Robert Badinter, ancien ministre de la Justice et ancien Président du Conseil constitutionnel , est l'invité du grand entretien d'Ali Baddou à 8h20.

Interrogé sur l'indépendance de la justice française, ce vendredi matin sur France Inter, Robert Badinter a affirmé que "la justice française n’a pas que des qualités".

"Pourquoi parce que telle ou telle personnalité, pour telle ou telle raison - et souvent bien loin des préoccupations politiques, pour des raisons qui touchent à sa vie privée ou ses autres activités - a comme réflexe de dire que le pouvoir ou l’opposition cherche un moyen de l'abattre. Tout cela relève du fantasme", a-t-il réagi, évoquant les perquisitions qui ont visé Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière.

"Croyez-moi, la justice française est indépendante. Au lieu de se précipiter dès une perquisition, en disant qu’on est persécuté, mieux vaut attendre que se développe l’action judiciaire et qu’on ait le débat contradictoire pour prendre un parti ou pour prendre à partie".

D'expérience, il explique que "le Garde des Sceaux qui s’aviserait d’essayer de manipuler selon un sens qui servirait ses intérêts politiques, ou ceux de ces amis, les magistrats, les juges, ce serait le contraire qui se produirait, comme une sorte de réflexe conditionné".

L'ancien garde des Sceaux publie un livre sur sa grand-mère maternelle, Idiss (ed. Fayard), originaire du Yiddishland en Bessarabie. C'est l'histoire d'une migration et de la fuite du régime tsariste. Robert Badinter nous livre-t-il un témoignage pour que l'oubli ne l'emporte pas ? "J'ai eu le sentiment qu'il fallait, avant qu'il ne soit trop tard, lui rendre témoignage. Les rapports entre les grands parents et les petits enfants ne sont pas de la même nature qu'avec les parents, c'est une source d'amour", raconte-t-il. 

Fuyant le régime tsariste où les pogroms contre les juifs étaient fréquents, c'est en France que Idiss est arrivée : "On ne mesure pas ce qu’était cette très lointaine époque, dans l’empire allemand et celui du Tsar, le rayonnement de la République française. Celui qui a condamné de la façon la plus violente ces massacres, c'est Jaurès". Il rappelle que "le Français était alors parlé dans toute l’Europe continentale. Et spécialement dans l’empire Russe. Le rayonnement de la langue, l’éclat des écrivains - Hugo était l'écrivain le plus vendu en Europe". 

La France et surtout la République, fille de la Révolution, avaient pour la première fois en Europe continentale donné aux juifs l’égalité des droits et la possibilité de devenir juge, officier, et la liberté complète comme les autres citoyens. D’où l’axiome de l’époque : “Heureux comme un juif en France”. C’est là où il fallait aller.

Robert Badinter évoque aussi l'importance de l'instituteur de sa mère, "qui prenait les enfants des immigrés le soir, et leur donnait des cours supplémentaires" ; ainsi que de la communauté israélite déjà installée en France : "Entre l’israélite notoire, français depuis des générations, venu de la région bordelaise ou d’Alsace et installé à Paris, et le petit immigré arrivant gare de l’Est et parlant le yiddish, il y avait un monde. Mais la solidarité existait au sens où les israélites aidaient généreusement à ce que les yites qui débarquaient puissent évoluer comme leurs enfants", raconte-t-il

Idiss, la grand-mère de Robert Badinter, n'a pas été déportée mais est morte sous l'occupation, en 1942. "Il y a eu pour elle cette période lumineuse, parce que ses enfants, mes parents, dans l'entre-deux guerres, étaient très travailleurs, ils voulaient que leurs enfants deviennent comme tous les Français autour d'eux". Elle qui croyait beaucoup en Dieu se demandait où était passé l'Eternel, dans les dernières années : "Pendant ces années là, à chaque fois que je repense à _ces enfants qu’on a fait monter dans des trains de déportation_, que Laval et Bousquet ont livré aux allemands en disant qu’il valait mieux qu’ils ne soient pas séparés des parents". 

A chaque fois que je repense à cela, que j’imagine ces enfants qui montent dans le wagon de déportation, avec des gendarmes autour d’eux pour s’assurer qu’ils montent dans le wagon, je me dis, avec la foi d’Idiss, que Dieu avait détourné son regard de la terre. 

Enfin, Robert Badinter est revenu sur son discours contre Robert Faurisson, décédé en début de semaine, dans un procès où c'est lui qui était sur le banc des accusés : "Je me souviens de cette passion qui m’a emportée, c’était insupportable. Il m’avait assigné parce que j’avais, de mémoire, un jour, dit que la dernière affaire que j’ai plaidée dans ma vie c’était contre Faurisson et les révisionnistes, ils avaient été condamnés comme faussaires de l’histoire. Ce n’était pas faussaires de l’histoire, c’était qu’ils avaient manqué au devoir de l’historien. D’où l’assignation".

"Mais de l’entendre, de le voir, à ce moment là, j’ai revu tout ce que j’avais connu, j’ai mesuré l’infamie des propos révisionnsites... ma grand-mère paternelle avait près de 80 ans quand on l’a jetée dans le wagon qui l’a emmenée à Auschwitz… ça c’est l’illustration du crime contre l’humanité”.

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Robert Badinter © AFP / Joel Saget
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