Le démographe Hervé Le Bras est l'invité du grand entretien de la matinale avec Ali Baddou et Alexandra Bensaid. Il publie "Se sentir mal dans une France qui va bien" aux éditions de l'Aube.

Hervé Le Bras évoque ainsi la crise de confiance des Français dans leurs institutions : "Le paradoxe est là : l’état d’esprit extrêmement négatif des Français (...) Les Français sont victimes d’une maladie qui consiste à prendre des cas particuliers pour un cas général".

Sur les "gilets jaunes" veut relativiser avec les chiffres de participation : "C’est 30 000 personnes chaque semaine, mais en France, la moindre manif sur l’éducation ou le climat, c’est 80 ou 100 000 personnes."

"On tombe sur des phénomènes qui ne marche pas bien en France : une forte difficulté de l’ascension sociale en France. C’est relativement récent, au cours des 15-20 dernières années. Il y a inquiétude : on ne peut plus atteindre ce qu’on comptait atteindre il y a une vingtaine d’années".

Et même si la France a le plus fort taux de fécondité d’Europe : 

Les Français vivent dans le malheur public et le bonheur privé : ils font du cocooning. Puisque ça ne marche pas à l’extérieur, on va se construire son petit nid

Sur l’éducation nationale : "On est le pays où les différences scolaires sont les plus fortes (...) Le président de la République risque de décevoir (...)J’espère qu’il donnera des mesures de long terme qui répondent à ce blocage social."

Le milieu social de beaucoup des 'gilets jaunes' est un milieu moyen , pas un milieu pauvre 

Et en répondant à un auditeur bénévole dans le milieu caritatif qui le soupçonne de "ne pas vivre dans la même France" : "Bien sur il y a de la misère en France mais comment peut-on juger de la situation de 60 millions de Français ? Donc le travail des statisticiens est extrêmement important. On est aussi victime de ce qu’on voit autour de soi (...) Nous sommes mieux situés que la plupart des pays autour de nous".

Les campagnes ont un problème avec les questions de mobilité, on en a déduit que tout ce qui est la périphérie allait mal

"Quand on regarde là ou le revenu a le plus augmenté dans les 20 dernières années : dans les communes hors pôle, le plus loin des grandes villes. C’est dans ces endroits ou le progrès a été le plus fort que le ralentissement du progrès a été le plus ressenti" explique le démographe.

"On est parmi ceux qui ont le plus peur de la mondialisation. Quand on regarde le bilan migratoire de la France depuis dix ans, c’est 1 pour mille, c’est presque rien : des étrangers qui arrivent et aussi beaucoup Français qui partent."

  • Légende du visuel principal: Le démographe et historien Hervé Le Bras est l'invité du grand entretien de la matinale © AFP / DRFP/Leemage
Les invités
  • Hervé Le BrasDémographe, directeur de recherches émerite à l’INED et directeur d’études à l’EHESS
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