Les incendies ravagent l'Europe : la Scandinavie et la Grèce. La France connaît une nouvelle canicule. Quels solutions face aux changements climatiques ? Où en sont les négociations internationales ? Hervé le Treut, climatologue, nous aidera à mieux comprendre ces phénomènes d'ampleur.

"Ce qui est certain, affime Hervé Le Treut, c'est que le climat de la planète se réchauffe de façon continue : on est dans un contexte nouveau qui appelle des situations qui seront nouvelles", même si les manifestations de ce réchauffement sont imprévisibles, car "l'atmosphère est un fluide turbulent qui appelle des milliers de combinaisons possibles". 

"Pour tout ce qui est évolution globale, _on a la certitude d’un réchauffement_. Après, comment il se manifeste, quelles sont les régions impactées, quels sont les effets extrêmes, ça se dessine au hasard comme un grand puzzle. Mais ça se construit petit à petit, on se rend compte que les zones qui se réchauffent correspondent aux modèles qu’on avait depuis quelques années". L'une des zones les plus touchées, ainsi, est la zone entre les tropiques, "où le réchauffement ne se manifeste pas forcément en termes de températures mais d'orages ou de tempêtes". 

L'une des conséquences de ce réchauffement se manifeste dans le monde du vivant, chez les animaux et les végétaux : "On a des migrations animales, on le voit au niveau des zones de pêche, on le voit dans nos montagnes, on voit aussi sur le sol français des espèces comme le chêne vert qui commencent à progresser, on a tous ces changements aujourd’hui. Après d’autres changements sont liés à l’activité humaine, à l’usage des sols : il y a en France des zones qu’on exploite moins, où on laisse la forêt repousser". 

Les conséquences se font ressentir également au niveau local : Hervé Le Treut, qui a travaillé sur l'Aquitaine, évoque notamment la question des producteurs de vins de Bordeaux, confrontés à une augmentation du degré d'alcool des vins : "C’est difficile de maintenir le degré à quelque chose qui ressemble à du Bordeaux", explique-t-il, citant aussi l'érosion côtière, phénomène beaucoup plus difficile à appréhender selon lui. 

Au niveau mondial, Hervé Le Treut estime que les engagements actuels ne suffisent pas : "A la suite de l’accord de Paris tous les pays de la planète ont fait des contributions, elles sont aujourd’hui insuffisantes, on a besoin de quelque chose qui accélère le processus". 

Il y a beaucoup de formes de croissance : démographique, économique, d’utilisation des ressources… tout cela doit être contrôlé à un moment ou à un autre. 

Il s'indigne aussi contre les injustices climatiques : "On a un système de mélange des gaz à effet de serre qui répartit le signal climatique à l’ensemble de la planète, quelle que soit la contribution d’un pays donné aux émissions de gaz à effet de serre. Au-dessus de nos têtes, les gaz qui ont été émis sur notre territoire c’est 1,5% : on est tous dépendants les uns des autres, et c’est gênant pour les pays qui n’ont pas beaucoup contribué aux émissions mais qui paient aussi l’addition". 

Si le climato-scepticisme persiste à la marge, c'est surtout ce qu'il appelle la "climato-indifférence" qui lui semble dangereuse. Mais le plus important, juge Hervé Le Treut, c'est que l'adaptation inévitable à ces nouvelles situations ("On s'adaptera d'une façon ou d'une autre") se fasse dans un climat "qui ne soit pas un climat de guerre" : "Il faudra bien garder en tête les valeurs que l'on veut défendre".  

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