A la veille du Conseil européen sur la question du Brexit et alors que la question migratoire divise l'Europe, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin est l'invité de Nicolas Demorand.

"Il y a d'un côté la mondialisation, avec ses peurs, ses nouvelles règles, ses nouvelles habitudes, et, de l'autre côté, une transition engagée qui est notamment géopolitique", explique Dominique de Villepin. Une transition qui passe, selon lui, par "un chassé-croisé entre la montée de la puissance chinoise et le long déclin de la puissance américaine, qui explique la crispation aux Etats-Unis, Donald Trump n'étant que l'expression de cette crispation".

Le climat en Europe

De fait, l'Europe, selon l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, a un problème : 

C'est elle qui paie l'addition, coincée entre les Etats-Unis et la Chine comme une variable d'ajustement. Ce qui est donc en cause, c'est la puissance, l'indépendance de l'Europe.

Et la situation est aggravée par le fait que "ceux qui ont le vent en poupe, ce sont les dirigeants populistes, qui donnent le sentiment de répondre aux besoins de leur peuple, alors que les démocraties libérales sont de plus en plus critiquées dans leur pays et au sein de l'Europe".

Mais alors, pourquoi ces populismes gagnent-ils ? "Parce qu'ils jouent sur tous les tableaux, répond Dominique de Villepin. Le populisme, le nationalisme exacerbé, est un opportunisme dans lequel ils peuvent à la fois travailler les mécontentements au sein de l'Etat-nation, et en même temps il jouent sur le mécontentement à l'égard de l'Europe. Aujourd'hui les démocraties libérales n'ont pas été capables d'apporter une juste réponse."

Pour lui, les populistes n'ont pas d'avenir réel en Europe : "Le meilleur exemple est celui du Brexit : regardons l'impasse dans laquelle le Royaume-Uni s'est placé. Tous les dirigeants qui ont plaidé pour le Brexit sont aujourd'hui incapables d'organiser cette marche vers [la sortie de l'Union européenne]."

Ce qui nous pend au nez aujourd'hui quand on voit les divisions, c'est la guerre qui déjà est à nos frontières. Le pourtour européen est en feu : l'inquiétude est au summum.

La place de la France en Europe

Au milieu de l'Europe, la France se doit de porter "une ambition européenne très conséquente" : "Si la transformation de l’Europe ne peut pas accompagner celle de la France, on pourra se réformer autant qu'on voudra, nous resterons (...) un petit pays qui ne pèsera pas sur la carte, et qui ne pourra pas défendre les intérêts des Français."

"Emmanuel Macron veut montrer sa verticalité dans un monde connecté, fait de réseaux : son risque, c'est d'apparaître déconnecté des réseaux, des réalités des français. Or, ce qui fait la capacité d'un grand homme politique, c'est sa capacité à s'adapter. Sa relation aux Français doit changer. Il faut certes de la verticalité mais plus par la gravité que par l'autorité", explique-t-il.

Un Président de la République, au moment de sa prise de fonction, devient porteur d'un destin français, d'une responsabilité, qui fait que toute sa vie change.

"Dans les grandes heures de l'Histoire, l'important, c'est que chacun puisse faire ses choix en conscience, affirme l'ancien Premier ministre. Quelle nation veut-on défendre ? Est-ce qu'on veut être un pays couché qui devient un sous-pays sur lequel l'ensemble des grandes nations s'essuient les pieds, ou est-ce qu'on veut être un pays debout ?" Il fait une analogie avec l'équipe de France :

On n'est pas dans le match : nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux, et l'Europe s'efface, l'avis des Européens aujourd'hui dans le monde ne compte pas beaucoup.

La crise migratoire et l'Aquarius

Qu'aurait fait Dominique de Villepin à la place d'Emmanuel Macron face à la crise de l'Aquarius ? "C'est une occasion unique de respecter à la fois nos valeurs et le droit maritime, le droit humanitaire, la Convention de Genève. J'accueille l'Aquarius, et je prends la parole devant les Français pour expliquer ce qui est en jeu derrière l'Aquarius. Il faut parler aux Français."

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