Manuel Valls, ancien Premier ministre, conseiller municipal de Barcelone, auteur de "Pas une goutte de sang français" (Grasset), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Pourquoi avoir écrit ce livre ? "Il y a eu une relation avec les Français qui a été forte, marquée par la popularité, mais aussi la chute due aux erreurs, à l’échec du quinquennat de François Hollande, aux nôtres, à mes propres erreurs. Je n’ai pas pris conscience par exemple du fait qu’ayant rompu la promesse de ne pas soutenir un autre candidat que celui issu de la primaire citoyenne en 2017, cela allait faire de moi le traître. C’était assez naturel pour moi de soutenir Emmanuel Macron, parce que je voyais la chute de Benoît Hamon et ce que cela pouvait provoquer, à savoir un deuxième tour entre François Fillon et Marine Le Pen. Mais en rompant cette parole, en revenant sur ma parole, je déclenchais quelque chose d’assez profond dans l’électorat de gauche. Et comme François Hollande avait renoncé à la primaire, j’incarnais d’une certaine manière tous les échecs."

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"J’ai ressenti physiquement une forme de mort, de déchéance physique", après sa défaite à la primaire, explique Manuel Valls. "J’ai essayé de me rebeller face à cela. Je ne voulais pas crever, être chassé par mes propres électeurs. Je me suis représenté aux législatives, j’ai été réélu mais j’ai senti à la fois la critique de l’électorat de gauche, une campagne de haine sur les réseaux sociaux, une campagne profondément antisémite, j’avais en face de moi Dieudonné que j’ai combattu à cause de cette haine qu’il a propagée dans le pays. J’ai ressenti une forme de mort, je devais partir. Et comme il y avait cette possibilité à Barcelone, je suis parti."

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Il y a deux ans, il promettait au micro de France Inter de ne pas revenir en politique en France. "J’assume ces changements. C’est un livre, non pas de ressentiment, mais de sentiments, un livre très personnel. Ma vie a été profondément bouleversée, j’ai aussi rencontré l’amour à Barcelone. Ça compte également pour un individu. Pendant le premier confinement, regardant ce qui se passait, en réfléchissant, ce besoin de France était là. Du point de vue de la littérature, de l’humour, de la chanson… Je me suis dit qu’au fond, malgré mes liens avec l’Espagne, mes racines, mes origines, il y a cette relation avec la France."

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À Barcelone, "c'est devenu une expression : faire un Valls"

"Quand je suis parti à Barcelone, je savais que je ne pouvais pas être élu maire", reconnait l'ancien Premier ministre. "La coalition contre moi l’aurait empêché. Le résultat que j’ai obtenu était médiocre, mais j’ai empêché que la ville ne tombe dans la main des indépendantistes. C’est même devenu là-bas une forme de vocabulaire : “faire un Valls”, surprendre en votant pour quelqu’un que vous avez combattu au nom d’un certain nombre de valeurs, et on a choisi le moindre mal. Mais à ce moment-là, mes sentiments étaient mêlés. Quelqu’un m’a dit : “quand tu étais à Barcelone, tu étais une sorte de jouet cassé”, un homme qui se battait et à qui il a fallu du temps pour se livrer."

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"Je me suis surtout construit grâce à l’école de la République, peut-être encore davantage par mon engagement en politique", explique Manuel Valls. "La France coule dans mes veines, pour reprendre les mots de Romain Gary. Je suis profondément français au nom de valeurs, grâce à l’Histoire qu’on m’a enseignée, à sa langue, à sa géographie… Cette France universelle porte des valeurs : la promesse républicaine, mise à mal, et la laïcité, qui est la liberté de croire ou de ne pas croire, et le respect de l’autre. S’il y a une raison pour laquelle j’ai envie de peser dans le débat, c’est parce que je considère qu’il n’y a pas beaucoup de responsables politiques, notamment à gauche, qui peuvent incarner la République et la laïcité."

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"Ce qui est mis à mal partout, c’est l’universalisme"

Il se dit contre une dissolution de l’Unef, comme le réclament des cadres de droite, après une polémique autour de l'organisation de réunion en non-mixité. "J’essaie de ne pas participer à tous les débats et notamment à celui-là. Mais ce qui est mis à mal partout, mais ça fait d’autant plus mal en France, c’est l’universalisme. Or l’universalisme, c’est profondément la France. Et pour des raisons qui sont liées à la crise économique, sociale, de la gauche, parce qu’il y a un échec collectif, dont je prends ma part, sur la capacité à transmettre l’enseignement des savoirs et des valeurs à l’école. Il y a une crise politique, culturelle et identitaire profonde dans notre pays. S’il y a quelque chose qui mérite un combat, un engagement, c’est l’universalisme, la République et la laïcité, parce que c’est la démocratie. Dans les années qui me restent dans la vie politique, s’il y a un combat, c’est la démocratie."

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Pour lui, la démocratie française est "mise en cause partout par la montée des populismes de droite et de gauche, par le relativisme, par l’échec d’un système démocratique, mais qui est le seul qui puisse fonctionner et nous faire vivre dans la tolérance. Or là, il y a un échec à gauche. Cette dérive que vous décrivez, libérale libertaire qui vient peut-être des États-Unis, a touché toute la gauche depuis longtemps, politique, médiatique, universitaire, mais aussi l’enseignement et le syndicalisme universitaire et étudiant."

"L’interdiction de l’Unef n’a aucun sens, en revanche le combat politique frontal sur ces thèses-là, oui."

"Je pense qu’Emmanuel Macron et ses équipes ont cru que leur seule élection, sur la base d’un changement et d’un renouvellement, allait tout changer et régler tous les problèmes identitaires et culturels", analyse le Premier ministre de l'ancien gouvernement de l'actuel président. "Là où Emmanuel Macron a échoué, c’est de penser que la question culturelle identitaire n’était pas très importante. Et d’ailleurs, c’était un terrain dangereux, parce qu’on a le sentiment qu’on allait vers celui de la droite ou l’extrême-droite. Il a évolué à l’épreuve des faits, et son discours des Mureaux le démontre bien, d’autant que le pays n’est pas libéral libertaire, ne peut pas accepter cette thèse. Mais il y a toujours cette tentation du “en même temps”, on peut essayer de comprendre, il faut concilier toutes les fractures dans cette société."

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"Il manque un message, un projet profondément républicain, qui revient aux sources de ce que nous sommes, cette vieille nation française. Moi j’aime les débats sur “faut-il commémorer Napoléon ou la Commune” ! Tout ça c’est la France. Emmanuel Macron n’a pas comblé ce vide, il manque ce message républicain, et il n’y a pas d’offre politique autour de ça, c’est toute la difficulté. Pour ces idées-là, il faut se battre, parce que je pense que la victoire de l’extrême-droite à l’élection présidentielle est possible, et elle serait fatale pour le pays."

  • Légende du visuel principal: Manuel Valls © Radio France / Anne Audigier
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