Pourquoi sommes-nous autant fascinés par l'histoire des dictateurs ? L'historien et écrivain Olivier Guez a dirigé "Le siècle des dictateurs", un nouvel ouvrage qui rassemble les portraits de vingt-deux d'entre eux, célèbres ou méconnus. Il est l'invité du grand entretien du 6/9, au micro de Pierre Weill.

Olivier Guez
Olivier Guez © AFP / Eric Feferberg

"L’une des marques des dictateurs en 20ème siècle, c’est que _la plupart suivent leur impulsion, leur désir, et ne mènent pas des politiques rationnelles_", explique l'historien, écrivain et journaliste Olivier Guez, invité de 7/9 de France Inter. Il a dirigé l'ouvrage Le siècle des dictateurs, qui paraîtra le 22 août aux éditions Perrin : 22 portraits de dictateurs du 20ème siècle.

"En règle générale, tous ces hommes viennent de milieux très défavorisés, et sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, ont des problèmes avec leur père. Ce sont des gens qui au départ végètent, sont des ratés. Mais à un moment, l’Histoire va faire que leur destin va basculer. Ce sont en général de fins tacticiens, des gens malins. À un moment, la porte du pouvoir va s’ouvrir."

La première vague se déroule en Europe après la 1ère guerre mondiale

Le 20ème siècle a engendré un certain nombre de dictatures pour deux raisons, selon Oliviez Guez : "la première vague se déroule en Europe, après la 1ère guerre mondiale qui anéantit quelque part des siècles de société civilisée et policée. De ce chaos naissent les premières dictatures. Puis, après la 2ème guerre mondiale, une deuxième vague de dictatures va toucher essentiellement le tiers-monde, suite à la décolonisation."

Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir mettre la main sur des appareils qui n'existaient pas avant, comme les médias

Le siècle dernier, décrypte Olivier Guez, donne aussi de nouveaux moyens aux dictateurs pour asseoir leur pouvoir : "Au 20ème siècle les dictateurs vont pouvoir mettre la main sur des appareils qui n’existaient pas avant : les médias, l’appareil économique. À partir de là, ils vont pouvoir faire absolument n’importe quoi, et en général le pire." Les médias, notamment, vont permettre aux dictateurs de soigner leur ethos : "Ce sont de grands metteurs en scène : à la fois ils racontent des histoires tout à fait farfelues, et de l’autre ils vont mettre en scène ces histoires."

Quelques-fois, les peuples sont responsables

Le peuple est-il responsable des dictatures ? "Quelquefois. On pense à l’Allemagne nazie. Hitler n’a pas la majorité absolue en 1933, mais il est porté par le peuple allemand. Mussolini aussi sera populaire dans les années 20 et une partie des années 30. Pétain, aussi, sera populaire. Quelques-fois, les peuples sont responsables. L’autre possibilité, c’est celle du coup d’Etat", analyse l'historien. 

Sur l'éventuel effet "positif" des dictatures parfois suggéré par certains, Olivier Guez est très sceptique : "Ces dictateurs, en général, on un agenda économique de relance, de construction, de travaux publics. Mais assez rapidement on voit que l’économie déraille, et que ça se dirige vers des entreprises tout à fait extravagantes."

Il y a aujourd'hui en Europe une tentation autoritaire, mais on n'en est pas encore à ce qu'on peut appeler des dictateurs

Et aujourd'hui en Europe ? "Il y a une tentation autoritaire, c’est très clair, parce que l’Europe vit aujourd’hui une crise de modernité. Mais on n’en est pas encore à ce qu’on peut appeler des dictateurs, fort heureusement", analyse Olivier Guez.

"Ce qui fait la caractéristique de ces dictateurs au 20ème siècle, ce sont quand même des dizaines de millions ou de dizaines de milliers de victimes. On en n’est pas là. Orban n’a jamais organisé la déportation de qui que ce soit pour l’instant. _Salvini boit des mojitos sur la plage, mais n’a pas encore fait déporter qui que ce soit, en tout cas en masse._"

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