Michel Barnier, négociateur en chef de l'Union européenne pour le Brexit, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne. Cette décision a été plébiscitée par un référendum du 23 juin 2016. Près d’un an et demi de négociation après, nous sommes à 5 mois de l’échéance, du Brexit concret. Le sommet du conseil européen s’est tenu ces deux derniers jours : un accord de divorce a-t-il été trouvé ?

"Nous sommes à 90% d'accord avec les Britanniques", explique Michel Barnier, venu en studio avec entre les mains le projet de traité, qui contient 168 articles. "L'enjeu c'est d'organiser le divorce (...) la recherche qui est la mienne, c'est celle d'un accord avec les Britanniques : il est possible, souhaitable et difficile". 

"C'est un problème pas seulement technique : il est aussi politique, juridique, financier. Le Brexit crée beaucoup d’incertitude pour beaucoup de ceux qui nous écoutent. 4,5 millions de personnes qui vivent et travaillent au Royaume-Uni et 1,5 million de Britanniques qui vivent et travaillent dans les 27 pays de l’UE", explique-t-il, assurant que les deux parties sont d'accord pour garantir les droits de résidence, les droits sociaux ou les droits de retraite, notamment. Parmi les autres points qui font accord, la participation du Royaume-Uni au budget qui a été voté à 28 jusqu'en 2020, ou encore "les appellations contrôlées et indications géogaphiques". 

En revanche, la question irlandaise peut-elle faire échouer l'accord ? "La réponse est oui", répond directement Michel Barnier. "Il y a unanimité du côté de l’UE pour que dans l’accord de retrait il y ait un règlement sérieux avec les Britanniques sur cette question, un ensemble de garanties pour qu’il n’y ait pas de frontière", explique le négociateur. "Dès le début du mandat qui m'a été donné, nous avons toujours dit que c'était une question qui devait être réglée".

"Il y a derrière cet accord beaucoup d'inquiétudes, nous ne reculons pas, nous prenons le temps de faire les choses"

"Cet accord, _c'est la première étape qui va nous permettre d'engager une deuxième grande négociation beaucoup plus intéressante : la relation future_, le partenariat économique et technique avec le Royaume-Uni, etc.", explique-t-il, rappelant que pendant 21 mois après le Brexit, une période de "transition" permettra au pays de négocier de nouveaux accords. 

Le scénario en cas d'absence d'accord est-il apocalyptique ? "S'il n'y a pas d'accord, le 30 mars, il n'y a pas de transition. Ils sortent des institutions et aussi immédiatement du marché intérieur de l’union douanière. _En quittant l’UE, les Britanniques ont décidé de quitter 750 accords internationaux_, y compris ce qu’on appelle par exemple le Ciel Unique. On trouvera des solutions d’urgence pour établir une certaine continuité, mais ce sera extrêmement grave". 

"Ils quittent sans accord, ils retombent dans le cadre de l’OMC"

Michel Barnier assure qu'il n'y a "certainement pas" de volonté de faire souffrir le Royaume-Uni pour sa décision. "Nous avons à l’égard du Royaume-Uni une dette liée à la solidarité qu’il a exprimée y compris dans des heures les plus tragiques du XXe siècle, pour sa culture, son histoire, pour des grands dirigeants". Pour lui, "ce vote est regrettable : il n’y a pas de valeur ajoutée au Brexit, c’est une négociation négative. _Personne n’a été capable de me démontrer la valeur ajoutée du Brexit, pas même Nigel Farage que j’ai reçu dans mon bureau à sa demande_, à qui j’ai demandé en quoi le Brexit apporte des solutions à l’expression de l’angoisse des citoyens britanniques". 

L'Italie suivra-t-elle le même chemin que le Royaume-Uni ? "_Je ne le crois pas, je ne vois pas cette orientation, le gouvernement Italien n’a jamais exprimé l’idée de quitter l’UE_. Il y a des problèmes d’ordre budgétaire, mais nous sommes dans un contrat où chacun doit faire attention aux autres". 

"L’attachement au projet européen, ce sentiment là s'accroît : est-ce un effet du Brexit ? On voit quelles sont les conséquences". 

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Michel Barnier © AFP / Ben Stansall
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