Alain Juppé, ancien Premier ministre de Jacques Chirac, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

Alain Juppé est  souvent présenté comme le fils spirituel de Jacques Chirac : "Nous avions une relation unique dans le monde politique, on a dit parfois une relation filiale, nous n’avions que douze ans de différence, il n'aurait pas pu être mon père, mais notre relation c’est une confiance réciproque qui ne s’est jamais démentie. Il m’a donné toutes mes chances."

Alain Juppé décrit Jacques Chirac comme "une personnalité exceptionnelle",  estimant que "le buldozer, c’est la première facette. Et puis il y a l’homme tellement attentif aux autres, en France, attentif au handicap, au cancer, et attentif aux autres sur la planète.  Sa connaissance des autres civilisations lui donnait une ouverture sur le monde et accentuait cette humanité". Il avait une sorte de pudeur, car son attention au handicap, "il ne l'affichait pas". 

Cette capacité à se porter vers les autres ça m’a toujours plongé dans une grande admiration

Alain Juppé, que l'on dit parfois très froid, souligne qu'"il y avait cette chaleur, c’était un corps, une présence, une joie de vivre, un appétit de vivre. Pour Chirac, le sandwich, c’était une baguette farcie de rillettes. Ça me réchauffait, il était débordant de vitalité".

Au-delà de l’homme dont on parle beaucoup, il y a, j’insiste, une oeuvre Chirac au fil des années

Qu'est-ce que le chiraquisme ? 

Le chiraquisme, au-delà de l’attention aux autres, c'est "la volonté de rassembler  la droite en fondant le RPR, la droite et le centre avec l’UMP et il n’a eu de cesse que de rassembler les Français. Il a été surpris par le résultat de cette élection présidentielle [ndlr : 2002]. Être porté par 82% des suffrages, il ne l’avait pas anticipé."

Pour Alain Juppé, on peut mettre à son crédit d'avoir voté "oui" à Maastricht contre son camp, d'avoir été "européen" profondément, d'avoir incarné la grandeur de la France dans le monde arabe en particulier. D'autres mesures, comme la taxe sur les billets d'avion, le plan cancer, l'intuition écologique, et le principe de précaution, inscrit dans la Constitution. 

Politiquement, Alain Juppé souligne "l'intransigeance absolue de Jacques Chirac envers l'extrême droite". Les deux bornes infranchissables pour lui étaient le communisme d'un côté, et extrême droite de l'autre. 

C’était un homme qui savait être secret, il savait aussi donner des coups.  C’était un chef de guerre politique, un conquérant un combattant. 

Les affaires : "on n'avait pas la conscience de cette exigence de transparence"

Alain Juppé a été condamné  en 2004 par la cour d'appel de Versailles à 14 mois de prison avec sursis et à un an d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Parti enseigner au Québec, il fait son retour en politique deux ans plus tard en retrouvant son mandat de maire de Bordeaux. Jacques Chirac, ancien maire de Paris, et ex-président de la République, écope en 2011 deux ans d'emprisonnement avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêts. (Il n'a pas fait appel). Il était poursuivi pour deux affaires d'emplois fictifs, distinctes à l'origine, mais rassemblées dans un même jugement.

À la question "lui en voulez-vous ?" de Léa Salamé, Alain Juppé répond "certainement pas".   

"Il faut resituer cela dans le contexte de l’époque, les lois sur le financement des partis politiques se sont mises en place peu à peu, on n'avait pas cette exigence de transparence ; 

Ce n’est pas une excuse, c’est une explication

Alain Juppé rappelle qu'après cette condamnation il est parti un an au Canada, et "Jacques Chirac a été à mes côtés constamment".

Revenant sur le parcours politique de Jacques Chirac depuis 1974,  Alain Juppé évoque les trahisons. "Il a été trahi c’est sûr ; il était généreux et en a gardé une certaine rancœur"

Interrogé sur la reprise des essais nucléaires en 1995, Alain Juppé souligne "une décision très courageuse" car "nous avions besoin d’une dernière campagne d’essais. Cela nous a valu des relations internationales difficiles, et après nous avons basculé dans la simulation." L'ancien Premier ministre rappelle toutefois qu'il est normal que la République assume ses responsabilités vis-à-vis des Polynésiens et indemnise les populations. 

  • Légende du visuel principal: Alain Juppé © AFP / Eric Piermont
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