Sébastien Bazin, PDG du groupe hôtelier Accor, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Il réagit aux mesures de couvre-feu mises en place dans certaines villes et détaille les conséquences de l’épidémie sur son secteur, déjà durement frappé lors de la première vague.

"Je suis aussi inquiet qu’au mois de juin, je suis juste passé d’un sprint à un marathon", explique Sébastien Bazin. "Forcément, dans un marathon on a des moments de fatigue, où l’on a envie d’abandonner. On va s’en remettre, le métier n’est pas mort, c’est juste très difficile en ce moment, plus pour certains que pour d’autres. Je suis toujours autant optimiste, mais peut-être un peu plus lucide sur la dureté du moment."

"Je pensais que l’été allait nous permettre de rebondir, ce qui a été le cas, mais je pensais que ce rebond allait durer jusqu’à la fin de l’année… Et puis la deuxième vague est arrivée."

Le patron du groupe hôtelier détaille : "Dans tout le littoral, ça s’est bien passé. Sur l’Atlantique et la Méditerranée, tout a aussi pratiquement aussi bon que l’année dernière pour la clientèle locale, mais les touristes étrangers n’étaient pas là. Les hôtels en ville sont beaucoup plus touchés, parce qu’ils reçoivent une clientèle d’affaires internationales qui n’est pas là. Le très haut de gamme est fermé, le bas de gamme souffre moins."

"Cet été, on était à -40 % par rapport à l’année dernière : au mois de mars/avril, on était à -90 %. Il y a eu un rebond parce que les hôtels ont rouvert. Et puis maintenant, on est revenus à -60 % : le rebond a duré du 1er juillet au 4 septembre."

Sur le couvre-feu : "Apprendre ça un mercredi par rapport au vendredi soir, c’est terriblement compliqué"

Sébastien Bazin se dit "effondré" par ces nouvelles mesures de restrictions. "On comprend la décision prise par le gouvernement, on comprend l’existence de cette pandémie et de la deuxième vague, mais c’est compliqué pour nous de réagir parce que chaque semaine qui passe, les chiffres disent quelque chose de différent. Une fois c’est la faute des bars, puis des restaurateurs, puis des universités, puis des entreprises, puis de la sphère privée… C’est peut-être la bonne raison, mais pour nous, apprendre ça un mercredi par rapport au vendredi soir, c’est terriblement compliqué."

Il propose toutefois une idée pour aider à la fois hôteliers et restaurateurs en difficulté : "Accor va proposer aux restaurateurs qui le souhaitent de venir chez nous, de mettre leur marque, leur identité, leur concept, leur menu, leur nappe à carreaux, de prendre possession avec nos brigades du restaurant de notre hôtel, accueillir leurs clients de quartier, et faire en sorte que ces clients viennent dormir chez nous à prix coûtant. On s’est serré les coudes depuis 7 mois de manière très unie, soudée et responsable entre restaurants et hôteliers : c’est pas le moment d’arrêter."

Envisage-t-il, si les tests rapides sont autorisés, d’en mettre en place dans ses hôtels ? "On ne demande que ça ! Dès lors que le test est mis en place, on va être capables d’ouvrir au plus grand nombre en testant les gens sur place, dès lors que la réponse est entre 15 et 30 minutes. Je ne vais pas demander leur nom : on fera un test, si le test est négatif, ils rentrent dans le restaurant. S’il est positif, on leur dit et ils ont la gentillesse de ne pas rentrer."

"Il est grand temps qu’on mette une procédure commune entre les différents pays"

"50 % du groupe Accor est dépendant de l’Europe, et en Europe c’est la catastrophe", assure Sébastien Bazin. "Il y a une totale incohérence entre les mesures prises par les États de l’Union. Pour le voyageur, c’est incompréhensible et donc il ne voyage pas. Il est grand temps qu’on mette une procédure commune entre les différents pays. La Chine est repartie exactement comme avant le Covid, après neuf mois, ce qui est plutôt un bon signe pour nous tous."

Il tente malgré tout de rester optimiste. "Je pense qu’on aura un rebond meilleur qu’attendu, si l’épargne qui n’a pas été dépensée depuis maintenant un an et demi l’est. C’est une question de confiance : on connaît le risque, on ne veut pas multiplier les incertitudes sur le risque. Dès lors que les incertitudes s’estompent, vous pouvez avoir un rebond plus fort qu’attendu."

Des suppressions de postes et des formations

"Nous avons 300.000 collaborateurs dans le groupe Accor, dont 80.000 en France", explique le PDG d'Accor. "Dans les sièges sociaux, nous avons 6.000 personnes : il y aura entre 1.000 et 1.200 emplois supprimés dans ces sièges, partout dans le monde. Le plus dur c’est ça : j’ai demandé à un tiers des gens qui travaillent à côté de moi de partir, sachant que ces personnes n‘y sont pour rien. On parle beaucoup d’aides, mais en dépit de toutes ces aides, Accor perd 1,5 milliard d’euros cette année. On sait que les voyageurs d’affaires diminueront de 10, 15, 20 % de manière pérenne, donc un grand champ de mon activité ne sera plus là demain.  Il faut donc se réinventer."

En France il annonce "entre 300 et 400 suppressions d’emplois en France". Tout en précisant que "pour les petits salaires, on ne va pas leur demander de partir, ils vont continuer à avoir un salaire pendant deux ans, mais on va assurer pour eux des formations dans un autre métier que l’hôtellerie."

Accor tente donc de passer la crise, mais "n’a pas demandé de prêt garanti par l’État". "Nous avions une grande chance, celle d’avoir vendu une grande partie de notre parc immobilier, et nous bénéficions de 4 milliards d’euros de liquidités. Donc j’ai vraiment un genou à terre mais pas les deux. Or dans la profession, beaucoup de gens sont à terre."

  • Légende du visuel principal: Sébastien Bazin, PDG d'AccorHotels © Radio France / AccorHotels
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