Gérard Larcher, président du Sénat, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Le président du Sénat en appelle à plus de confiance entre les élus, l'exécutif et les collectivités territoriales. Interrogé sur la question des votes des collectivités sur la fiscalité, il a expliqué : "Le foncier bâti, c'est un vote qui appartient aux collectivités territoriales, et notamment demain au bloc communal, puisqu'on a décidé la suppression de la taxe d'habitation", rappelle-t-il. "C'est une responsabilité que les élus assumeront : encore faut-il que les dotations de l'État soient à la hauteur. On a eu 'balance ton maire', puis 'accroche-toi à ton maire' : et si on se faisait confiance, plutôt que de balancer ce genre de formules au moment de présenter son budget ?"

Après les propos d'Emmanuel Macron sur l'immigration, le président du Sénat dit vouloir regarder avant tout le bilan sur les deux ans et demi écoulés dans le mandat présidentiel : il avance des chiffres de "255 000 titres de séjour en plus, 125 000 demandeurs d’asiles, et surtout 90% des déboutés du droit d’asile qui restent sur le territoire. Il y a donc un échec de cette politique". Il rappelle que le Sénat avait fait des propositions, et que l'une d'entre elles pourrait rentrer dans le cadre du projet de loi de finances de la sécurité sociale : "_On a proposé l’an dernier le remplacement de l’aide médicale d’Etat par une aide médicale d’urgence_, parce qu’il ne s’agit pas de ne pas apporter une aide. Mais dans un mois et demi, le gouvernement peut poser un acte en vérité, un acte concret", explique-t-il.

Il prévient toutefois : "_Je ne voudrais pas que s’installe ce débat binaire qu’il n’y ait qu’un débat entre Emmanuel Macron et madame Le Pen_. C’est l’impression qu’il donne. Regardez les élections européennes. Nous avons une responsabilité, qui est aussi une responsabilité pour la gauche social-démocrate, de réinventer les espaces, parce qu’une démocratie binaire, ça peut se finir très mal". 

Sur la réforme des retraites, il explique que "les Français sont perdus", selon lui : "La question qui est posée partout, dans tous les pays, quel que soit le système, c’est l’âge de départ. Autour de l’âge de départ on peut articuler. Mais à force de ne jamais vouloir prononcer le mot “âge de départ”, on raconte des craques aux Français. Et si on disait la vérité ?". 

Face à la "verticalité du pouvoir" évoquée par Nicolas Sarkozy, il se dit pour la "verticalité inversée" : "La confiance vient d’en bas, l’autorité d’en haut. C’est la démarche que je poursuis au travers des conventions qui visent à rassembler les élus des familles du centre et de la droite républicaine. Il y a sur le terrain des expériences exceptionnelles : j’étais chez Xavier Bertrand et on parlait industrie, j’étais chez Christelle Morançais dans les Pays de Loire et on parlait formation professionnelle". Pour Gérard Larcher, "la verticalité inversée a du sens quand on part du terrain". 

Interrogé par un auditeur sur la potentielle fragilisation de l'organe législatif depuis la mise en examen du président de l'Assemblée nationale, il rappelle que le mis en examen est présumé innocent :

Ce n’est pas au cours d’une instruction que nous devons décider si un élu de la Nation voit son mandat achevé

Gérard Larcher se dit par ailleurs favorable à un ajustement du nombre de parlementaires, tout en posant le principe de ne pas avoir plus de 20 départements ou collectivités qui aient un seul député ou sénateur. "Nous devons être attentifs aux territoires un peu plus pauvres en démographie que d'autres", explique-t-il en réponse à un auditeur qui cite l'exemple de la Haute-Loire, qui ne compte déjà que deux députés et deux sénateurs. 

Interrogé enfin sur la découverte récente d'un buste d'Hitler et d'un drapeau nazi dans les sous-sols du Sénat, il assure qu'il ne savait pas, ni lui ni les questeurs du Sénat, que ces objets existaient et qu'ils se trouvaient ici. "Ça traduit qu’il y a une histoire au Sénat qui est l’occupation par les forces allemandes et notamment la Luftwaffe où le chef d'état-major occupaient le bureau du président du Sénat. Il y a eu un grand combat au moment de la Libération. J’ai demandé que le service des archives travaille sur ces périodes". 

  • Légende du visuel principal: Gérard Larcher © AFP / Martin Bureau
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