Alain Mabanckou, écrivain, auteur de Rumeurs d'Amérique (Plon), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Le nouveau livre d'Alain Mabanckou est consacré aux États-Unis, où il vit désormais. "Lorsque je m'installe quelque part se créent des souvenirs, un sentiment de bien-être, une volonté de m'attacher à une terre", raconte-t-il. "Aux États-Unis, j'étais comme tout le monde, j'avais une appréhension", dit-il, tout en disant avoir ressenti une ressemblance avec le Congo-Brazzaville, son pays natal, "lorsque j'étais à Santa Monica, en imaginant la présence des colons arrivés à Santa Monica pour coloniser cet endroit. C'est une ville très blanche, avec peu de noirs, j'étais comme une mouche dans une casserole de lait". 

"Lorsque vous êtes dans certains quartiers, vous sentez, en tant que noir, que vous êtes une tâche. Tout le monde vit dans une certaine opulence. Mais nos relations, aujourd'hui, ne se définissent plus sur la question de la couleur, mais sur le vieux principe marxiste de la lutte des classes. Nous nous trompons en allant vers la lutte des races", explique Alain Mabanckou.

Parmi les noirs américains, l'écrivain dit avoir rencontré à la fois des gens qui attendaient de lui "que j'explique mon Afrique, et non l'Afrique qu'on leur a expliquée, mythique", et des gens qui "continuent à garder une petite rancœur, qui pensent que nous avons été complices dans le transport tragique de leurs ancêtres vers l'Amérique" : "Il se crée des courants de relecture de l'histoire, qui viennent voir les moments de lâcheté de notre histoire : quand il y a un génocide, une guerre, il y a toujours une petite collaboration marginale. Il faut dire à ces noirs américains que tous les Africains ne sont pas leurs ennemis, nous sommes les mêmes doigts d'une seule main". 

Donald Trump n'est évoqué que dans un chapitre de l'ouvrage d'Alain Mabanckou. "J'explique comment il se croit personnage de fiction, comment il est convaincu que le monde est divisé entre un autre monde et le nôtre. De temps à autre il habite dans son autre monde, en pensant que là-bas tout est possible. Mais quand il descend dans la réalité, que le chômage le rattrape, que les questions sociales sont là (...), il procède par le refus". 

Donald Trump est un très bon personnage littéraire. Mais comme tous les personnages littéraires, est-ce qu'il mérite de rentrer dans un roman, ou est-ce qu'il vaut mieux se dire qu'on aurait voulu faire un roman sur lui ? Parfois, il ne faut pas se laisser charmer par les façons d'agir d'un individu. 

Aux États-Unis, Alain Mabanckou a assisté au mouvement Black Lives Matter : "Les mouvements des années 60 avaient la particularité d'avoir des personnages principaux forts, comme Martin Luther King ou Malcolm X. Le mouvement Black Lives Matter prend son assise dans la population. C'est l'expression de la rue. Et c'est pour cela que je ne reproche pas aux personnalités américaines de rentrer dans la meute, mais quand le peuple est en train de parler, tous ceux qui paradent avec leur célébrité doivent se mettre sur le côté". 

Répondant à la question d'un auditeur sur la polémique autour du film Autant en emporte le vent et sur le déboulonnage des statues, il ne se dit "pas toujours très favorable à la démolition de l'histoire (...). Ma culture n'est pas une culture de statues, au Congo-Brazzavile les statues on les accroche au mur, ça fait peur, je n'entre pas dans la pièce. (...) Mais je ne vais pas déboulonner des statues, parce qu'il faut que je montre à ma descendance qui étaient ces personnages". 

Pour autant, il estime que la parole "n'est pas muselée aux États-Unis", même s'il se rappelle l'intervention d'un étudiant qui avait eu peur de ne pas dire, pendant un cours, qu'il n'était pas d'accord avec ce qui se disait en classe. "La parole n'est pas muselée aux États-Unis, il faut arrêter de diaboliser les choses. (...) Il faut revenir à un calme, ne plus voir les choses sous le prisme de l'émotion".

  • Légende du visuel principal: Alain Mabanckou, invité de 8h20 sur France Inter le 23 décembre 2019 © Radio France / France Inter
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