Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, auteur de « ce grand dérangement , l’immigration en face » (tracts Gallimard), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Pour Didier Leschi, " il y a toujours urgence à intervenir dans on sent que les débats dérapent. Quand il s’agit d’immigration les passions s’emportent". Il estime qu'aujourd'hui "les tensions peuvent mettre en cause notre pacte républicain"

Les conditions d'accueil

La France n’a jamais connu autant d’immigrés en proportion dans sa population, entre 6 et 7 millions de personnes, et selon lui, "notre pays a été particulièrement accueillant ces 50 dernières années". 

Il parle d'immigrations au pluriel avec différents types.  Auraparavant, "1 immigré sur 2 était d’origine européenne, aujourd’hui il vient du sud du monde. Le regroupement familial reste la première raison, et puis il y a les demandeurs d’asile qui viennent de zones non traditionnelles pour nous. Ce sont les Afghan, les Albanais, et les Georgiens". 

Est-ce trop ou pas assez ? Didier Leschi estime que "c’est une fausse question", car la question de l'accueil "est à mettre en rapport avec les conditions de l’accueil"

Pour l'instant "on a des problèmes d’emplois et de logements" dit-il, et de plus, "il y a des difficultés  culturelles en raison du fait que  l’écart entre les société d’émigration et d’immigration s’est durci". 

Du métissage au cote-à-cote

Il compare avec de précédentes vagues d'immigration, "même si les Polonais et les Italiens ont subi des discriminations il y a avait un corpus culturel commun qui permettait de rentrer dans un processus d’acculturation et de mélange positif". Or, aujourd'hui, "les références n’existent pas ou moins et donc ça rend plus compliqué les échanges et même la prise en charge par ceux qui sont pour l’accueil". 

N'en reste pas moins que nous vivons "dans un pays métissé", "on est le pays d'Europe avec le nombre  de mariages mixtes le plus important"

"On a tendance à faire un tout, mais on a DES immigrations, avec des trajectoires d’intégration différentes. "Le problème c'est le cote à cote, et le mélange qui ne se fait pas"

Le durcissement des identités à partir du religieux empêche le mélange

Avec les nouveaux moyens de communication, en particulier les réseaux sociaux, la facilité de contact avec le pays d'origine, "c’est un problème car on continue à vivre dans un halo culturel avec des sociétés qui considèrent que nos valeurs sont antagonistes avec celles de la société des départ. Quand on vient de ces parties du monde où on considère que nous sommes un grand satan culturel et social, oui, on arrive moins à s’intégrer". Didier Leschi  rappelle que "des états organisent sciemment des campagnes culturelles pour empêcher cette intégration, c’est le cas du président Erdogan".

Beaucoup de migrants en France arrivent là après avoir été déboutés dans d'autres pays européens, ce sont les perdants du système, estime Didier Leschi, qui estime que malgré tout on peut parler "de bulle sociale protectrice parce qu’on dit qu’il y a d’autres endroits du monde où il y a plus de réfugiés, mais les conditions d’accueil ne sont pas les mêmes", donc , "la question n'est pas de savoir si notre système es trop généreux ou pas, mais ce n’est pas bien de dire qu’on n’est pas une société accueillante, ça finit par troubler la population." 

On a beaucoup critiqué notre pays et je pense à tord

Il reconnait en revanche que parmi les immigrations, il y a une une minorité de groupes pour qui les notions de laïcité, ou d'égalité entre hommes et femmes, n'existent pas. 

  • Légende du visuel principal: Didier Leschi © AFP / JOEL SAGET / AFP
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