Najat Vallaud-Belkacem, directrice générale en France de l’ONG ONE, ancienne ministre, et Sandra Laugier, professeure de philosophie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, co-auteures de "La société des vulnérables : leçons féministes" (« Tracts » Gallimard ), sont les invitées de la matinale.

Pendant le confinement explique Najat Vallaud-Belkacem, on a vu un découpage, "aux hommes l’expertise et le leadership, et aux femmes le contact avec les malades et les clients de supermarchés, et la charge mentale de la famille". 

"Il y a eu beaucoup d’hypocrisie derrière la remise en valeur de la notion de care"

Cette notion de care mise en avant, a été très séduisante, "mais nous avons vite été déçues" expliquent les deux autrices, car elle n'a pas été suivie d'effet. 

"On a vu que les femmes et d’autres contribuaient fortement à la vie quotidienne et la survie de la société, et par ailleurs, elles étaient d’autant plus invisibilisées, silencieuses, et les hommes donnaient des consignes à la télé", explique Najat Vallaud-Belkacem.  "Cette crise nous a permis de voir que décidément, la situation des femmes, à chaque fois qu'une crise advient, quels que soient les progrès accomplis dans les décennies passées, ces progrès tombent en une minute."

La philosophe Sandra Laugier explique l'éthique du care : "la vulnérabilité n’est pas quelque chose d’agréable à penser. Se reconnaître comme vulnérable c’est accepter une dépendance. Cela a a été découvert par l’éthique du care. Les personnes qui ont l’air le plus autonomes sont le plus dépendantes car elles ont toutes sortes de personnes à leur service. C’est la grande découverte de l’éthique du care. Et tout cela est lié à la domination masculine "

Aujorud’hui apparait la nécessité de "reconnaître nos dépendances et notre vulnérabilité, comme un trait de la condition humaine, et la société doit valoriser ce travail domestique ou plus large"

Najat Vallaud-Belkacem : "on ne pense tellement pas à la spécificité des problèmes des femmes, et donc oui, les grands plans d'aide économiques vont d'abord à des secteurs comme l'automobile, l'aéronautique, le secteur bancaire,  et en échange on ne leur demande même pas de contrepartie sur l'égalité hommes-femmes." 

Interrogée sur le mouvement #Lundi14septembre et la liberté de s'habiller comme elles veulent pour les lycéennes ou collégiennes, Sandra Laugier dit qu'elle ne voit pas "pourquoi un proviseur ou un ministre expliquerait à ces jeunes filles comment elles doivent s'habiller", mais qu'elle aimerait les interroger à titre personnel,  pour savoir pourquoi elles ressentent le besoin de s’habiller ainsi, "est-ce qu’il y a pas une pression de se présenter comme un objet sexuel, ça me parait devoir être pris en considération ,mais la première idée, c ‘est de quoi ils se mêlent". 

En tant qu'ancienne ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem rappelle qu'il revient aux chefs d'établissement de juger des situations et qu'il faut leur faire confiance. Toutefois elle précise : "j’ai l’impression qu’on met toute la culpabilisation sur le corps des femmes. C'est un discours à sens unique car on projette sur le corps de ces jeunes filles l’idée que ce corps est de manière inhérente,  sexuel et dérangeant, alors qu’il faudrait un discours à l’égard des garçons sur le changement de regards". 

  • Légende du visuel principal: Livraison à domicile pour une personne âgée pendant le confinement © AFP / Arié Botbol / Hans Lucas / Hans Lucas
Les invités
  • Sandra LaugierPhilosophe, Professeur d'université
  • Najat Vallaud-BelkacemAncienne ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, directrice France de l'ONG ONE
L'équipe
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