Henri Leclerc, avocat et président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, est l'invité du grand entretien à 8h20 avec Ali Baddou et Léa Salamé.

Alors que la communauté internationale commémore le 75e anniversaire de la libération des camps de concentration et d'extermination nazis, Henri Leclerc s'est souvenu de cette sombre période de l'histoire. "J'avais des amis à l'école, quand j'avais 8 ou 9 ans, qui portaient l'étoile jaune. Je ne comprenais pas, j'ai demandé à mes parents, et j'ai trouvé que c'était une injustice incroyable. Ils ont disparu, un jour. Je ne sais pas où ils sont allés."

"Toute ma vie, la lutte contre l'antisémitisme m'a paru essentielle", poursuit le président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme. "La façon dont sont en permanence traités les Juifs comme boucs émissaires des misères sociales est très grave."

"Notre génération n'a pas fait son travail"

Aujourd'hui, 16% des Français disent n'avoir jamais entendu parler de la Shoah, selon un récent sondage. "Notre génération n'a pas fait son travail", en conclut Henri Leclerc. "Dans la conception de la  société, il y a sa mémoire. Et la mémoire de la société européenne, c’est l’extermination des Juifs d’Europe, il ne faut pas oublier." L'avocat appelle également à emmener les jeunes à Auschwitz, afin qu'ils prennent la mesure de l'horreur.

Interrogé sur l'antisémitisme et l'antisionisme, Henri Leclerc répond : "Si l’antisionisme consiste à nier l’État d’Israël, c’est intolérable et c’est sans doute de l'antisémitisme. Mais je voudrais qu’on me permette librement de déplorer la politique israélienne à l'égard des Palestiniens . 

Ce qui est nouveau dans le monde d'aujourd'hui, ses colères sociales ? "La faiblesse des corps intermédiaires", observe Henri Leclerc. "Les réseaux sociaux font un espèce de contact direct sans les mouvements soient médiatisées, sans que les gens se réunissent. Il y a quelque chose de spontané dans l'indignation politique". 

Souvent taxé de propager une vision "laxiste", "droit-l'hommiste", le défenseur des libertés publiques affirme le revendiquer. "C'est une conception de la vie qui est la mienne."

Enfin, Henri Leclerc a relu un discours prononcé à l'occasion du 100e anniversaire de la Ligue des droits de l'homme : 

"Ils sont toujours là, nos vieux adversaires. Nous les connaissons bien. Ils s'appellent l'arbitraire qui menace les libertés, l'intolérance qui détruit la fraternité, le racisme qui nie l'égalité, l'individualisme qui tue le citoyen. Elle est toujours présente, la misère, cette insulte à la dignité. Et devant nous dressés, tous les pouvoirs dont on abuse, les conservatismes qui empêchent de rêver l'avenir, les puissances économiques qui préféreront toujours la conclusion d'un marché au respect d'un principe."

  • Légende du visuel principal: Henri Leclerc © AFP / Joël SAGET / AFP
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