Journée spéciale "Confinés mais solidaires" sur France Inter. Les invités du Grand entretien sont Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique, Olivia Ruiz, auteure-compositrice-interprète, marraine du Secours Populaire, et Patrice Blanc, président des Restos du Cœur.

Des volontaires du Secours populaire trient des fruits et légumes donnés par des supermarchés. Photo d'illustration
Des volontaires du Secours populaire trient des fruits et légumes donnés par des supermarchés. Photo d'illustration © AFP / Jean-François FORT / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Aujourd'hui, les représentants d'associations caritatives déplorent le fait que la crise touche beaucoup de jeune. "Il y a des milliers de jeunes qui sont battants, qui aimeraient travailler, dont certains sont en rupture familiale", explique Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, qui cite l'exemple d'Océane, dans le Doubs, qui a été obligée de rentrer chez sa mère après l'arrêt des activités lié au confinement, et qui n'a pas réussi à retrouver d'emploi depuis ; ou encore une situation pour laquelle elle a été appelée en urgence, avec quatre jeunes obligés de dormir dans une même voiture. 

Le président des Restos du Cœur, Patrice Blanc, partage ce constat et se dit également "bouleversé" par l'image de "jeunes arrivant aux Restos du Coeur avec leur tenue Uber ou Uber Eats. Ils apportent à manger, mais n'ont pas de quoi manger pour eux". Certains département, selon eux, vivent un "tsunami" : 40% de demandes auprès des associations en Seine-Saint-Denis, et 30% à Paris, "avec le phénomène des migrants qui pèse très lourd, car c'est une autre catégorie de population qui a un gros problème d'accès aux services publics". Olivia Ruiz, marraine du Secours Populaire, indique que depuis mars, les demandes d'aide ont augmenté de 45% auprès de l'association. 

"On s'organise pour tenir, mais on a besoin que les pouvoirs publics bougent"

Les nouveaux bénéficiaires des associations caritatives "étaient dans une situation de précarité, mais ils sont battants, ils ne pensaient pas arriver aux Restos du Cœur ou chez une assistante sociale. La première chose qu'il faut leur dire, c'est que ce n'est pas une honte d'être aujourd’hui dans une situation difficile. Osez aller pousser la porte des associations, mais aussi des travailleurs sociaux, vous avez peut-être des droits que vous ignorez", dit-elle. 

Alors que la Fondation Abbé Pierre alertait ce week-end sur le fait qu'il y a en France 300 000 personnes sans domicile fixe, Véronique Fayet explique que même si toutes ces personnes ne vivent pas dans la rue, il y a "des gens qui auraient des droits, qui pourraient demander le RSA, mais qui ne le font plus parce qu’ils ont été découragés, humiliés, parce que c’est trop compliqué. Il y a des gens qui ont baissé les bras et qui n’accèdent même plus aux droits les plus élémentaires".

Pour Patrice Blanc, "tout ce qui apporte une aide financière aux familles en difficulté va dans le bon sens", mais il y a "un énorme trou dans la raquette, pour les jeunes de 18 à 25 ans", qui n'ont pas accès au RSA. "La stratégie du gouvernement a toujours été d’accéder à l’emploi, et là-dessus on est d’accord", note Véronique Fayet, qui demande toutefois : "Mais quand il n’y a pas d’emploi, on fait comment ? Dans cette situation de crise, il faut que les jeunes aient un accompagnement renforcé, mais avec cela il faut qu’ils soient soutenus par une allocation digne".

"Pour les Restos du Coeur, c’est clair et ça c’est l’aspect rassurant : les donateurs sont fidèles, sont présents, et pour l’instant nous n’avons pas d’inquiétude", se rassure Patrice Blanc, qui ajoute qu'en termes de précarité étudiante, l'association est en lien avec certains Crous "qui n'arrivent plus à remplir leurs fonctions" pour mettre en place des organisations d'aide alimentaire. 

Pour Véronique Fayet, "le Premier ministre et son gouvernement propose des solutions ponctuelles, conjoncturelles. Nous, nous voulons quelque chose de durable : pendant la crise, une aide chaque mois, et une réflexion sur un revenu digne pour les jeunes, pour les adultes. On veut conjuguer le conjoncturel, dans lequel le gouvernement se cantonne, et le moyen terme avec une transformation profonde de notre système".

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