Emmanuel Faber, le Président-Directeur général de Danone est l'invité du grand entretien à 8h20

Pendant la crise, Danone a puisé dans sa trésorerie pour assurer emplois et maintien des salaires. 

"De toute son histoire, Danone n'avait jamais garanti des salaires et des emplois pendant une durée aussi longue. Nous n'avons pas eu recours aux mesures de chômage partiel, parce que nous estimons avoir les moyens de pouvoir faire ça."

Pour le Pdg de Danone, d'ici la fin de l'année s'annonce une période de "convalescence qui durera", et il s'agira "de reconstruire ensemble sur des bases différentes."

"Danone doit être une entreprise à mission" 

Emmanuel Faber annonce que Danone va accentuer sa transformation en cours, car selon lui l'entreprise doit changer, et devenir une entreprise à mission, aidée en cela par la loi Pacte. 

"C’est difficile de se dire que nos convictions pouvaient prévoir et savoir gérer la crise que le genre humain traverse. Cela fait vaciller des équilibres personnels. J’ai traversé cela avec des liens permanents. On a assuré la sécurité de nos salariés partout. Je ne crois pas qu’on a mis l’économie en coma artificiel et qu’on va la réveiller comme avant. On accélère le pas sur la transformation de Danone". 

"C'est l'humanité entière qui subit cette crise, forcément ça fait vaciller un certain nombre de choses."

Pour cela il faut changer la constitution du géant de l'agroalimentaire, et dit Emmanuel Faber, "nous allons inscrire la mission que Danone s’est donnée depuis 15 ans, apporter la santé au plus grand nombre. Cela touche la santé, les ressources de la planète, la construction du futur, et l’inclusivité de notre croissance". 

La loi Pacte exige pour cela que l'entreprise se dote d'un comité de mission, qui rendra compte de sa progression sur ces objectifs.

Est-ce du greenwashing ? "La couche de peinture verte coûtera 2 milliards d’euros à nos actionnaires, ça fait cher la peinture", répond Emmanuel Faber. "Pour la première fois dans le monde, on a annoncé un résultat net de notre entreprise, après la charge carbone de nos émissions, y compris la production agricole". 

"Aujourd'hui, l'agriculture émet autant de carbone que toute l'industrie réunie : 10 % du total."

L’agriculture émet autant de carbone que l’industrie. Il faut donc "remettre le carbone dans le sol", explique-t-il. Donc 2 milliards d’euros d’investissement sont prévus pour sortir des emballages plastiques, pour en finir avec le polystyrène pour les pots de yaourts. "Le carton et le papier font leur apparition de façon importante sur nos produits en rayon. Pour nos bouteilles, Volvic et Evian, on bascule vers des matériaux entièrement recyclés." 

"La concentration des richesses est une bombe à retardement"

Les actionnaires de Danone ont perçu leurs dividendes sur 2019 normalement pendant la crise du Covid-19. "Chez Danone, la politique de distribution de dividendes a toujours été raisonnable, nettement inférieure à celle de la moyenne de notre industrie." Mais les actionnaires ne s'attendent à la "même chose" pour les dividendes de 2020 (l’action de Danone baisse de 30 %). "Quand on protège l’ensemble des salariés, c’était cohérent de protéger les actionnaires. La Caisse des Dépots est actionnaire et gère le livret A en France".

"On a voulu être cohérents. On n'aurait pas pu protéger tous nos salariés, tout notre écosystème, sans le soutien de ces actionnaires, qui sont des gens qui nous ont confié leur épargne."

Interrogé sur le retour du débat sur l'ISF, l'impôt sur la fortune, ainsi que sur la solidarité des plus riches, après ce moment de crise en particulier, Emmanuel Faber répond que "si on prend du recul et à l'échelle mondiale, la concentration des richesses est une bombe à retardement. L'économie de marché telle que nous la pratiquons ne pourra pas être durable si elle n'est pas une économie sociale de marché."

Aux Etats-Unis, les 20% de la population qui gagne le moins ont perdu 35 % de leurs emplois. Donc "ça ne me choquerait pas qu’il y ait un effort de solidarité, avec un processus démocratique, qui fasse en sorte que l’accès à l'emploi et au travail, soit favorisé et qu’on puisse corriger les mécanismes de marché sans lesquels on va accroître encore les inégalités". 

  • Légende du visuel principal: E. Faber © AFP / Thomas Samson
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