Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Le ministre de l’Intérieur a notamment longuement évoqué le futur projet de loi sur le séparatisme. "Le président de la République, dans les prochains jours, l’annoncera. Le texte sera présenté en décembre en conseil des ministres et en début d’année prochaine au Parlement. Ce que dira la président de la République est basé sur un texte qui est écrit."

Pourquoi un tel délai ? "Le texte qu’il va présenter est un texte important, il est allé au fond des choses, il s’agit d’un texte qui va vers la réconciliation nationale et qui protège la France, son identité, ses habitants, la liberté d’association, la liberté de culte et la sécurité de nos compatriotes. Il s’agit de lutter contre des ennemis, pas simplement de la République, mais de la France. Des gens qui veulent se séparer du modèle républicain et du modèle français."

Qui sont ces "séparatistes" ? "Ce sont les terroristes islamistes, les islamistes radicaux, mais aussi d’autres personnes. Les suprémacistes blancs, par exemple : la direction générale de la sécurité intérieure fait un travail qu’on ne voit pas toujours, mais je ne compte plus les moments où l’on m’a montré des enquêtes où il y avait, par exemple, un suprémaciste blanc avec des armes qui allaient commettre des attentats." Même s’il rejoint Manuel Valls sur le fait que les "principaux séparatistes" sont les islamistes radicaux.

"Il y a deux types de séparatismes", assure le ministre de l’Intérieur. "Le traditionnel, caricatural, qui annonce qu’il faut mettre les femmes de côté, tuer les mécréants, et s’attaquer au modèle de la République. Et puis il y a ceux qui pratiquent la taqiya, la dissimulation : qui par l’islam politique, qui par une sorte d’entrisme qui ne dit pas son nom, essaient de changer la vie de nos concitoyens et imposer leurs vues. "Le texte que va présenter le président de la République est un grand texte de gauche. La laïcité c’est une valeur de gauche, une magnifique valeur de la neutralité du service public."

Quitte à prendre le risque de stigmatiser les Français musulmans ? "Moi j’ai toujours pensé que ce n’était pas la dame de 45 ans avec un foulard qui est bénévole à la sortie de l’école qui posait un problème à la République. En revanche ce qui pose un problème, c’est l’entrisme de l’islam politique. En tant que petit-fils de musulman, je sais que l’islamisme prospère sur l’absence de République, d’offre républicaine. Il touche en premier les musulmans, qui par millions vivent leur religion en respectant la République, certains sont même morts pour la France, tout en priant Allah : il n’y a aucune incompatibilité entre être musulman et être citoyen. En revanche, la France est attaquée par un projet politique qui veut renverser la République."

"On a le droit d’être choqué par Charlie Hebdo, mais en France on a le droit de choquer"

Le journal satirique est au cœur d’une lettre ouverte de plusieurs médias français sur la liberté d’expression. Gérald Darmanin précise qu’il y a "dans la rédaction de Charlie Hebdo, et des gens qui aident cette rédaction depuis plus de 5 ans, une protection très forte parce que les menaces sont élevées. J’ai demandé d’ailleurs qu’on puisse réévaluer les menaces qui pèsent sur les journalistes et les collaborateurs de CH. J’ai d’ailleurs appelé le directeur de la rédaction pour lui dire. La police met aussi des moyens considérables pour protéger le procès et les magistrats."

"Ces menaces ce sont celles du terrorisme islamiste, des gens qui continuent à vouloir tuer l’identité de la France sa liberté d’expression, sa liberté de caricaturer, de choquer", estime le ministre. "La bataille contre la bête immonde n’est pas gagnée, et nous devons absolument condamner tous ceux qui utilisent des “mais” dans leurs phrases, pour dire “on peut condamner telle ou telle menace de mort, mais”."

"Je ne sais pas s’il y a un recul de la liberté d’expression mais elle est largement menacée", s’inquiète-t-il. "En France, on a le droit d’être choqué par les caricatures de CH, moi parfois j’ai pu être choqué, mais en France on a le droit de choquer. Et Charlie Hebdo a le droit de publier ce qu’il veut à sa une, comme tous les journaux."

Les journalistes privés de manifestations ? "Un malentendu"

Interrogé sur le nouveau "schéma national de maintien de l’ordre" qui inquiète les journalistes par certaines mesures risquant d’empêcher de couvrir des manifestations, Gérald Darmanin assure qu’il va recevoir le collectif à l’origine d’une tribune. "Moi je suis très attaché à la liberté de manifester, y compris lorsque cela concerne le gouvernement. La police est là pour  ça et je suis là pour protéger le droit de chacun de manifester, y compris contre le gouvernement."

"Je crois que c’est un gros malentendu, mais nous allons le résoudre avec les sociétés de journalistes, c’est qu’on n’a jamais demandé une carte de presse pour être journaliste sur une manifestation", rappelle le ministre. "Je suis bien conscient qu’il y a des journalistes qui n’ont pas de carte de presse. Évidemment, dans ce nouveau maintien de l’ordre, les journalistes auront le droit d’accéder, ils ont le droit de rester dans toutes les manifestations. Mais il y a la question de la sécurité, y compris des journalistes, lorsque les manifestations deviennent violentes. Ils ont le droit de décrire ce qui se passe, mais il y a une sécurité à avoir lorsqu’il y a une charge face à des individus extrêmement violents."

Sur la question migratoire, "partager la solidarité"

"La question migratoire ne se règle qu’au niveau européen", pour Gérald Darmanin. "Nous attendons cet après-midi la proposition de la commission, on va ensuite beaucoup discuter pendant quelques mois pour se mettre d’accord sur un texte. Nous souhaitons toujours une solidarité européenne : il n’y a pas de raison que seules l’Italie, la France et l'Allemagne se partagent cette solidarité. Ça doit être le cas de toute l’Union européenne."

Le règlement de Dublin, qu’Ursula von der Leyen souhaite supprimer (une règle précisant que la demande d’asile se fait pour le pays où elle est faite), "ça ne fonctionne pas bien : 80.000 demandes d’asile en 2015 en France, 135.000 l’année dernière. Il y a une évidence : si chaque pays fait ce qu’il souhaite dans son coin, on a une difficulté à traiter ces demandes d’asile. Nous souhaitons qu’aux frontières de l’Union européenne, nous puissions aider les pays comme la Grèce, l’Italie ou Malte, pour que ces demandes d’asile pour la France puissent se faire dans ces pays."

  • Légende du visuel principal: Gérald Darmanin © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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