Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, président d'honneur de l'Institut Jacques Delors, est l'invité du grand entretien de France Inter.

Pascal Lamy
Pascal Lamy © AFP / Jack / Imaginechina

Donald Trump rencontre mercredi à Washington le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Les Etats Unis vont vouloir imposer de nouveaux droits de douane. Comment l’Europe peut-elle faire entendre sa voix entre la pression américaine et les injonctions chinoises ? Divisés devant la crise des migrants, tiraillés par la montée des extrêmes, les Etats membres peuvent-ils se montrer unis face aux Etats-Unis ? Pascal Lamy répond aux questions de Frédéric Métézeau.

La rencontre Trump-Juncker va-t-elle tourner au combat de coqs ? "Ce serait aller un peu loin", suppose Pascal Lamy, même s'il reconnait que "c'est une rencontre importante dont on ne sait pas ce qu'elle va donner. En général ce genre de rencontres internationales est pré-cuit par des collaborateurs, là on sait moins : et ça tient moins à Jean-Claude Juncker (...) qu'à cette espèce de volcan face à lui, qu'on ne sait pas comment prendre parce qu'il est très imprévisible". 

C'est toutefois bien le président de la Commission européenne qui est le mieux placé pour tenir ces discussions : "_Les questions de commerce international depuis très longtemps sont gérées au niveau de l’Union européenne_. C’est une compétence fédérale en quelque sorte, c’est la Commission européenne qui a mandat et qui l’exerce, donc c'est Juncker le bon interlocuteur de Trump sur ces questions". 

Selon Pascal Lamy, Jean-Claude Juncker va devoir avant tout "faire entendre raison à Trump" et lui montrer que "sur la plupart des sujets il se trompe (...), par exemple quand il pense que ce qui compte dans le commerce international ce sont les droits de douane, alors que dans les échanges internationaux il y a aujourd'hui plus de services que de manufactures".

"Trump est obsédé par le fait qu’il y a plein de Mercerdes à New-York mais pas de Chevrolet à Berlin. Les raisons pour lesquelles il y a plein de Mercredes à New-York et pas de Chevrolet à Berlin n’ont rien à voir avec les droits de douane, c’est simplement que les consommateurs américains aiment bien les bagnoles allemandes et les consommateurs allemands n’aiment pas les bagnoles américaines". 

"Par contre il y a des choses sur lesquelles Trump n’a pas tort" reconnait Pascal Lamy, qui cite en exemple l'idée que "la concurrence avec les chinois est en partie faussée parce que les règles du commerce international ne sont pas suffisantes". "Juncker doit arriver à lui dire qu’il n’y a pas de problème transatlantique mais qu’il faut se mettre ensemble pour pousser pour que la Chine accepte des règles plus contraignantes (...) si on se met autour de la table pour améliorer un certain nombre de règles du commerce international, Trump pourra dire j’ai gagné, et après tout comme c’est tout ce qui compte pour lui, pourquoi pas".

L’Union européenne peut jouer son rôle car elle pèse son poids économique, elle est légitime pour être un des pôles d'un triangle Etats-Unis - Europe - Chine. 

"L’UE a souvent plus progressé sous la pression externe que dans des discussions internes qui sont souvent compliquées", estime par ailleurs Pascal Lamy. "Ce qu’il s’est passé avec le Brexit a donné un réflexe sur le continent dont on voit les résultats, Trump, Poutine, Erdogan, tout ça n’est pas loin et tout ça sont des sujets qui font que les Européens se rendent compte que l’UE est une garantie géopolitique". 

Sur le Brexit, Pascal Lamy affime que l'hypothèse d'un "Brexit dur", c'est-à-dire sans aucun accord commercial entre l'Union européenne et le Royaume-Uni et donc un retour aux règles minimales de l'OMC, est "une hypothèse qui paraissait absurde car irrationnelle, mais compte tenu des divisions au Parlement britannique, s'il n'y a pas de majorité pour une solution raisonnable, la solution déraisonnable pourrait s'imposer, j’espère qu’au dernier moment il y aura un délai supplémentaire pour négocier". 

Il précise, en réponse à la question d'une auditrice : "Si on voulait donner un vrai nom à l’OMC, on dirait que c’est l’ONU du commerce, c’est à peu près les mêmes membres, simplement si vous voulez mettre d’accord le Bengladesh, la Suède, le Botswana et le Costa Rica sur les règles du commerce international, vous allez avoir du mal. Inévitablement ce système multilatéral, c’est le plus petit commun dénominateur. Ensuite, on parle alors au deuxième (voire troisième) étage, qui est le bilatéral".

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