Alain Mabanckou, écrivain, est l'invité du grand entretien d'Ali Baddou à 8h20. Il revient sur la suppression du Franc CFA, en rappelant que ce n'est qu'un pas franchi vers l'indépendance de l'Afrique vis-à-vis de la France : il faut désormais s'attaquer aux "relations incestueuses" avec les dictatures africaines.

Alain Mabanckou, invité de 8h20 sur France Inter le 23 décembre 2019
Alain Mabanckou, invité de 8h20 sur France Inter le 23 décembre 2019 © Radio France / France Inter

Bientôt, le franc CFA va disparaître dans huit pays d'Afrique de l'Ouest au profit d'une nouvelle monnaie, l'Eco. Une avancée saluée par l'écrivain, auteur de "Dictionnaire enjoué des cultures africaines" : "Il faut prendre la mesure de ce que représente le franc CFA, qui veut dire "le franc des colonies françaises d'Afrique", créé en 1945. Il continuait à donner l'impression que la domination de la France était toujours là."

"Et chaque fois que nous autres Africains faisions des dépenses, on avait presque une sorte d'impôt à payer à la France, puisque le franc CFA était frappé ici, à Clermont-Ferrand ! Comment vouliez-vous qu'on ait une indépendance économique ?"

Pour autant, l'Hexagone continue de "sponsoriser les dictatures" en Afrique Centrale

Si ce changement de monnaie est à saluer, Alain Mabanckou observe que "six autres pays d'Afrique centrale vont certainement continuer à utiliser le franc CFA, alors même qu'on retrouve dans ces six pays les plus grandes dictatures de l'Afrique Centrale, qui restent en relations étroites avec la France. On sponsorise quasiment les dictatures là-bas ! [...] On en est pas encore à dire que c'est la fin de la Françafrique. La vraie question, ce n'est pas le changement de monnaie, c'est de s'attaquer aux relations incestueuses entre la France et les dictatures, les "régimes bananiers" comme on dit."

"J'espère qu'Emmanuel Macron s'attaquera à ce problème"

L'écrivain dit espérer que le président de la République se saisisse de la question : "parce que pour l'instant ce que j'ai vu, c'est que la France a reçu deux présidents qui sont les doyens des dictatures d'Afrique centrale. Donc ça se passe de commentaires." [...] "La génération du président Macron doit être une génération qui décortique tous les problèmes. La monnaie, on en parle : parlons de la dictature. Et parlons de ça clairement."

"Quand on reçoit un dictateur, il faut le dire ! Parce que si vous recevez Sassou N'Guesso et Paul Biya, autant recevoir Kim Jong-Un."

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