Pap Ndiaye, historien, professeur des universités à Sciences Po et futur directeur général du Palais de la Porte Dorée (à partir du 1er mars) est l'invité du Grand entretien d'Ali Baddou.

Le Palais de la Porte dorée abrite le Musée national de l'immigration et l'Aquarium tropical. Le thème de l'immigration structure une partie de la vie politique depuis plusieurs décennies, "mais c'est justement à ce moment qu'on a besoin d'un musée national d'histoire de l'immigration, qui porte les fruits de la recherche", explique le nouveau directeur général.

L’exposition permanente est en refonte, et "elle va globaliser cette histoire en présentant une histoire plus large, en incluant le XVIIIe siècle" dit Pap Ndiaye. Cela inclut  un élargissement "d’un point de vue géographique en considérant la France dans une acception coloniale et impériale". "Les questions coloniales et celles de l’esclavage trouveront une place plus importante ; à travers la question de l’immigration on touche des questions essentielles, y compris la colonisation. Le palais lui-même parle d’histoire de la colonisation. C'est un lieu possible de débats plus fréquents."

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Le nouveau  directeur général du Palais de la Porte dorée rappelle qu'à travers la question de l'immigration, "on touche à des questions essentielles de l'histoire de France, y compris celle de la colonisation". Le palais de la Porte Dorée en est témoin, il a été inauguré il y a 90 ans pour l'exposition coloniale.

"Dans le monde de la recherche, il y a des débats de toutes sortes sur les trajets migratoires, sur le post-colonialisme, donc c’est un lieu possible de rencontres et de débats et il n’y en a pas tant que cela. Les plateaux télé, c’est pas idéal, Twitter non plus."

Le langage de l'extrême-droite au-delà de l'extrême-droite

Après l'annonce mardi à l'Assemblée de  la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal d'une bilan par le CNRS _"de l'ensemble des recherches"qui se déroulent en France, afin de distinguer ce qui relève de la "recherche académique" et ce qui relève du "militantisme", en pointant l'"islamo-gauchisme" qui, selon elle, "gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable"_.

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Pap Ndiaye répond que ce qui le frappe à l'inverse, "c'est le degré de méconnaissance, dans le monde politique, des recherches qui sont menées à l'université en sciences sociales et en sciences humaines."

Quant au terme "islamo-gauchisme", "il ne désigne aucune réalité à l’université. Cela stigmatise certaines recherches, des travaux sur l'intersectionnalité, une manière de croiser des approches antiracistes et antisexistes. Cela, ce sont des recherches importantes qui irriguent la recherche internationale. Ce serait catastrophique de les mettre à l’index."

Il note que ce mot appartient au registre sémantique de l'extrême-droite, "un vocabulaire d’extrême-droite c’est répandu bien au-delà de l’extrême-droite, il y a aussi le terme racisme anti-blanc". 

Il rappelle la définition de ce mot et son histoire : "La notion d'islamo-gauchsime désignait des formes de dérive d'une gauche très pro-palestinienne vers l'antisémitisme. Elle a été reprise par l'extrême-droite pour qualifier tous les mouvements antiracistes, tous ceux qui s'occupent des discriminations."

Pour répondre à la controverse sur ce que d'autres historiens appellent la "guerre des races", "je réponds que beaucoup de chercheurs considèrent que regarder les inégalités sociales, ça ne consiste pas seulement à regarder les positions de classes. Être une femme ou un homme, ce n’est pas la même chose à classe égale. Je rêverais qu’un jour la couleur de peau ne compte pas plus que la couleur des yeux mais on n'en est pas là. Si on veut que la recherche française s’internationalise, il faut aussi regarder de ce côté-là" explique Pap Ndiaye.

Interrogé sur la pratique du "black face", il rappelle que "se déguiser en noir, ou en personne asiatique, est quelque chose d'offensant. Beaucoup d'opéras ont déjà prohibé le "black face". Cela donne des possibilités créatives beaucoup plus intéressantes."

  • Légende du visuel principal: Pap Ndiaye © AFP / MEHDI FEDOUACH
Les invités
  • Pap NdiayeHistorien, directeur général du Palais de la Porte Dorée.
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