C'est un fardeau, les services doivent s'adapter, quelquefois dans l'extrême pénibilité" poursuit Denis Malvy. "La majorité des formes sévères concernent des personnes âgées, mais il existe des formes sévères rencontrées chez des personnes plus jeunes. Il y en a peu."

L'exode urbain condamnable ?

"Cette attitude a pu être choquante au niveau civique, mais comme nous étions choqués de voir les marchés bondés la semaine dernière. Le virus circule partout en France. Par exemple, en région Nouvelle Aquitaine, a priori préservée, on voit de plus en plus de cas, donc ce n'est pas le départ des Parisiens qui pose problème."

Pour lui, de nouveaux cas vont mécaniquement arriver dans les jours qui viennent : "La vague arrive dans les régions encore préservées. Donc nous devons faire face à l'augmentation des cas dans les 10 jours à venir. Si les mesures sont appliquées, un pic [devrait arriver] dans 6 à 8 semaines, mais là aussi nous ne sommes pas prophètes."

Espoir de traitement ?

"On a eu les résultats d'un essai à Marseille. c'est un signe fort, un essai gagné en début de match qui nous exhorte à continuer à travailler" se réjouit l'infectiologue en évoquant les tests sur la chloroquine réalisés par le professeur Didier Raoult.

"Je salue la recherche en France, dans la période un peu morose que nous traversons, c'est un signe encourageant que la recherche se mobilise pour des médicaments."

Interdiction d'assister aux enterrements

Sur les enterrements non permis, le spécialiste estime que "des mesures vont être déclinées pour accompagner les deuils, c'est obligatoire. Dans mon entourage, j'ai une personne qui vient de mourir du Covid-19, il y a des larmes que nous avons partagées, et un accompagnement va être construit. [Accompagner ses morts] c'est essentiel. En tant que citoyen, je l'attend et le sollicite."

Les invités
  • Denis MalvyExpert infectiologue au CHU de Bordeaux, nommé conseiller scientifique auprès du ministre Olivier Véran
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.