François Lecointre, chef d'État-Major des armées, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Treize militaires français de la force Barkhane ont péri lundi soir au Mali dans la collision de deux hélicoptères lors d'une opération de combat contre des jihadistes, dans un contexte sécuritaire alarmant au Sahel.  Il s'agit du plus lourd bilan humain essuyé par les militaires français depuis le début de leur déploiement au Sahel en 2013, et l'une des plus grandes pertes de l'armée française depuis l'attentat contre le QG français Drakkar à Beyrouth en 1983, qui avait fait 58 morts. 

François Lecointre, chef d'État-Major des armées, exprime son émotion, après la mort des 13 soldats français : "Non on ne peut pas s’habituer à ce genre de nouvelles. Chaque chef porte la responsabilité de la vie de ses hommes. On ne peut pas s’endurcir"

On ne s’habitue pas. 

Les soldats sont des jeunes gens qui ont un idéal et une vocation, explique-t-til . 

Ce sont des gens qui veulent servir. 

Les soldats sont très exigeants sur le sens de la mission qu’on leur confie. "Ce qui est important c’est de mesurer cet enthousiasme, accompagné par une gravité profonde, celle du sens de la mission, du fait qu’on va porter les armes de la France, et qu’à chaque fois on questionne le sens de cette mission."

Leurs veuves seront des veuves de guerrre, les enfants sont des pupilles de la Nation, avec des aides de l’état, "mais l’accompagnement dans la durée, c’est ce qui compte", dit le chef d'État-Major des armées. 

Depuis longtemps les armées sont organisées pour l’accompagnement des familles,  mais "la difficulté c’est de le faire vraiment dans la durée" 

Les circonstances de la mort des 13 soldats ne sont pas encore établies en détail. 

"Une opération militaire , en particulier au Sahel, c’est un exercice de très haute couture. Cette coordination extrêmement fine se fait toujours dans des conditions difficiles, en général la nuit; et elle se fait dans des conditions de combat, avec un stress de combat. On attend de voir ce que disent les boîtes noires ; il y a une part de risque assumée dans le fait de rentrer dans cette coordination très fine". 

Ils sont morts au combat

Chaque année, l'armée française compte entre 250 à 300 blessés , en prenant en compte toutes les blessures (physiques et stress post-traumatique).

Nos soldats ont-ils besoin de soutien ?

Le Sahel,où intervient l'armée française, est un territoire équivalent à l’Europe en superficie. 

"Ils ne sont pas très seuls", précise François Lecointre. "La France ne peut pas être seule, et nous sommes avec des alliés et partenaires. Ce n’est pas la seule sécurité de la France qui est engagée, c’est celle de l’Afrique et de l’Europe". 

Envisage-t-on des forces spéciales européennes pour intervenir sur place ? 

"Ce que je mesure dans tous mes contacts avec mes partenaires européens, c’est que la prise de conscience est de plus en plus forte. Je suis confiant car je sais que nos alliés prennent la mesure de la gravité de la situation. Il faut faire quelque chose de militaire, et il faut une solution politique qui passera surtout par des actions de développement et de gouvernance.

Mon souhait, c’est qui si nous arrivons à mettre sur pied une force  de cette nature, c’est qu’elle soit sous le commandement de l’opération Barkhane. 

Quel est le sens de la mission de la France au Mali ? 

Cette tragédie ne peut pas être une remise en cause de notre engagement.

"Ce n'’est pas parce qu’il y a des morts, que notre action n’a pas de sens". Selon François Lecointre, "On a des résultats. Il faut être patient et persévérant. Une crise transfrontalière, qui peut s’étendre à toute l’Afrique de l’ouest, nécessité des objectifs à long terme ; ce qu’on évite c’est que cette hydre ne continue de produire un effet de contagion dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et qu’on arrive à de vrais dangers pour nos pays européens”.

Un soldat doit se satisfaire de ce que le pire est évité. Aujourd'hui, nous faisons en sorte que le pire soit évité. 

Le chef d'État-Major des armées parle d'une mutation de la conflictualité. Il y a toujours une pression terroriste avec des groupes qui ont fait allégeance à daesh et al qaida ; il y a une évolution car ces groupes savent jouer des conflits interethniques et de l’absence de gouvernance. 

C’est toujours plus compliqué. [Ce sont ] des terroristes, oui. Ils ne respectent pas les lois de la guerre. 

Le Mali négocie-t-il avec les djihadistes ? "Je n’en sais rien,  si c’était vrai, ce serait catastrophique", estime François Lecointre. 

Est-ce une mission impossible ? 

"Si je pensais cette mission impossible il y a longtemps que j’aurais changé de métier. Donc je crois que nous n''atteindrons jamais une victoire définitive. Contrairement aux grands conflits du XXe siècle, jamais les armées françaises ne défileront en vainqueur sous l’arc de Triomphe". 

  • Légende du visuel principal: François Lecointre © AFP / Charles Platiau
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