Gilles Jacob, ancien président du festival de Cannes, est l'invité du grand entretien de Marc Fauvelle à 8h20. Il est l'auteur du "Dictionnaire amoureux du festival de Cannes" (ed. Plon).

Gilles Jacob
Gilles Jacob © Maxppp /

Président du Festival de Cannes entre 2001 et 2014, Gilles Jacob publie son "Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes", dans lequel il revient sur les anecdotes qui l'ont marqué, depuis son premier festival en 1964, "quand j'étais jeune journaliste, je suis arrivé là émerveillé". Depuis, il dit penser que tout a changé dans le Festival : "Quand je suis arrivé, c'étaient quelques centaines de personnes, aujourd'hui c'est un événement mondial. C'est le lieu où le cinéma mondial se retrouve, où l'on recharge les piles".

Est-ce devenu un lieu où l'économie du cinéma passe avant tout ? "C'est devenu un marché, une industrie. Mais c'est aussi un lieu où le côté artistique est devenu très fort, les gens viennent du monde entier. Il faut beaucoup d'artistique pour contrebalancer le côté financier".  

Dans son "Dictionnaire amoureux", Gilles Jacob revient sur les anecdotes qui l'ont marqué, comme les caprices de Jeanne Moreau qui souhaitait la première suite de l'hôtel, ou le scandale suscité par le film La Grande Bouffe : "Les gens crachaient sur les acteurs quand ils descendaient l'escalier. C'était un film très en avance sur son temps, il parlait de manger pour se suicider, le public n'était pas aussi cinéphile qu'aujourd'hui". 

Parmi les souvenirs de Gilles Jacob aussi, sa relation difficile avec Maurice Pialat, mais teintée de respect. "J'ai toujours tellement respecté Maurice Piallat, _qui pouvait arrêter tout un film parce qu'il n'arrivait pas à capter les 30 secondes de vérité qu'il voulait_, ses tournages étaient très sportifs mais ça en fait un des plus grands cinéastes de son temps".

Délibérations tendues

Des délibérations difficiles aussi, où les jurés en sont venus aux mains, comme en 1979 lorsque "Apocalypse Now" s'est retrouvé face à "Le Tambour" : "Il a fallu voter à plusieurs reprises, ça s'est très mal passé. Mon rôle c'est surtout de me taire, de ne pas intervenir, nous sommes là pour vérifier que le règlement est appliqué. Si les jurés se trompent, la presse est là pour rectifier", dit-il, tout en revendiquant un "droit à l'erreur", lié au fait que les jurés regardent des dizaines de films en peu de jours, parfois dans des conditions qui ne sont pas optimales, face à des films pas complètement terminés.

Weinstein et Spacey

Gilles Jacob consacre une entrée de son dictionnaire à Harvey Weinstein : _"C'est quelqu'un qui pouvait vous appeler vingt fois en 48h, j'ai senti qu'il voulait acheter tout le monde_, il payait des campagnes publicitaires, et plus si affinités. Son entourage devait savoir, mais au festival il y a tant de mouvement qu'il est impossible de se rendre compte de tout ce qu'il se passait. Mais il était déjà assez odieux comme ça, il fallait de toute façon le tenir à distance". 

Quid de Kevin Spacey, lui aussi accusé de harcèlement, dont la participation au nouveau film de Ridley Scott a été gommée ? "Il ne faut pas toucher à une oeuvre d'art", dit l'ancien président du Festival, expliquant que selon lui, l'acteur aurait dû être interdit de participer à la promotion du film, mais pas en être effacé. Il fait un parallèle avec l'exclusion du cinéaste Lars Von Trier, interdit de Festival en 2011 pour avoir dit qu'il "comprenait Hitler" (et qui reviendra sur la Croisette cette année) : "Nous avions pris une décision qui était bonne, celle de garder le film, qui avait eu un prix, mais de l'exclure lui". 

Cannes, Netflix et TF1

"La peur de Netflix sera forcément surmontée", affirme Gilles Jacob. "Le monde bouge, le cinéma bouge, Cannes doit bouger. Netflix et les autres mettent beaucoup d'argent et ils le donnent à de grands metteurs en scène, Cannes ne peut pas se priver de ce genre de films. Simplement il faut par exemple les montrer hors compétition. Ils considèrent cela comme un affront. Il fallait faire l'inverse, commencer par une niche et ensuite voir ce qu'il se passe".

Parmi les autres événements de cette année à Cannes, il y aura la projection, hors compétition, de "The man who killed Don Quixote" de Terry Gilliam, achevé après plus de quinze ans de déboires. "_Je le regarderai avec un pincement au coeur_, parce que pour moi, Don Quichotte, c'est Jean Rochefort". 

Interrogé sur la volonté de TF1 d'ajouter une troisième coupure pub pendant les films, Gilles Jacob s'y montre vivement opposé, et plus généralement au fait que les films sont interrompus par des publicités : "_Finalement, on pousse les gens à voir des séries_. Si on coupe un film, ça devient une mauvaise série. Les séries, elles, sont faites pour durer 45 minutes".

Les invités
L'équipe
  • Marc FauvelleJournaliste, présentateur des journaux de 6H30 et 8H, en semaine
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.