Dominique Eddé, romancière et essayiste Libanaise, Karim Emile Bitar, directeur de l'institut des sciences politiques de l'université Saint Joseph de Beyrouth, directeur de recherche à l'IRIS et Sibylle Rizk de l’ONG Kulluna Erada sont les invités du Grand entretien de France Inter.

Beyrouth en janvier 2020
Beyrouth en janvier 2020 © AFP / ANWAR AMRO / AFP

"Le quotidien des Libanais, pour ceux qui souffrent le plus, est une humiliation du lever au coucher de la journée", explique la romancière Dominique Eddé. "Outre la difficulté à se nourrir, il y a l'obligation de devoir recourir à des réseaux de solidarité, de devoir retirer les enfants des écoles ou des universités..."

L'écrivaine ne cache ni "sa tristesse" ni "sa colère". "Je veux parler de tous ceux qui se sont mobilisés depuis octobre pour dénoncer cet état de choses absolument indécent, et qui essaient désespérément d'unir leurs forces pour affronter ce barrage terrible."

Car la situation libanaise ne date pas de la crise du Covid, elle est le fruit de plusieurs décennies de gabegie politique, selon Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l'IRIS : "Cette crise remonte à très loin, à une trentaine d'années d'incompétence, de corruption, de mauvaise gestion. Il y a aujourd'hui une toute petite oligarchie politico-financière qui se partage le pouvoir, et les Libanais se sentent littéralement impuissants, ils ont le sentiment qu'ils sont seuls au monde aujourd'hui."

Une analyse partagée par Sibylle Rizk, de l'ONG Kulluna Irada. "La classe politique libanaise, couplée à une oligarchie financière, a organisé pendant les 20/30 dernières années une redistribution de l'argent public à des fins clientélistes, d'enrichissement personnel, sur le dos de l'ensemble de la population. Ce système s'est effondré parce que les dollars ne rentrent plus. Cette même oligarchie politico-financière refuse les réformes pour assainir le passé et permettre à l'ensemble de la population de redémarrer, et fait un marchandage pour être elle-même sauvée."

"La colère est bien présente", rappelle Karim Emile Bitar. "Mais on n'a pas encore trouvé les mécanismes qui permettraient de changer cette classe politique, de transformer l'essai politiquement, de prendre les manettes du pouvoir à travers des élections parlementaires qui conduiraient à un véritable changement de régime."

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