La maire de Paris, Anne Hidalgo est l'invitée du Grand entretien à 8h20. Elle publie "Le Lieu des possibles", avec Antoine Leiris, aux Éditions de l’Observatoire.

Après un week-end de septembre agité dans les rues parisiennes, dû à la juxtaposition de plusieurs manifestations, la maire de Paris, qui se trouvait elle-même dans les défilés contre le dérèglement climatique, est revenue sur les nombreuses arrestations faites par la police : "Au prochain Conseil de Paris, le préfet de police sera interrogé par beaucoup de groupes politiques parce qu’il devient difficile de manifester (...) J’ai fait en sorte que, du coté du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, on sache ce qui se passait".

Sur la question du changement climatique, la maire de Paris estime qu"il y a depuis cinq ans une accélération d’un certain nombre de phénomènes, de sujets qui se sont invités dans notre quotidien. Il faut trouver des solutions (...) Nous ne sommes plus dans la période ou il va falloir se justifier, on en est plus là, parce que les citoyens, les plus jeunes, ont pris la parole".

"À Paris, il y a eu moins de mobilisation, sans doute à cause de la crainte des violences" 

À propos des violences enregistrées en marge des cortèges de 'gilets jaunes' : "Tout ça n’est pas possible, on ne peut pas vivre dans une société ou il n’y a pas de dialogue possible (...) Samedi, beaucoup de parents avec enfants sont partis dès qu’on a senti les premiers gaz lacrymos".

Agir pour le climat

“Nous sommes face à un défi colossal, il faut changer de modèle économique, arrêter d’être dans la prédation des ressources de la planète (...) Ce n’est pas une page blanche" estime encore la maire de Paris qui explique que cela fait "40, 50 ans qu’il y a des alertes".

À l’échelle des villes, lorsqu’on agit, on a des résultats sur la pollution quand on s’attaque à la cause principale 

Le logement à Paris

Alors que le mètre carré parisien vient de dépasser les 10 000 euros en moyenne, la maire de Paris se défend : "Depuis 2001, nous avons permis à 550 000 parisiens de rester dans Paris. Il faut agir sur le marché immobilier, avec deux facteurs d’augmentation des loyers" explique Anne Hidalgo, qui revient sur le rôle prépondérant de la plateforme Airbnb dans ce dossier : "Ces plateformes sont devenues un contournement de la législation sur l’hôtellerie. Cela nous a fait perdre 26 000 logements".

Il faut interdire Airbnb dans un certain nombre d’arrondissements qui n’en peuvent plus

Sur les critiques émises par Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris,  sur la politique du logement de l'actuelle municipalité : "Je ne vais pas répondre à des choses tellement caricaturales (...) On a décidé d’investir 3 milliards d’euros dans cette mandature pour le logement social (...) Aujourd'hui, Paris c’est 22% de logements sociaux. Sans ça, on serait dans la situation de Londres ou San Franscico."

Des trottoirs parisiens plus propres ?

"Le premier geste écolo, c’est de ne pas jeter des papiers par terre" estime la maire de Paris, réagissant à l'enquête au vitriol publiée dans un journal britannique, et qui vise la propreté dégradée de la capitale française. "On a rajouté des effectifs partout", mais Anne Hidalgo avance surtout qu'il faut que "chaque citoyen prenne soin de sa ville, c’est un problème d’éducation, il faut tout reprendre à la base (...) On travaille beaucoup avec les écoles, dans les quartiers, il faut agir dans le micro local".

Sur la pollution des sols au plomb enregistrée près de Notre-Dame, elle estime que "l’incendie de notre dame a été révélateur de quelque chose qu’on savait déjà (...)On a pris toutes les mesures pour que les écoles, les crèches soient nettoyées (...) Ce qui est nouveau, c’est qu’il y a des normes dans les lieux de travail, les lieux publics, mais pas dans l’espace public. J’ai écrit à la ministre le 8 août dernier (sans réponse pour l’instant) (...) Cette question de la pollution des sols au plomb se pose dans toutes les grandes villes".

Faire cohabiter piétons, vélos, travaux

À un auditeur parisien excédé, Anne Hidalgo répond : "La place du piéton est cruciale, l’essentiel du déplacement à Paris, ce sont les piétons, on a beaucoup élargi les trottoirs, et l’essentiel des accidents de piétons viennent des automobilistes". Elle rappelle ainsi que "plus il y a de cyclistes, plus le respect des feux se fait (...) l’essentiel des accidents implique des automobilistes".

Sur la révision du plan des bus : "Le plan bus n’a pas été fait dans la précipitation, mais pour mieux desservir des arrondissements périphériques mal desservis, leur plan n’avait pas été revu depuis une cinquantaine d’années".

Sur les travaux : "Une ville comme Paris qui ne ferait pas de travaux péricliterait.  À Rome, il me dise 'heureusement que vous faites des travaux' : j’ai un rôle qui est celui de prendre soin de la ville et d’agir. Bien sur les travaux, c’est dur, et c’est dans toutes les villes de France, mais je passe mon temps à faire accélérer les chantiers (...) On ne peut pas avoir des pistes bidirectionnelles pour les vélos sans passer par les travaux."

"Notre pays a pris du retard avec la place des mobilités actives, mon rôle c’était de ne pas prendre de retard, et nous sommes au rendez-vous"

Quand une auditrice l'interroge sur la recrudescence de personnes à la rue dans la capitale, SDF ou migrants : "La question des personnes à la rue est une question majeure, normalement c’est avec l’état que l’on trouve les solutions (...) Il y a au nord de Paris un campement de 2650 personnes, je m’y rends chaque semaine, Dominique Versini a fait un point, elle dit que ça ne peut plus durer, nous avons fait des nuits de la solidarité pour comprendre le phénomène". À propos des propositions d'Emmanuel Macron sur l'immigration, elle estime qu'il ne s’agit pas de "cliver, d'hystériser un tel sujet".

Enfin à propos des municipales à venir, Anne Hidalgo temporise : "La plupart de mes collègues maires sortants n’ont pas annoncé leur candidature, je suis encore dans la phase où il faut livrer un mandat (...) Je continuerai à prendre soin de ma ville". Interrogée sur un éventuel intérêt à se présenter pour la présidentielle : "Paris est pour moi une passion (...) La présidentielle n’est vraiment pas quelque chose à quoi je pense".

  • Légende du visuel principal: Anne Hidalgo © Radio France / Anne Audigier
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