Ariane Ascaride, actrice, est l'invitée du grand entretien d'Ali Baddou à 8h20. Elle joue dans le nouveau film de Robert Guediguian, "Gloria Mundi", pour lequel elle a eu un prix d'interprétation à la Mostra de Venise.

Dans ce film, Ariane Ascaride joue Sylvie, femme de taulard, qui vient de mettre au monde une petite fille, Gloria.

"Gloria Mundi est un cri d'alarme"

C'est un film tourné à Marseille, et qui met en scène des personnages déclassés. 

Pour Ariane Ascaride, "ça fait 30 ans qu’on dit aux gens qu’il faut être individualistes, que si vous n’avez pas de représentation sociale vous n’existez pas, et là on se trouve avec une famille, qui il y a 20 ans aurait eu des réactions de lutte, mais là ils sont dans un tel état...". 

Les dominés ont récupéré le discours des dominants

Ariane Ascaride poursuit : "c’est la première fois de ma vie que je joue un personnage qui ne fait pas la grève dans un film, je refuse même. Sylvie est dans un tel état par rapport à sa survie, et comme il n’y a plus de proposition politique, si elle fait la grève, elle ne pourra pas sauver sa famille"

C’est un cri d’alarme

Ariane Ascaride  incarne une femme au racisme primaire. "Si on continue comme ça on va être raciste avec son voisin, avec celui qui est né à Strasbourg et pas en Somalie".

Le problème c’est de faire accepter la différence

Ariane Ascaride rappelle que la France est un "pays de mélange". Elle se souvient d'un temps où existait une contre culture populaire.

Aujourd’hui si vous ne ressemblez ce que la publicité montre, vous êtes un pauvre mec. 

A la Mostra de Venise Ariane Ascaride a dédié son prix d'interprétation "à ceux qui dorment au fond de la Méditerranée" en ces termes : 

"Je suis la petite fille d’immigrés italiens, qui ont pris un jour un bateau pour fuir la misère. Je suis fille d’étrangers et je suis française. Il est beaucoup mieux d’avoir mieux 1, 2, 3 culture pour vivre dans le monde ; ce prix est pour tous ceux qui dorment au fond de la Méditerannée".

Ariane Ascaride maintient ses propos, et précise : "il m’est arrivée de nager et me dire que je nageais dans un cimetière ; cette même mer qui est un endroit de villégiature, et je ne suis pas bien avec cela"

Une adresse aux politiques

Ariane Ascaride évoque le mouvement des Gilets jaunes sans les nommer, les gens manifestent, pour dire j’ai le droit d’exister, et on dit ils cassent tout. Ce n’est rien par rapport à la violence de l’indifférence et du mépris de la classe dirigeante. Excusez-moi monsieur le président de la république, mais quand vous n'arrivez pas à finir les fins de mois, que vous ne pouvez pas payer les études de vos enfants, on n’a pas tellement envie de rigoler". 

J’en appelle à tous les responsables politiques. Ça va pas le faire, il va falloir que vous changiez.

"C’est une parabole ce film, et c’est surtout un film qui dit ce n’est pas la faute de ces personnage mais du monde qu’on leur propose, mais il y  en a des solutions"

En finir avec la prescription pour les violences sexuelles ?  

Sur l'affaire Polanski, Ariane Ascaride estime que "on n’a pas à interdire un film, à part si c’est un film volontairement raciste et négativiste." Elle compare avec le cas de Louis-Ferdinand Céline, "on me dit que c'est un grand auteur. Vous choisissez de le lire, ou pas. Moi, je ne le lis pas".  Elle ne sait pas si elle ira voir le film J'accuse, mais elle estime que c'est très important de parler de l'antisémitisme. "Mais je ne veux pas" dit-elle  "qu'on règle cela en deux coups de cuillère à pot" et "je ne suis pas pour les tribunaux populaires".

Interrogée sur le témoignage d'Adèle Haenel, victime d'un réalisateur alors qu'elle était enfant, elle dit 

Ce qu’a fait Adèle Haenel est d’un courage inimaginable. Je sais de quoi je parle

"Le problème avec le cinéma c’est que le réalisateur a besoin d’être amoureux de ces acteurs hommes ou femmes  mais il faut raison garder et ne pas basculer dans autre chose"

Elle souligne la position politique d'Adèle Haenel qui ne veut pas saisir la justice, et se prononce pour une transformation de la loi.   

"Je suis d’une génération d’avant et je crois encore en la justice, mais en étant vigilante, et en demandant une “transformation ” de la loi  : pourquoi il y aurait prescription ? je ne suis pas d’accord. Il ne faut pas qu’il y ait prescription c’est tout. Quand ça s’est passé, peut être 50 ans, il n’y a pas prescription, je ne veux pas le savoir"

Marseille, une ville qu'on laisse mourir

Ariane Ascaride dit qu'elle n'envisage pas de quitter Marseille, même si elle vit en partie ailleurs désormais. Elle estime que derrière la très jolie vitrine qu'on lui a faite, Marseille est une ville "qu'on laisse mourir". Elle alerte sur la jeunesse marseillaise. 

Je suis fondamentalement marseillaise c’est une ville monde.

  • Légende du visuel principal: Ariane Ascaride © AFP / Alberto Pizzoli
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