Charles Michel, président du Conseil européen est l'invité du Grand Entretien d'Hélène Roussel et Yaël Goosz.

Charles  Michel en juillet 2020
Charles Michel en juillet 2020 © AFP / Dursun Aydemir / ANADOLU AGENCY

Les dirigeants européens ont conclu mardi un accord historique sur un plan de soutien à leurs économies frappées par la crise du coronavirus, basé pour la première fois sur une dette commune, après quatre jours d'un sommet marathon sous haute tension à Bruxelles.  Ce paquet, d'un montant total de 750 milliards d'euros, a été conclu au terme d'intenses négociations, au cours desquelles le président français Emmanuel Macron s'est mis en colère, le dirigeant hongrois a brandi la menace d'un veto et La Haye et Vienne ont longtemps résisté contre un plan trop généreux à leur goût.

"Je savais que ce serait difficile. Nous le savions tous parce que nous savons bien que nous devons obtenir l'unanimité. Il faut que les 27 pays européens marquent leur accord (…) Quand on débat de montants financiers aussi gigantesques, il est normal que chaque leader qui est responsable démocratiquement face à sa population, mette en avant des priorités", a expliqué Charles Michel, qui a été le chef d'orchestre de ce sommet qui a duré plus de 90 heures.

Un signal de l'Europe aux citoyens

"Nous avons démontré dans un moment difficile la capacité d'unité et nous envoyons un signal aux citoyens européens : l'Europe est solide, elle est robuste (…) Cet argent, ce n'est pas de l'argent virtuel, c'est de l'argent qui va avoir un impact positif pour les citoyens, pour les travailleurs, pour les entreprises. On injecte de l'oxygène dans le moteur économique européen" affirme ainsi celui qui a vécu ces quatre jours de négociations sous tension. 

"L'Europe, trop souvent dans le passé, a sous-estimé ses atouts. Partout dans l'Histoire, il n'y a aucun précédent à ce projet européen"

Rééquilibrer la relation avec la Chine

Charles Michel a assuré que les 27 dirigeants de l'UE étaient favorables à l'instauration d'une taxe ou d'un "prélèvement" sur les produits exportés vers l'Europe qui ne respectent pas les "normes environnementales et sociales".     

"Nous voulons mettre en place une mesure aux frontières européennes, afin de faire en sorte, lorsqu'il y a des produits venant de l'extérieur, qu'il puisse y avoir un prélèvement sur ces produits afin d'impacter ce qui est aujourd'hui un manque d'équité, lorsque des pays produisent sans respecter des normes environnementales, sans respecter les normes sociales et donc peuvent effectivement pratiquer une forme de dumping contre les entreprises européennes", a-t-il expliqué, quelques heures après l'accord conclu par les dirigeants des 27 sur un plan de relance massif de l'économie.     

La Chine est particulièrement pointée du doigt : "L'Europe a été naïve par rapport à la Chine et avec d'autres grandes régions du monde qui ont pratiqué massivement du dumping social et environnemental. Les Européens ont parfois laissé leurs frontières ouvertes sans que, dans le même temps, il y ait de la réciprocité, sans que, dans le même temps, il y ait des entreprises européennes qui aient la capacité de faire des affaires, de faire du commerce vers d'autres grandes économies, comme c'est le cas en Chine, où des barrières, parfois même déguisées, sont installées", a souligné Charles Michel.     

"Nous voulons revoir la manière dont la relation avec l'Europe et la Chine est envisagée, elle n'est pas assez équilibrée cette relation aujourd'hui", a-t-il poursuivi, tout en se disant opposé à toute forme de "protectionnisme". "Moi, je ne suis pas pour le protectionnisme. Ce serait un repli qui n'a jamais fonctionné, mais je suis pour la réciprocité" et "des règles du jeu équitables", a résumé le président du Conseil européen.

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