Jean-Pierre Raffarin est l'invité du grand entretien de la matinale. L'ancien Premier Ministre, représentant spécial de la France pour la Chine, publie "Chine, le grand paradoxe, pour le réveil de l'Europe".

À Hong Kong, il faut "défendre l'apaisement"

Alors que de terribles émeutes agitent l'ancien territoire britannique depuis plusieurs jours (et que le mouvement social pro-démocratie dure depuis cinq mois), la police commence à menacer les manifestants de tirer à balles réelles. "C'est une situation extrêmement dangereuse", juge Jean-Pierre Raffarin. "On est dans une impasse, on assiste à une escalade de violence. Comment apaiser les situations sociales agitées ? Par le compromis. Et là, les deux parties refusent le compromis. Les autorités internationales ont plutôt intérêt à défendre l'apaisement."

"À Hong Kong, ils cherchent à laisser Carrie Lam (la chef de l'exécutif) en avant pour ne pas avoir à intervenir, parce qu'ils savent qu'ils seront sanctionnés par l'Occident s'ils interviennent."

L'avenir doit se construire avec la Chine et pas contre la Chine

Représentant spécial de la France pour la Chine, Jean-Pierre Raffarin s'est longuement exprimé sur les rapports que l'Hexagone devrait entretenir avec l'Empire. Le sous-titre de son ouvrage : "Pour le réveil de la France". Pourquoi ? "Parce que nous sommes endormis. Les relations avec la Chine sont aujourd'hui déséquilibrées au point de vue européen, et si nous ne sommes pas rassemblés, nous ne pourrons pas dialoguer avec ce pays qui fait du rapport de force sa stratégie."

"L'avenir, aujourd'hui, est une sorte de rapport de force avec l'Europe, et cette Europe doit être franco-allemande."

"Utilisons la Chine pour être le levier européen de notre avenir, de notre existence. Je ne suis pas naïf, je sais bien qu'il faut construire un rapport de force ! Sinon, on va se retrouver comme une balle de ping-pong, balancés entre une raquette chinoise et une raquette américaine." Pour l'ancien Premier ministre, nos relations avec la Chine doivent être apaisées car les cartes de la diplomatie internationales sont rebattues.

"Face à des États-Unis agressifs qui défendent le Brexit et qui trahissent les accords avec l'Iran, on se pose la question : est-ce que les États-Unis sont toujours des alliés ?

Jean-Pierre Raffarin décrit, comme Emmanuel Macron, un OTAN "en état de mort cérébrale, notamment à cause de Trump. Or la paix ne se fait pas en tournant le dos à son adversaire, mais en discutant avec lui." En discutant avec la Chine, donc.

Comment travailler avec un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme ? 

Alors que Léa Salamé et Nicolas Demorand évoquent le cas des Ouïghours, cette minorité musulmane que Pékin veut assimiler de force, Jean-Pierre Raffarin parle de "différences culturelles". "Pour eux, l'unité est une valeur absolue, et le rebelle est coupable. Chez nous, être rebelle, c'est être une sorte de héros."

"Ce qui ne plaît pas aux Chinois, c'est que nous fassions de la politique intérieure française avec eux", ajoute Jean-Pierre Raffarin. "Face à la Chine, il faut apprendre." Mais comment accepter ce bafouement des droits de l'Homme, de notre point de vue occidental ? "Nous avons notre rôle d'influencer la Chine, pour aller dans le sens du respect des droits de l'Homme. Mais il faut aussi se dire que si l'Europe n'est pas rassemblée, comment voulez-vous qu'on rassemble la Chine ?" L'ancien Premier ministre assure "toujours soutenir la politique étrangère de la France. Mais c'est important de bien comprendre ce pays."

"Je veux prévenir les jeunes Français qui ont 20 ans aujourd'hui, de la part de Chine dans leur avenir. Il y aura des bouleversements dans les années qui viennent. Il faut qu'ils se musclent !"

"Je ne suis pas un lobbyiste !"

Relancé plusieurs fois par Léa Salamé, Nicolas Demorand, ainsi que deux auditeurs sur sa complaisance, sa "vision angélique" de la Chine, Jean-Pierre Raffarin s'est emporté à la fin de l'interview. 

"Je ne travaille pas pour la Chine ! Je suis le représentant du ministre des Affaires étrangères. Je ne fais pas de la politique depuis 50 ans pour faire des erreurs de débutant. Je ne suis pas un lobbyiste !"

"Je fais partie des quelques personnes qui vont en Chine parce qu'on a une notoriété là-bas, mais évidemment, en toutes circonstances, je défends les intérêts d'Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian. Mais pour moi, ce qui est essentiel dans les climats de tension, c'est le dialogue."

  • Légende du visuel principal: Jean-Pierre Raffarin © Radio France / Anne Audigier
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