Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, est l'invitée du grand entretien de Marc Fauvelle à 8h20. Dans son nouveau livre, "Baroque Sarabande", elle rend hommage aux écrivains qui ont marqué son parcours.

Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice
Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice © AFP / Joël Saget

Sur son rapport à la littérature

Pour Christiane Taubira, son amour pour les livres et sa vie politique sont étroitement liés : "Les livres ont rendu la politique importante, ils lui ont donné sens", car "c'est grâce à la littérature, aux auteurs de fiction, que j'ai perçu la complexité du monde", raconte-t-elle, expliquant aussi avoir été frustrée de ne pas pouvoir utiliser le créole pendant sa jeunesse, "une langue porteuse d'imaginaire, qui ouvre sur une culture, une connaissance de son propre territoire". 

L'ancienne ministre dit espérer qu'aujourd'hui, parmi les jeunes élus de la République, certains aiment encore la littérature. Sans quoi "on se prive d'u bonheur abyssal de vivre avec les livres, par les livres". Plus tard, elle explique également que lire pendant ses années au gouvernement l'a aidée à se "procurer une échelle des choses" : "Des insultes peuvent être d'une grande violence, cela ne réduit pas leur insignifiance. Ces insultes vous ramènent à ce que la littérature enseigne : il y a des merveilles partout dans le monde, une égalité profonde entre les êtres humains, et ceux qui n'ont pas compris ça, qui mettent de l'énergie à exclure, ces gens là sont juste insignifiants, ils passent et ne laisseront pas de traces", dit-elle. 

Sur le climat social en France

"Je n'ai pas un tempérament catastrophiste, je pense que les gens vont bien, qu'ils sont forts", explique Christiane Taubira, qui dit croire que "quand un pays va mieux, c'est surtout grâce aux gens". Mais comment interprète-t-elle la montée de la grogne sociale actuelle dans le pays ? "_Il y a des angoisses, des choses extrêmement légitimes, c'est la preuve qu'il y a une forte énergie"_, mais aussi "une forte identité dans le pays". 

Selon elle, "les Français savent qu'ils se sont construits par les luttes sociales, qu'en général, dans l'Histoire, les lois ont suivi les luttes sociales".  D'où l'importance, selon elle, de ces luttes. 

Sur le lien entre l'Eglise et l'Etat

Les propos d'Emmanuel Macron face à la Conférence des Evêques de France, la semaine dernière, sur le lien brisé entre l'Eglise et l'Etat, visaient-ils Christiane Taubira et son action pour le mariage pour tous ? "Je ne suis pas nombriliste, je ne pense pas que chaque parole prononcée me concerne. Il est plus important pour moi de comprendre l'état d'esprit que de me sentir froissée", répond-elle.

Mais elle préfère analyser la situation sur le fond que sur la forme : "Je me souviens d'une déclaration déjà de ce type pendant la campagne, c'était déjà une erreur. Il y avait un signe qui exprime une erreur de fond. La question n'est pas de savoir si on froisse des gens ou pas, la question est de savoir si ce qu'on fait est juste", défend-elle. "Nous sommes dans un état laïc, qui doit tenir à bonne distance les religions, quelles qu'elles soient. L'opinion de l'église reste une opinion religieuse, le clergé ne peut pas avoir d'influence sur les droits et les devoirs".

Sur la loi Asile et Immigration

"Ce projet de loi n'embrasse pas la réalité de la circulation humaine", note Christiane Taubira. "Il y a 244 millions de personnes déplacées dans le monde, dont 100 millions forcés, et la moitié vit dans son propre pays". Au final, "il y a trois millions de demandeurs d'asiles dans les pays développés, ça paraît dérisoire", dit l'ancienne ministre, et "21 millions de personnes qui disposent du statut prévu par la convention de Genève, et qui sont accueillis en priorité par huit pays, la Turquie en tête". 

Or, affirme-t-elle, depuis l'accord entre l'UE et la Turquie sur les migrants, "la chute de demandeurs d'asile a baissé de 90% : ce qui peut expliquer qu'on s'accomode de certaines pratiques du dirigeant turc". Viennent ensuite le Pakistan, l'Iran, la Jordanie... au total les huit premiers pays d'accueil représentent à eux tous seulement 2,5% du PIB mondial. "Il faut s'interroger sur la réalité de ces flux de circulations humaines". 

Elle appelle Emmanuel Macron à faire preuve de courage politique. "Il a un rapport aux individus qui est plutôt un rapport d'altérité, _je crois qu'il n'est pas indifférent à la réalité de la misère, mais il faut du courage politique_, il faut assumer de dire que dans notre société où nous sommes 66 millions de personnes il faut arrêter de hurler parce que l'UE nous demande d'en accueillir 24 000".

Sur sa carrière politique

Interpellée par un auditeur sur son ambition politique, elle réfute l'idée de ne pas avoir de courage politique mais assume le fait de ne pas avoir d'ambition personnelle : "Je fais de la politique à visage découvert, j'ai choisi de porter des idéaux de gauche (...)  quand j'ai l'opportunité d'agir au nom de l'Etat, je le fais au nom des idéaux que j'ai choisis", assure-t-elle. En revanche, elle ne se prononce pas clairement sur une éventuelle candidature sur une liste aux élections européennes. 

Les invités
L'équipe
  • Marc FauvelleJournaliste, présentateur des journaux de 6H30 et 8H, en semaine
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