Hôpitaux, services publics, retraites, Grenelle des violences conjugales, protection des enfants... Le premier ministre Édouard Philippe est l'invité du grand entretien avec Nicolas Demorand et Léa Salamé, de 8h20 à 8h55.

Le "plan d'urgence" pour l'hôpital public

Le Premier ministre a proposé mercredi une hausse de 1,5 milliard d'euros du budget des hôpitaux, sur les trois prochaines années. Un plan à la fois d'urgence et pérenne, estime Édouard Philippe : "un plan d’urgence pour aider l’hôpital à passer une période difficile, car l’hôpital est en phase de décrochage, mais aussi dans le sens d’une réorganisation complète du système de soins."

"Nous voulons apporter des moyens considérables, simplifier le fonctionnement de l'hôpital, écarter une série de règles pas satisfaisantes et continuer à transformer le système pour qu'il fonctionne mieux", ajoute-t-il.

Le gouvernement propose une prime de 800 euros net pour les infirmiers et les aides-soignants à Paris et en proche banlieue qui touchent moins de 1 900 euros net mensuels. Pourquoi une spécificité francilienne ? "Je ne veux diviser personne, je veux sauver l'hôpital public. Nous consacrons les moyens aux problèmes les plus criants : le plan a beaucoup de mesures générales qui s'appliquent dans toute la France, mais il y a une spécificité à la région parisienne."

Les infirmiers et les aides-soignants du collectif Inter-Urgences réclamaient une augmentation mensuelle de 300 euros net, ce que le gouvernement a rejeté. Pourquoi ? "On a considéré que si l'on augmentait les salaires, l'impact sur chacun des concernés aurait été largement en deçà des espérances. Le choix a été de concentrer les moyens publics sur ce qui nous semble le plus adapté pour faire fonctionner l'hôpital : on augmente par exemple les aides-soignants en gériatrie." En attendant, les salaires des infirmiers français se situent toujours au 26e rang sur les 29 pays de l'OCDE.

Les déficits publics

Interrogé sur le maintien de la prévision de déficit budgétaire de la France à 2,2 % en 2020, le Premier ministre Édouard Philippe a répondu par l'affirmative. "Oui, dans l'état actuel des choses".

La réforme des retraites

"Je ne crois pas acceptable de baisser les pensions, ni d'augmenter le montant des cotisations. C'est incompatible avec ce que nous voulons faire, ce n'est pas exactement vers cela que j'ai envie d'aller." Quelles options restent alors ? "Travailler plus longtemps dans la vie, soit en augmentant la durée des cotisations, soit  avec des mesures d'âges."

"En tout état de cause, si nous voulons équilibrer le système des retraites, il faut dire aux Français clairement, tranquillement, progressivement, que nous allons travailler plus longtemps." Édouard Philippe ne se dit "pas immédiatement" favorable à la modification de l'âge légal. "L'âge pivot est un élément de solution."

La réforme annonce-t-elle vraiment la fin des régimes spéciaux ? "Par définition, si on veut créer un régime universel, dans lequel tous les droits sont identiques, dans lequel tous les cotisants paient de la même façon les pensions de tous les retraités, les régimes spéciaux n'existent plus !"

La précarité étudiante

Interrogé par un auditeur sur la précarité étudiante, après l'immolation d'un étudiant à Lyon il y a deux semaines, Édouard Philippe "pense à lui, parce que c'est un geste désespéré évidemment". Il rappelle que le système de bourses représente 5,7 milliards d'euros. 

"On constate que beaucoup d'étudiants ne demandent pas leur bourse", par manque d'information souvent. "On va continuer de travailler dessus. Cela passe aussi par les places en logement étudiant. Le ministre du Logement Julien Denormandie oeuvre en la matière. Nous sommes parfaitement conscients de la situation", assure le Premier ministre.

Le film "J'accuse" de Roman Polanski

Le Premier ministre déclare "ne pas encore avoir vu" le film de Roman Polanski, cinéaste visé par des accusations de viol. "Mais j'irai le voir avec mes enfants", précise Édouard Philippe. "L'affaire Dreyfus est un sujet qui me passionne depuis longtemps et ceux qui l'ont vu m'ont dit que c'était un très bon film"

Les violences faites aux femmes

Alors que 80 % des plaintes pour violences conjugales restent classées sans suite, “pourquoi les violences faites aux femmes passent-elles trop souvent sous les radars, dans une grande démocratie comme la France ?” s’interroge le Premier ministre. Il promet de nouvelles annonces “dans les prochains jours, dans le sens d’un meilleur suivi des auteurs de violences, parce qu’il ne faut pas les laisser ‘tous seuls’, si je puis dire”.

Les associations de défense des femmes réclament un milliard d'euros pour soutenir cette cause. "La vérité, c'est que nous dépensons plus d'un milliard d'euros par an", réplique le Premier ministre. "On dépense plus en France qu'en Espagne."

Les atteintes aux libertés publiques dénoncées par les "gilets jaunes"

"Dans une démocratie, il n'est jamais inutile que des voix libres expriment leur conception de ce que doit être le fonctionnement d'une démocratie", estime le Premier ministre. Mais "on est dans une société, je crois, de plus en plus violente et pas seulement en France."

Au sujet du "gilet jaune" blessé à l’œil par une grenade lacrymogène, le 16 novembre à Paris, Édouard Philippe reconnaît que ce manifestant "pacifique n'avait pas vocation à être dans cet état. Mais il ne s'est pas passé que cela : on a vu des images de personnes venues exclusivement pour casser. On a vus ces policiers piégés dans une laverie."

La mairie du Havre

À quatre mois des municipales, Édouard Philippe, qui a été maire du Havre de 2010 à 2017, reconnaît : "Je ne vais pas masquer le fait que j'aime cette ville, que j'aime être chez moi et que j'ai aimé être maire. Mais aujourd'hui, j'ai une mission confiée par le Président de la République." Il clôt le sujet : "Je ferai connaître ma décision en janvier."

Les restrictions budgétaires imposées à Radio France

Alors que Radio France se prépare à un plan d'économies impliquant la suppression de 300 postes (une grève est d'ailleurs prévue à partir du 25 novembre), Édouard Philippe justifie : "Parce que nous demandons à tous ceux qui gèrent de l'argent public de faire des économies. Cela vaut pour Radio France, mais aussi pour d'autres services publics tout aussi importants. France Inter a d'excellents résultats, mais ça ne l'exonère pas de cet effort."

L'interview en intégrale vidéo :

  • Légende du visuel principal: Le premier ministre Édouard Philippe © France Inter
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