Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Après l'agression verbale antisémite d'Alain Finkielkraut en marge d'un cortège de "gilets jaunes" à Paris, l'ex Premier ministre réagit : "Je suis choqué de ces propos."

Il y a des phénomènes extrêmement graves qui se produisent dans ce pays, comme si l’antisémitisme était devenu le vecteur de toutes les haines (...) 

"Nous avons vu toutes les digues, qui nous permettaient de vivre ensemble, qui ont cédé" estime Bernard Cazeneuve qui ajoute : "La numérisation de la société (...) a désinhibé et a permis à l’insulte d’être proférée, non plus dans l’anonymat, mais dans la rue."

Faut-il y voir un parallèle avec les années 20/30? "Ça rappelle une période mais nous sommes aussi confronté à d’autres formes d’antisémitismes" explique Bernard Cazeneuve, qui y voit "une responsabilité des élites" et "une juxtaposition de phénomènes."

Quand tout risque de basculer, l’amour du pays, de la République doit l’emporter sur tout autre confrontation (...) C’est le pays, la République d’abord, alors si tout ce qui relève du champ de la confrontation démocratique n’est plus possible, il y aura le chaos et la haine.

"Je souhaite que chaque mot soit choisi pour que le consensus républicain puisse exister (...) il y a des moments où il faut être capable de s’élever au dessus des contingences" poursuit-il.

Pour lutter contre la montée de l'antisémitisme, les députés ont lancé une proposition de loi qui ferait de l'antisionisme un délit, mais pour Bernard Cazeneuve, "il n’est pas nécessaire d’instaurer le délit d’opinion."

Emmanuel Macron, lui, a prévu d'assister cette semaine au dîner annuel du Crif, pour assurer la communauté de son soutien. Mais Bernard Cazeneuve l'enjoint à s'adresser à tous les Français.

"C’est l’esprit d ’altérité qu’il faut retrouver (...) J’ai été frappé lors de la dernière campagne électorale, dont l’histoire a été absente (...) Il n’est pas bon de couper les fils de l’histoire (...) alors la transmission devient plus difficile", estime l'ex-ministre.

Un lien entre  "gilets jaunes” et regain d’antisémitisme ?

"Les gilets jaunes doivent prendre des positions très claires sur l’antisémitisme (...) Je ne peux m’empêcher de constater que nous sommes dans une période (...) qui remet en cause bien des choses de la République". 

Bernard Cazeneuve estime aussi qu'interdire les manifestations de "gilets jaunes" serait une faute dans un pays ou nous nous battons pour que la République continue à incarner la liberté, mais en même temps, le gouvernement a raison d’être extrêmement ferme (..) Cette violence doit cesser, elle est le contraire de ceux qui nous unissent les uns aux autres, un ferment de mise en cause des institutions.

Sur la politique du gouvernement, l'ex-Premier ministre de François Hollande s'interroge  : "Je cherche la place à gauche de cette politique ? La loi anti-casseur ? la politique migratoire ? Faire six milliards de cadeaux fiscaux ? Je cherche ce qui pourrait éventuellement lui donner une teinture de gauche (...) Ce n’est pas une agression, ce n’est pas grave d’être de droite, d’ailleurs il l’assume".

Bernard Cazeneuve estime aussi qu'il manque "un parti de gauche social-démocrate, il faudra bien entendu des mutations, des changements (...) Je suis désireux d’aider la famille à laquelle j’ai toujours appartenu à retrouver des couleurs (...) Je souhaite les mettre sur un chemin d’espérance".

Sur la question des élections européennes, il estime que l'on "n’échappera pas à la question sociale, on ne sortira pas de ce grand débat sans une conférence sociale (...) Il faut reconnaître les corps intermédiaire dans leur rôle".

Aller vers un référendum sur des questions parlementaires n’est pas pour moi la priorité

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Bernard Cazeneuve © Radio France / Anne Audigier
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