Georges Vigarello, historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), est l'invité du Grand entretien de la matinale. Il est l'auteur de "Histoire de la fatigue, du Moyen Age à nos jours" (éd. du Seuil, sept 2020).

Notre monde est-il plus fatigué que dans le passé ? "Ce qui est intéressant, c’est de constater qu’on en parle davantage", souligne Georges Vigarello. "Dans les sociétés individualistes d’aujourd’hui, les individus s’écoutent davantage, s’ouvrent à ce qu’ils éprouvent. Et ils ont le sentiment qu’ils sont plus fatigués que leurs prédécesseurs, ce que personnellement j’aurais le plus grand mal à confirmer. Ce qui m’intéresse, c’est cette centration sur soi, qui fait que les limites surgissent plus fréquemment et sont plus commentées qu’auparavant. Ces limites sont doubles : physiques et psychologiques, le sentiment qu’on n’y arrive plus, qu’on est dépassé."

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"La situation du Covid crée de l'inconfort, donc de la fatigue"

Pour l'historien, "la situation d’aujourd’hui est doublement intéressante". "Ce ne sont plus tellement les efforts physiques qui sont à l’origine de la fatigue, ce qui me frappe c’est le sentiment d’être contraint, qu’il y a une impuissance… La situation du Covid, par exemple, nous empêche de maîtriser notre espace, notre temps. Il y a un manque qui crée de l’inconfort, qui se traduit par de la fatigue."

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La fatigue est-elle sexuée ? "Indiscutablement il y a des différences, mais moi je ne suis pas vraiment sensible au fait de différencier les corps. Je suis frappé par le fait que les femmes aujourd’hui pratiquent toutes les activités physiques, après avoir été cantonnées à des repères esthétiques. Tout est possible, de la même manière que les hommes, dont la force était uniquement privilégiée auparavant, peuvent être valorisés par leur esthétique ou leur sensibilité. J’aurais tendance à être prudent sur des différences trop tranchées."

Mais la fatigue frappe-t-elle les classes sociales de la même façon ? "Bien sûr que non ! C’est ça qui est intéressant. J’essaie de montrer comment ce phénomène atteint différemment dans le temps, à la fois les personnes, mais aussi les classes sociales. Par exemple, si vous vous intéressez au Moyen-Âge, la fatigue valorisée c’est celle du combattant, qui défend la cité, ou celle du clerc, qui se dépense pour vous. Si vous prenez un exemple dans une société postérieure, comme la société classique, on constate que ce ne sont plus les mêmes : ce sont de plus en plus les administrateurs, les ministres… On voit comment une société change, devient de plus en plus administrative : travailler sur ce type d’objets, c’est pas seulement montrer comment la société influe la fatigue, mais montrer comment la fatigue peut révéler une société."

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"La fatigue passe par quelque chose qui est de l’ordre de la contrainte"

"La société d’aujourd’hui est une société où les individus parlent d’eux-mêmes : ils disent et écrivent sur eux-mêmes", rappelle Georges Vigarello. "Indiscutablement, ils ont tous le sentiment d’être confrontés à des difficultés qui se traduisent par de la fatigue. Les jeunes en ce moment, ce dont ils souffrent de plus en plus, c’est le sentiment qu’il y a des interdits. La fatigue passe par quelque chose qui est de l’ordre de la contrainte, de l’interdit et donc de l’inconfort."

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Que pense-t-il de l'idée selon laquelle nous serions une “génération fatiguée”, plus que les précédentes ? "Vous retrouvez ça dans le temps : à la fin du XIXe siècle, lorsque le monde s’est accéléré avec le train, le téléphone, on a tout un ensemble de témoignages qui évoquent une génération fatiguée, qui ne peut plus répondre aux exigences du temps. La différence aujourd’hui, c’est que l’écoute est beaucoup plus forte. Il y a deux choses : d’une part, le sentiment que les individus se donnent plus de légitimité, “parce que je le vaux bien” ; deuxièmement, la confrontation au monde, à l’impossibilité, “je le vaux bien mais je ne peux pas”."

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"La fatigue psychologique renvoie à quelque chose qui est de l’ordre de l‘angoisse, du malaise intérieur. Le fait de sentir que votre individu vous échappe. Ce qui est intéressant historiquement, c’est de montrer que ce type de malaise grandit avec le temps."

  • Légende du visuel principal: Georges Vigarello © Radio France / capture d'écran
Les invités
  • Georges VigarelloHistorien, philosophe et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
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