François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

Dans un contexte de ralentissement de la croissance et d'instabilité de la zone Euro, le gouverneur de la Banque de France rend son rapport annuel au président de la République. Quelles sont les projections de la Banque de France ? Comment rétablir la santé de l'Economie en Europe ? 

L'état de l'économie française pour 2018 s'annonce plutôt bon, même s'il sera nettement en-dessous de l'année précédente, explique François Villeroy de Galhau : "La croissance a été exceptionnellement forte en 2017 en France et en Europe, elle reste bonne, nous ne passons pas de la lumière à l'ombre". Il précise que la croissance était de 2,3% l'an dernier, et que les prévisions sont de 1,8% cette année. 

"Cela ralentit parce que l'environnement international reste un peu moins porteur, et c'est surtout l'accélération de 2017 qui est exceptionnelle, il y a eu un phénomène de rattrapage après plusieurs années de crise", explique-t-il. "Ce n'est pas le retournement d'un cycle, on peut parler d'une accélération qui n'était pas soutenable". 

Comment justifier un tel optimisme ? "S'agissant de prévisions, il faut toujours rester prudent. Hier l'insee a raconté à peu près les mêmes choses que nous avons dites la semaine dernière. _A la Banque de France nous interrogeons des milliers d'entrepreneurs_. Ils ont vu ce trou d'air, mais leurs carnets de commandes pour ce mois de juin restent bien remplis", explique François Villeroy de Galhau. 

"Il faut essayer d'augmenter la vitesse de l'économie française"

Quelles conséquences sur l'emploi ? "Nous attendons pour cette année près de 20000 créations d'emplois, c'est moins que l'an dernier mais ça reste significatif. Le chômage descendrait à 8% d'ici 2020, mais 8% c'est encore trop. Quand on rencontre des entrepreneurs, ils nous disent que leur première difficulté c'est celle de recruter". Il se félicite de la loi Avenir Pro présentée par Muriel Pénicaud, qui apporte selon lui des changements significatifs sur l'apprentissage et la formation. 

"Le problème que nous avons beaucoup ce sont les jeunes moins qualifiés. Je vois beaucoup d'entrepreneurs qui cherchent des jeunes, et en face des jeunes qui sont au chômage parce qu'on ne leur a pas apporté les bonnes qualification".

Mais quand les réformes engagées auront-elles un véritable effet vertueux ? "Il est important de regarder ce qu'il se passe chez nos voisins européens, qui partagent la même monnaie, le même modèle social", répond François Villeroy de Galhau. "Certains ont conduit des réformes plus tôt que nous. Ce que nous donnent les enseignements pratiques, c'est que les réformes marchent partout". "Sur la longue durée, le service public a été un atout de la France, performant, innovant. Mais aujourd'hui il coûte trop cher, et beaucoup plus cher que chez nos voisins européens. Nous avons des marges d'économie. Sur ce point, il faut non pas qu'on fasse diminuer les dépenses publiques, il faut en ralentir la croissance. Il faut revenir autour de 0,3%, ce n'est pas considérable en chiffres, mais il faut le traduire en action".

Face à la guerre des tarifs douaniers que se livrent la Chine et les Etats-Unis, quelle place pour l'Europe ? "Je ne crois pas que l'Europe soit hors jeu; mais le moins qu'on puisse dire c'est que la coupe du monde de l'économie est extrêmement disputée", explique le gouverneur de la Banque de France. "Il faut que nous fassions équipe. On est aujourd'hui dans un monde dangereux pour tout le monde. Si le protectionnisme continue à avancer, c'est un jeu perdant pour tout le monde, notamment pour les consommateurs les plus défavorisés". 

Quant aux banques américaines, elles suivent pour l'heure les règles du jeu fixées pour tout le monde : 

"Là, on joue le collectif, et heureusement, parce que sinon on préparerait la prochaine crise financière". 

Faut-il alors en finir avec la culture de la croissance, comme le demande un auditeur ? "Nous devons nous poser la question de quelle croissance nous voulons : nous devons faire plus attention à l'environnement, à la solidarité. Mais quand il n'y a pas de croissance, c'est douloureux, surtout pour les plus défavorisés", explique-t-il, assurant que "c'est essentiel pour la cohésion de la société".

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Villeroy de Galhau © AFP / Eric Piermont
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