Adrien Taquet, le secrétaire d'État en charge de la mise en place de la stratégie pour la protection de l'enfance, est l'invité du grand entretien

Adrien Taquet rappelle la situation des enfants en France. "On se veut un peuple éclairé, et on accepte que nos enfants vivent des situations intenables". 

- 130 000 enfants subissent des violences sexuelles

- 1 enfant meurt tous les 5 jours sous les coups de ses parents

- la moitié des enfants tués sont des enfants qui étaient déjà suivis par les services sociaux

- 6% de la population française et ou a été victime d’inceste

- 10 000 enfants sont victimes de prostitution infantile (pas des enfants de migrants)

- 700 000 enfants victimes de harcèlement scolaire

- l'exposition à la pornographie concerne 50 % des moins de 12 ans

Les chiffres sont froids mais je les répète systématiquement, et ces situations devraient faire la une des journaux 

Un plan pour "libérer la parole"

A l'occasion de la Journée internationale des droits de l'enfant, marquée par le 30e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, le président de la République devrait dévoiler certaines mesures d'un plan pour pour lutter contre les violences faites aux enfants. 

Ce plan triennal (2020-2022) prendra la suite d'un premier plan sur ce sujet lancé en 2017 par la précédente mandature, comporte six objectifs et 22 mesures pour libérer la parole des enfants et porter attention aux victimes. 

L'Assemblée nationale a voté une hausse de 30 millions d'euros de crédits pour la protection de l'enfance, dans le cadre de l'examen du projet de budget 2020, afin d'abonder ce plan.  L'éxécutif vient de lancer une "stratégie" pour soutenir un secteur en crise et "resté trop longtemps dans l'angle mort de nos politiques publiques", comme l'a reconnu la secrétaire d'Etat Christelle Dubos dans l'hémicycle.  Au total une enveloppe de 80 millions d'euros est prévue, avec outre ces 30 millions de crédits nouveaux, 20 millions de crédits réorientés au sein du budget du ministère des Solidarités et de la santé et 30 millions qui figurent dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Cette somme doit servir à investir massivement dans les départements qui en ont le plus besoin, avant de s'adresser à d'autres départements en 2021 et en 2022.

Le plan a pour vocation de mieux protéger en tous lieux

Coordonner l'action publique autour des enfants victimes

Dans le cas d'enfants qui assistent aux coups d’un père contre une mère, "il faut reconnaître l’enfant comme une victime, 80% des femmes qui appellent la police sont des mères", souligne Adrien Taquet. Donc il faut pouvoir "suspendre l’autorité parentale" du père avant le prononcé d’un jugement. 

D'une manière générale, Adrien Taquet reconnaît un "manque de culture commune" et de "coordination", entre les professionnels qui interviennent dans les situations familiales délicates. "C’est là que nous mettons des mesures dans le plan 2020. Il faut que les professionnels aient la même perception d’une situation".

Dans le cas du harcèlement scolaire, "il y a une mobilisation générale face à un fléau dans l’éducation nationale" et il existe désormais "des programmes clés en mains sont mis à disposition des professeurs et chefs d’établissement, avec  10 heurs de cours pour les élèves, et des équipes pluridisciplinaires pour aider à résoudre les cas les plus complexes", et Adrien Taquet souligne que "pour les parents aussi il y a une responsabilité".

Signaler et alerter

Faut-il systématiquement écarter les personnes précédemment condamnées dans le cadre de violences contre les enfants ? "J’ai été alerté sur la vérification des antécédents dès ma nomination", explique Adrien Taquet. Un travail est en cours avec la Garde des Sceaux, pour savoir "qui doit être inscrit sur le fichier FIJAISV des auteurs des violences sexuelles. Nous allons renforcer les conditions d’inscriptions à ce fichier,  et par ailleurs, je partage la nécessité de systématiser la consultation". 

Le plan prévoit aussi d'expérimenter, dans cinq régions, un numéro d'aide pour les personnes attirées sexuellement par les enfants, inspiré d'une initiative allemande lancée en 2005, qui a traité depuis plus de 10.000 appels.

Adrien Taquet estime que "porter à 5 ans de prison, et 75 000 euros la peine pour la consultation et la détention des images pédo porno, et alourdir certaines peines, ça impactera la constitution et la consultation du fichier". 

Il y  a en France 43 écoutants au numéro d'appel 119, numéro gratuit "Allo enfance en danger",  pour signaler les maltraitance. Ils reçoivent 1300 appels par jour. 

Seul un Français sur 4 appelle le 119 quand il entend des cris. Il n’est pas question de délation, face à la situation des enfants, quand y a un doute, on doit appeler

"Ce qui est inadmissible", souligne Adrien Taquet, "c'est que dans deux cas sur trois on vous demande de rappeler plus tard. On va augmenter les moyens du 119 avec 400 000 euros, pour 5 écoutants supplémentaires et 3 cadres supplémentaires. Le zéro appel sans réponse, c’est l’objectif".

POUR ALLER PLUS LOIN :

  • Légende du visuel principal: Adrien Taquet © AFP / Christophe ARCHAMBAULT / AFP
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