Pierre Rosanvallon, politologue, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20.

Les travaux de Pierre Rosanvallon porte sur l'histoire de la démocratie et le modèle politique français. Il occupe depuis 2001 la chaire d'histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France tout en demeurant directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

En 2014, il publiait Le parlement des invisibles pour signaler la "colère sourde" de Français qui ne se sentaient plus représentés. 

Les gilets jaunes et les invisibles

Pierre Rosanvallon estime que dans le mouvement des gilets jaunes il y a une "dimension de prise de parole" et maintenant apparaît une autre dimension "où il s’agit de passer à une construction politique". "Le mouvement ne peut pas rester pur, mais il peut rester un mouvement d’expression. Cette question de rendre visible la réalité, elle préoccupe, les chercheurs, les romanciers, les journalistes, ce qui peut et doit rester permanent c’est ce souci de rendre compte ce qui était caché dans  la société". 

Pour la première fois on a un mouvement social brut, sans canalisation. 

Le mouvement des gilets jaunes est-il populaire ou populiste ? Pour Pierre Rosanvallon, il participe du moment populiste qui concerne toutes les démocraties en ce moment. Populiste, parce qu'il est à la fois l'expression d'une colère et parce qu'il propose un certain nombre de solutions. 

Le grand débat national 

"On ne pourra plus faire vivre la démocratie comme elle a vécue", estime Pierre Rosanvallon. "La démocratie, ce n’est pas simplement  élire des gouvernants mais un régime d’interaction permanente entre la société et les gouvernants", explique-t-il en prônant une démocratie de contrôle, de surveillance et d'évaluation permanente des actions politiques engagées. Il insiste sur la dimension de débat et d'expression, qui peut passer par des institutions existantes, comme le Conseil Economique et Social par exemple, mais qui voit aussi être entretenue à l'initiative des citoyens eux-mêmes.

Où sont les oppositions d’intérêt et les malentendus, tout est mélangé ; la démocratie c’est réduire les malentendus

Interrogé sur les prises de paroles d'Emmanuel Macron et leur traitement médiatique (comme si c'était un événement souligne Nicolas Demorand), "C’est un événement si on considère le président comme un être jupitérien. Jupiter s'exprime par la foudre.   Là il se fait humble et il a la parole facile.  C’est une parole qui ressemble à celle d’une campagne électorale.  C’est un exercice qui devrait être plus fréquent".
 

Le référendum

Actuellement, "la validité du référendum est elle de 51 pour 49, ne peut-on imaginer  une autre solution, la simple majorité est-elle suffisante. Il faut peut-être des conditions plus fortes" estime Pierre Rosanvallon qui rappelle que "la démocratie ce n’est pas l’addition des référendums." Pour lui un référendum, en général, ne prévoit pas les modalités d'application de la décision qui sera votée. Cela pose souvent problème. Les Britanniques ont voté pour le Brexit sans savoir comment il serait mis en place et de même en Suisse on fait voter un référendum contre l'arrivée des migrants, et ensuite le gouvernement doit faire à une contradiction avec des traités auxquels il a adhéré. 

Interrogé par un auditeur sur l'intervention de Marlène Schiappa dans l'émission de Cyril Hanouna, Pierre Rosanvallon considère que c'est "positif" car "ces émissions ont un auditoire qui mérite d’être respecter et écouter".
 

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Pierre Rosanvallon © Radio France / Anne Audigier
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