Barbara Cassin, philosophe et académicienne, est l'invitée du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

Pour Barbara Cassin, "la langue commune de l'Europe, c'est la traduction" : elle explique que l'Europe "n’est pas une diversité de gens qui sont les uns à côté des autres mais de gens qui ont à se comprendre. Et la traduction, c’est ce qui permet de se comprendre, plutôt qu’une fausse unité du genre “global English”". 

"C'est dans la richesse des différences que se joue ce que nous avons en commun"

Peut-il y avoir un peuple sans langue commune ? Pour l'académicienne, cela ne pose pas de problème. "Regardez l’Afrique du Sud, il y a 11 langues nationales. Et c’est dans ces 11 langues que s’est faite la commission Vérité et Réconciliation, qui a permis de passer à l’après-Apartheid sans bain de sang. Le peuple arc-en-ciel s’est constitué avec ces 11 langues, et avec le souci de montrer ce qui était propre à chacun".

Ainsi, sur la question du rôle de l'Europe dans l'accueil des migrants elle explique que selon elle, "l'un des sens essentiels de l'Europe, c'est de faire passer". Elle ajoute : "L’Europe s’est constituée avec des migrations. C’est terrifiant de condamner des gens à la noyade, c’est quelque chose de complètement aberrant".

"Pour moi, l'Europe est plus que coupable"

Sur la montée des populismes en Europe, Barbara Cassin dénonce "une espèce de manière d’être soi, seulement soi, en croyant que c’est comme ça qu’on peut être soi". 

"On connait ça depuis toujours : faire une sorte d’équation entre langues, races, peuples, nations. Il n’en sortira rien que du rance. On sait déjà où ça conduit. Je ne comprends pas comment on peut y croire. Comment on a pu élire Bolsonaro. Comment on va pouvoir continuer à élire Trump… et pourtant ça marche. Pauvre de nous, le seul antidote à cela, c’est la culture, la connaissance de l’histoire, et le goût. Il faut enseigner que juger par soi-même, c’est important. Et qu’on est plus libre qu’on le croit", explique-t-elle. 

"Je suis pédagogue dans l’âme, je pense qu’il faut enseigner, et encore enseigner, la culture et le jugement".

Sur l'incendie à Notre-Dame de Paris, elle déclare : "Une cathédrale, ça enserre l’éternité. Quand on voit s’écrouler quelque chose qu’on croyait étnernel, on peut ne pas y croire. J’ai été très touchée par la manière dont tout le monde a été touché". Quant à savoir s'il faut reconstruire à l'identique, selon elle, "la trace de l’histoire doit arriver jusqu’à nous", même si elle concède : "A l’identique je ne sais pas ce que ça veut dire, pusiqu’on n’aura plus ces bois".

Barbara Cassin salue par ailleurs les dons des grandes entreprises : "Cela signifie que la cathédrale, c’est un produit de luxe. Et un produit de luxe très extraordinaire parce que c’est du luxe pour tous. Je trouve ça très bien que les gens qui ont de l’argent et qui font de l’argent avec le luxe puissent donner à ce luxe de culture. Maintenant que les ONG s’attristent que la vie humaine ne soit pas considéré comme méritant le même type d’action, je les comprends".

  • Légende du visuel principal: Barbara Cassin © AFP / Boris Roessler
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